Le président du CFCM appelle à "renoncer" en partie au droit à la caricature pour "ne pas offenser"

Ambre Lepoivre
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Mohammed Moussaoui, actuel président du CFCM, le 22 mars 2019 à Christchurch. - Kenzo Tri bouillard - AFP
Mohammed Moussaoui, actuel président du CFCM, le 22 mars 2019 à Christchurch. - Kenzo Tri bouillard - AFP

"Pour préserver l'ordre public, il faut parfois renoncer à certains droits." En pleine polémique autour de la publication de caricatures de Mahomet, le président du conseil français du culte musulman (CFCM) semble rétropédaler sur l'application de ce droit en France.

Si lundi il a soutenu la position du président Macron qui "appelle à ne pas renoncer à la caricature sous la pression des terroristes", ce mardi matin Mohammed Moussaoui appelle à la retenue.

"Respecter les libertés des uns et des autres"

"La volonté d'offenser délibérément les sentiments (des musulmans, NDLR) n'a pas lieu d'être dans un pays où la fraternité fait partie du triptyque. Il faut tenir compte du contexte dans lequel ce droit (la liberté de caricaturer, NDLR) s'exerce. Il ne s'agit pas de faire plaisir aux extrémistes, mais de respecter le devoir de fraternité", développe-t-il sur RMC.

À quelques jours de la rentrée scolaire, lors de laquelle un hommage à Samuel Paty doit être rendu, le président du CFCM a par ailleurs ajouté sur France info que la présentation des caricatures du prophète à l'école n'était pas "une bonne solution pour expliquer aux enfants la liberté d'expression.

"Je ne le souhaite pas", a-t-il affirmé. "Il y a d'autres moyens de le faire. Il y a d'autres moyens d'expliquer le respect mutuel, le respect des libertés des uns et des autres. À cet âge-là, il faut respecter le sentiment de ces enfants".

Savoir "ignorer" les caricatures

Des propos contre lesquels Élisabeth Borne, ministre du Travail, s'est aussitôt élevée estimant qu'il est fondamental de "ne pas renoncer" "Ce ne sont pas que les caricatures. Il faut porter la liberté d'expression au cœur de l'école, former les citoyens de demain cela me paraît essentiel", a-t-elle réagi sur France Info.

Une opinion partagée par Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, qui a martelé sur BFMTV que la liberté de caricaturer doit être défendue.

"Je tiens à la liberté tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public. Défendre la liberté de caricaturer ne veut pas dire approuver l'objet même des caricatures. On doit défendre la liberté d'expression et, dans le même temps, demander aux musulmans d'avoir la hauteur morale d'ignorer et d'être indifférent à ces caricatures", a-t-il soutenu.

Lors d'un premier hommage rendu à Samuel Paty la semaine dernière, Emmanuel Macron a affirmé que la France continuerait de défendre la publication de ces caricatures au nom de la liberté d'expression. Une position qui a déclenché l'ire de plusieurs pays musulmans qui ont, dans la foulée, appelé à boycotter les produits français. Mohammed Moussaoui a tenté de désamorcer les tensions en demandant aux musulmans de l'Hexagone de "défendre l'intérêt" de la France.

Article original publié sur BFMTV.com