Près de la moitié des détenus récidivent dans les deux ans qui suivent leur sortie de prison

L'accès à une cour dans la prison de Toulouse-Seyssel à Seysses dans le sud-ouest de la France le  10 mai 2022 - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP
L'accès à une cour dans la prison de Toulouse-Seyssel à Seysses dans le sud-ouest de la France le 10 mai 2022 - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP

Constat d'échec aux portes des geôles françaises. Un bulletin publié mardi par le ministère de la Justice révèle que les détenus sortis de prison en 2016 ont récidivé à 45% dans un délai de deux ans.

Souvent, une nouvelle infraction est même observée lors des premiers mois qui suivent la remise en liberté de l'individu: 33% des détenus ont récidivé dans les douze mois consécutifs à leur sortie. Crimes et délits confondus, ce sont majoritairement les hommes (46% dans les deux ans contre 38% chez les femmes) ainsi que les jeunes (58% chez les 18-24 ans) qui repassent à l'acte, précise l'étude.

Selon Prune Missoffe, responsable Plaidoyer à l'Observatoire international des Prisons (OIP), ces chiffres viennent mettre en lumière un échec connu depuis des années.

"Ce bulletin vient confirmer que la détention a un caractère désocialisant, et conclut que le passage par la case prison est facteur de récidive", commente-t-elle auprès de BFMTV.com.

Prise en charge "insuffisante" en prison et à la sortie

À qui la faute? À une mission de réinsertion fondamentale mais malmenée dans l'enceinte même des établissements pénitentiaires, estime Prune Missoffe. "Il y a une prise en charge insuffisante au niveau des activités, du travail, de la formation et des soins en prison, qui peut également s'accompagner d'une rupture des liens familiaux."

À cette "insuffisance" s'ajoute un manque d'accompagnement des individus à la sortie, sujet sur lequel insiste régulièrement l'OIP. Dans un témoignage recueilli par l'observatoire en février dernier, une jeune femme qui avait été incarcérée au centre pénitentiaire de Riom, dans le Puy-de-Dôme, raconte les conséquences de cette rupture brutale lors de sa sortie.

"Je suis sortie après quatre mois de détention. Pas de CPIP (conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation, ndlr), pas de sécu, pas de sous. Je suis de retour dans ma région, sans rien à part l’obligation de signer deux fois par semaine au commissariat. J’avais un CDI et une famille stable, je n’ai plus rien, plus de travail, ma famille me tourne le dos. Alors je fais quoi? Je suis effacée et j’ai juste envie de mourir", confiait-elle.

"Privilégier" les aménagements de fin de peine

Selon l'OIP, il existe pourtant des solutions pour remédier à ce fort taux de récidive. "Les peines alternatives à la prison ainsi que les aménagements de fin de peine diminuent au contraire ce risque, il faut les privilégier", affirme Prune Missoffe.

Régime de semi-liberté, placement sous bracelet électronique, libération conditionnelle... Plusieurs options sont en effet à disposition des juges pour alléger une incarcération touchant à sa fin et aider, d'après l'OIP, la réinsertion des détenus en leur permettant de retrouver un travail ou de retourner vivre dans leur environnement familial.

Et cette idée est elle-même étayée par les chiffres du ministère, qui rapportent que près de 48% des détenus qui n'ont pas eu d'aménagement de fin de peine ont récidivé, contre 40% de ceux qui en ont bénéficié.

Constat d'échec unanime

Si ce constat est révélateur d'un problème inhérent à l'univers carcéral, il n'est pas nouveau pour autant, avertit Prune Missoffe, qui invite à "cesser de tout miser sur des politiques répressives et sécuritaires, et donner une place centrale à la réinsertion et à l'accompagnement social".

Plusieurs Gardes des Sceaux ont d'ailleurs successivement reconnu l'existence de ce dysfonctionnement et l'importance de se pencher sur des alternatives, à l'image de Christiane Taubira.

"Il y a des années qu’on sait que la prison, sur les courtes peines, génère de la récidive, c’est presque mécanique. Je le dis, il faut arrêter! Ça désocialise, ça coûte cher et ça fait de nouvelles victimes", clamait-elle auprès de Libération, en août 2012.

Tandis que l'ex-ministre de la Justice Nicole Belloubet invitait lors de son mandat à travailler sur les peines "hors de la prison", l'actuel Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti signait lui aussi, avant d'accéder à la place Vendôme, une tribune dans Le Monde dénonçant un système carcéral qui "renforce les facteurs de délinquance et accroît la récidive".

Article original publié sur BFMTV.com

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