Présidence du RN: à la foire de Châlons, Bardella au cœur de la campagne

Candidat à la tête du Rassemblement national, Jordan Bardella a déambulé samedi en terrain conquis dans les travées de la "deuxième plus grosse foire de France" à Châlons-en-Champagne, manière pour le jeune urbain de ne pas laisser le thème de "la ruralité" à son adversaire Louis Aliot.

Dans le chef-lieu de la Marne, celui qui est déjà président par intérim du parti lepéniste a voulu montrer les muscles: les cinq députés et les conseillers régionaux RN du Grand-Est ont fait le déplacement pour l'accueillir.

Dans la course à la succession de Marine Le Pen, l'eurodéputé peut en effet se targuer d'un large soutien des cadres, dont près des trois quarts lui ont accordé leur parrainage, même si c'est l'ensemble des adhérents à jour de cotisation qui trancheront le match face à Louis Aliot.

Et, dans ces terres du Grand-Est "où le RN réalise des scores importants", il s'agit, pour celui qui a grandi en Seine-Saint-Denis et qui fêtera ses 27 ans la semaine prochaine, de donner des gages au monde rural face au maire de Perpignan, réputé davantage provincial.

En lui servant un verre de Gevrey-Chambertin, Guy Casiez, représentant en vins présent depuis "plus de 40 ans" à la Foire de Châlons, le rassure: "Il est pas mal, Aliot, il est maire de Perpignan, il a été le compagnon de Marine... Mais bon, l'avenir, c'est toi...".

Pour le spécialiste des crus de Bourgogne, qui regrette "de ne plus avoir une fille à marier, parce que j'aurais été fier que ce soit avec un type qui tient debout comme toi", Jordan Bardella "dit la vérité, il aime les Françaises, les Français, la France".

Mieux: "Il a une grande facilité d'élocution, il a une grande culture, il sait de quoi il parle", et, d'ailleurs, "un jour il sera président... mais pas maintenant, hein".

Mezzo voce, le représentant de commerce interpelle l'aspirant-patron de l'extrême droite française: "Il est quand même temps de nettoyer la France... Attention, je suis pas raciste: j'ai fait toute l'Afrique!". Bardella, moyennement à l'aise face aux caméras: "Oui, et comme ils savent qu'ils ne risquent rien..."

- "Un supplément d'âme" -

Trois stands plus loin, après un entretien avec les responsables locaux de la FNSEA, le candidat fait un long arrêt au stand de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole qui se revendique "apolitique" et récuse l'étiquette très droitière qui lui est souvent accolée. Ses dirigeants n'ont pas donné de consigne de vote au deuxième tour de la présidentielle, quand les autres organisations avaient appelé à faire barrage à Marine Le Pen.

"Il y a une exception culturelle, il devrait y avoir une exception aussi dans l'agriculture", plaide Jordan Bardella. Acquiessement des paysans, qui seraient "très heureux d'en discuter avec vos nouveaux députés".

Parmi eux, Laurent Jacobelli, fervent partisan de la "méthode Bardella".

"L'idée, c'est de ne pas changer une équipe qui marche: on a vu, lors des dernières élections, un président par intérim d'un parti qui nous soutenait, avec un appareil qui fonctionnait bien."

"Il y a un besoin de continuité, avec un vaisseau amiral structuré, organisé, dynamique", poursuit celui qui est également patron du groupe lepéniste au Conseil régional, qui estime en outre que "les gens vont aussi adhérer au parti parce que le patron est charismatique, qu'il a un supplément d'âme".

Avec déjà des effets sur les adhésions, "peut-être autour de 20% en plus ces derniers jours", selon un autre député.

Réputé grand favori du scrutin interne - y compris parmi des soutiens de Louis Aliot - , Jordan Bardella entend surtout réaliser un score "suffisamment net, incontestable". Certains tablant sur "au moins 70%", afin d'avoir "une présidence sereine, facile", espère un parlementaire.

Au même moment, à Marseille, Louis Aliot tenait un meeting, avant une nouvelle réunion dimanche en Isère, quand Jordan Bardella doit se rendre mercredi en Alsace.

Marine Le Pen entend pour sa part rester "neutre". Et continuer de jouer sa propre partition: elle doit lancer sa rentrée politique, dimanche midi, sur ses terres pas-de-calaisiennes d'Hénin-Beaumont au moment où son rival d'extrême droite Eric Zemmour doit conclure les universités d'été de son parti Reconquête! dans le Sud.

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