De la préparation à l'insurrection: ce que l'on sait de l'attaque des lieux de pouvoir à Brasilia

Des bolsonaristes pendant l'assaut du palais présidentiel du Planalto, le 8 janvier 2023, à Brasilia. - AFP
Des bolsonaristes pendant l'assaut du palais présidentiel du Planalto, le 8 janvier 2023, à Brasilia. - AFP

Hurlant à l'"intervention militaire", des milliers de partisans de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro ont envahi et saccagé dimanche les trois bâtiments représentatifs du pouvoir de Brasilia: le palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême.

Après plus de quatre heures, les forces de l'ordre sont parvenues à évacuer le Congrès, puis à la tombée de la nuit, à reprendre le contrôle des trois bâtiments. BFMTV.com revient sur ce que Lula, au pouvoir depuis une semaine, a qualifié de tentative de "putsch".

• Une opération rigoureusement préparée

Fidèle à son surnom de "Trump des Tropiques", Jair Bolsonaro n'a eu de cesse, pendant la campagne électorale, de remettre en cause la fiabilité des élections. Après avoir été défait d'une courte tête par le candidat de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, ses partisans réclament depuis le second tour, fin octobre, l'intervention de l'armée.

Inlassablement, ils ont manifesté devant des casernes militaires, ne pouvant admettre un retour au pouvoir Lula pour un troisième mandat, après ceux de 2003 à 2010.

Dans la presse brésilienne, les premiers récits de l'assaut de Brasilia montrent qu'il a été rigoureusement et méthodiquement préparé. Les bolsonaristes se sont donné rendez-vous sur les réseaux sociaux, souvent sur des canaux de messagerie privés comme Telegram, mais également Facebook, TikTok et Twitter.

• Plus de 4000 bolsonaristes

La presse brésilienne a également pu reconstituer l'itinéraire précis des émeutiers. Quelque 4000 pro-Bolsonaro sont arrivés dans la capitale fédérale entre samedi et dimanche. Vers 14 heures, ils se rassemblent devant le quartier général de l'armée et entament une marche de 8 kilomètres.

Une heure plus tard, la foule aux couleurs jaunes et vertes du maillot de la Seleção, - symbole national approprié par les bolsonaristes - arrive sur la place des Trois Pouvoirs, lieu qui regroupe les trois palais.

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Malgré le bouclage de la zone par les autorités, les émeutiers sont parvenus à forcer les cordons de sécurité en quelques minutes. Après avoir envahi le Congrès et le Planalto, ils pénètrent dans la Cour suprême.

• De nombreuses dégradations

Les bolsonaristes ont provoqué des dégâts considérables dans les trois immenses palais, trésors de l'architecture moderne d'Oscar Niemeyer, et qui regorgent d'œuvres d'art. Des tableaux d'une valeur inestimable ont été endommagés, dont "Les mulâtres", du peintre moderniste Di Cavalcanti, exposé au Palais présidentiel et percé de plusieurs trous, selon des photos circulant sur les réseaux sociaux.

Des vidéos montrant des bureaux de parlementaires saccagés ont également été diffusées. Dans la foule, un homme a été immortalisé, brandissant un exemplaire original de la Constituion de 1988. Au Sénat, un autre émeutier s'est assis sur le siège du président, dans un mimétisme saisissant avec les émeutiers pro-Donald Trump qui avaient envahi le Capitole il y a deux ans. Selon la chaîne CNN, des émeutiers ont mis le feu au tapis d'un salon du Congrès, qui a dû être inondé pour éteindre l'incendie et des vidéos, circulant en ligne, montre un homme urinant et déféquant sur un bureau.

• Intervention policière et condamnation de Lula

Il faut attendre 17 heures pour que la police de Brasilia commence à reprendre le contrôle de la capitale, en faisant usage de tout son arsenal. À 18 heures, soit quatre heures après le début des événements, les trois bâtiments sont repris aux émeutiers.

Depuis l'État de São Paulo, où il était en déplacement, Lula prend la parole et décrète une "intervention fédérale", qui permet de placer les forces de l'ordre locales sous le commandement des forces fédérales en cas de crise grave. "Nous allons tous les retrouver et ils seront tous punis", a déclaré le président brésilien, qualifiant les émeutiers tour à tour de "vandales fascistes", de "nazis" et de "stalinistes fanatiques".

"La démocratie garantit la liberté d'expression, mais elle exige aussi que les institutions soient respectées", a-t-il ajouté, déplorant des incidents "sans précédent dans l'histoire du Brésil".

Alors que Lula a accusé son prédécesseur d'avoir provoqué les violences, ce dernier a simplement écrit dans un tweet que "les manifestations pacifiques, conformes à la loi, font partie de la démocratie. Cependant, les déprédations et invasions de bâtiments publics (...) sont contraires à la règle", tout en se défendant des accusations "sans preuves" de Lula.

Au total, plus de 300 personnes ont été arrêtées, selon le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Flavio Dino. Après avoir passé les bâtiments aux détecteurs de bombes, Lula s'est rendu à Brasilia. Des images de TV Globo le montrent en discussion tard dans la soirée avec des juges de la Cour suprême, devant le bâtiment aux vitres brisées par ceux qui refusent toujours d'accepter son retour au pouvoir.

• La police pointée du doigt et des enquêtes en cours"Les putschistes qui ont promu la destruction des propriétés publiques à Brasilia sont en train d'être identifiés et seront punis. Demain nous reprenons le travail au palais de Planalto. Démocratie toujours", a tweeté Lula.

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Les autorités judiciaires au Brésil ont en effet lancé les premières investigations pour déterminer les responsabilités de la prise d'assaut. La première tête est tombée: le gouverneur du district fédéral de Brasilia, Ibaneis Rocha, allié de Jair Bolsonaro, a été suspendu 90 jours.

Dans une vidéo, il a présenté ses excuses au président Lula, qualifiant les responsables des "déprédations" des bâtiments publics de "vrais vandales" et de "vrais terroristes". "On surveillait avec le ministre (de la Justice) Flavio Dino tous ces mouvements (...) À aucun moment on n'a pensé que ces manifestations prendraient de telles proportions", s'est-il justifié.

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Derrière la suspension du gouverneur, une question se pose: émeutiers? Des vidéos montrent certains d'entre eux prenant des photos avec des émeutiers ou des selfies, alors que l'invasion battait son plein. Sur d'autres images, certains apparaissent escorter les bolsonaristes lors de lors marche de 8 kilomètres, directement jusqu'à la place des Trois Pouvoirs.

Article original publié sur BFMTV.com