Pouvoir d'achat: Ces débats illustrent encore les difficultés du gouvernement à l'Assemblée

POLITIQUE - Après une première semaine épique, les débats se sont à nouveau embourbés à l’Assemblée nationale, lundi 25 juillet, sur le second volet des mesures pour le pouvoir d’achat, sans parvenir à examiner des dispositions clés comme la nationalisation d’EDF.

Dans un calendrier déjà bousculé, les macronistes espéraient achever cette première lecture dans la nuit pour passer le relais au Sénat. Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, les discussions se sont délitées et les esprits échauffés, repoussant l’adoption de ce projet de budget 2022 rectifié, avec plus de 230 amendements encore au programme.

Les députés ont suspendu leurs travaux peu après 2h du matin et reprendront mardi en fin d’après-midi.

“Un dévoiement du débat démocratique”

En début de soirée, le gouvernement a d’abord essuyé un nouveau revers: les oppositions se sont associées pour voter 230 millions d’euros de soutien aux foyers se chauffant au fioul, un amendement LR face à l’inflation. L’exécutif privilégiait une aide de 50 millions d’euros fléchée vers les ménages modestes.

Plus tard, Bruno Le Maire a réclamé de la modération budgétaire: “J’en appelle au MoDem, à Horizons, aux Républicains et à Renaissance, tenons les comptes publics!”, a lancé le ministre de l’Économie, confirmant que les macronistes sans majorité absolue se tournent d’abord vers les députés LR pour tenter d’assurer les votes sur ce paquet pouvoir d’achat.

Le ton est monté ensuite lors de discussions sur l’accès à l’eau ou les sapeurs-pompiers, jugées hors sujet par l’exécutif. “Nous assistons à un vrai dévoiement du débat démocratique” avec de la “pure politique politicienne”, a dénoncé Bruno Le Maire. “Nous considérons que ce sont des sujets importants, urgents, décisifs (...) ll n’y a aucune volonté de blocage”, a rétorqué le LFI Manuel Bompard.

Un compromis sur l’aide carburant

Concernant le carburant, Bercy est prêt à augmenter temporairement de 18 à 30 centimes la remise sur le litre des carburants, dans un compromis avec les députés Les Républicains.

“La remise pourrait passer de 18 à 30 centimes d’euros en septembre et en octobre, puis passer à 10 en novembre et 10 en décembre”, a détaillé Bruno Le Maire samedi. Avec la remise de 20 centimes à la pompe annoncée par TotalEnergies, “vous auriez dans certaines stations services en France un carburant à 1,5 euro”, seuil défendu par LR.

Le geste de Total, qui gère un tiers des stations services en France, aura “un effet sur la concurrence”, a souligné le patron du groupe de droite Olivier Marleix lundi matin sur France Inter, se félicitant que les députés LR soient “utiles”.  La menace, finalement écartée, d’une taxe sur les “superprofits” des grands groupes, qui était demandée par la gauche, le RN et mezzo voce par la droite et certains dans la majorité, a eu son effet, a-t-il aussi relevé.

Ce lundi soir, les députés ont en outre voté, via un amendement LR, un soutien financier de 15 millions d’euros aux petites et moyennes stations-services indépendantes, principalement dans les zones rurales.

Une course de haies pour le gouvernement

Gros morceau aussi toujours en attente: l’Assemblée doit valider le financement par l’État de la renationalisation à 100% d’EDF, une opération à 9,7 milliards d’euros destinée à sortir le groupe de production et fourniture d’électricité de son ornière financière et industrielle. L’État détient déjà 84% d’EDF et a l’intention de lancer une offre publique d’achat (OPA) devant se terminer fin octobre. Les oppositions n’y sont pas hostiles mais posent leurs conditions quant à la réorganisation d’EDF et la politique énergétique.

L’examen de ces textes phares de l’été législatif s’apparente à une course de haies pour le gouvernement, privé de majorité absolue. La gauche s’est majoritairement prononcée contre le premier projet de loi et ses orientations jugées “libérales” et anti-environnement, et devrait faire de même sur le second texte.

Samedi soir, les députés LREM ont été mis en minorité, face à la conjonction des votes de la gauche, du RN, des LR mais aussi, et c’est la première fois, des députés du groupe Horizons, allié de la majorité. Ainsi, contre l’avis du gouvernement, l’Assemblée a décidé pour 2022 d’allouer 120 millions aux départements qui versent le RSA, pour compenser intégralement la hausse de 4% de cette prestation programmée par l’Etat.

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