La préhistoire revue et corrigée par la génétique

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Séquençage de génomes anciens, analyse de l'ADN et des protéines extraites des fossiles… Les progrès inouïs de la paléogénétique bouleversent notre vision de Sapiens et de ses relations.

Cet article est extrait du n°204 des Indispensables de Sciences et Avenir, daté janvier/mars 2021.

"Les progrès de la génomique sont extraordinaires", s’enthousiasme la paléogénéticienne Eva-Maria Geigl, de l’institut Jacques-Monod du CNRS, à Paris. Moins d’une dizaine d’années après le premier séquençage d’un génome humain, en 2001, la paléontologie est entrée dans l’ère de la génétique avec, en 2008, le séquençage complet d’un ADN mitochondrial, ou ADNmt, de Néandertal. En 2010, on apprend de l’ADNmt qu’une phalange non identifiée découverte deux ans plus tôt dans la grotte de Denisova appartient à une femme d’une population inconnue, baptisée Dénisoviens. Quelques mois plus tard, l’ADN nucléaire de Néandertal est décodé, suivi en 2012 de celui de la fille de Denisova, qui montre que cette dernière possède un ancêtre commun avec Néandertal et Sapiens ! "Aujourd'hui, nous disposons d'une centaine de génomes anciens, dont quatre de haute qualité : trois pour les Néandertaliens, un pour les Dénisoviens", rappelle la généticienne. Nos ancêtres Sapiens n'en fournissent, eux, qu'une vingtaine, et incomplets.

Outre la connaissance des lignées humaines, la génétique nous renseigne sur les migrations et les métissages. "C'est ainsi qu'on a découvert en 2015, à notre grande surprise, que des pasteurs des steppes ont migré vers l'Europe à l'âge du bronze , poursuit la chercheuse. Ils étaient porteurs d'un variant génétique qui leur permettait de digérer le lactose, alors que la population européenne n'en était pas capable après le sevrage." Ce variant, qui s'est propagé jusqu'au Moyen Âge, explique pourquoi jusqu'à 95 % de la population du nord de l'Europe est tolérante au lactose, contre seulement 25 % des Italiens.

La multiplication des séquençages de génomes anciens pourrait laisser penser qu'ils relèvent de la routine. "C'est loin d'être le cas , corrige la généticienne. Nous améliorons constamment nos méthodes, notamment pour réduire les contaminations avec de l'ADN mod[...]

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