Poutine fait son grand discours en pleine crise sur Navalny et avec les Occidentaux

Antoine LAMBROSCHINI
·3 min de lecture

Vladimir Poutine prononce mercredi, en pleine crise avec les Occidentaux, son grand discours annuel sur ses ambitions pour la Russie, un évènement que les partisans de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny espèrent contester dans la rue avec des manifestations.

Le président russe sera très attendu sur les tensions croissantes avec l'Occident autour du sort de l'opposant, mourant selon ses proches, mais aussi du déploiement militaire russe près de l'Ukraine.

Sur le plan domestique, la crise économico-sanitaire due au Covid doit figurer en bonne place, d'autant que des législatives sont prévues en septembre.

Le mouvement d'Alexeï Navalny, l'opposant qui refuse de s'alimenter depuis trois semaines pour dénoncer ses conditions de détention, a appelé à des manifestations à 19H00 locales le long des neuf fuseaux horaires russes (+2 à +12 GMT).

"Il est temps d'agir. Il ne s'agit plus seulement de la liberté de Navalny, mais de sa vie", a souligné samedi son allié Léonid Volkov. L'opposant a été transféré lundi dans un hôpital carcéral.

Le ministère de l'Intérieur a prévenu qu'il ne tolèrerait aucun trouble à l'ordre public, rappelant que ces manifestations n'étaient pas autorisées.

Le précédent mouvement de contestation, après l'arrestation en janvier de M. Navalny, avait donné lieu à plus de 10.000 arrestations.

Puis, dès la semaine prochaine, un tribunal moscovite doit commencer l'examen d'une demande du parquet visant à classer comme "extrémistes" les organisations liées au détracteur numéro 1 de M. Poutine, ce qui exposerait tous ses militants à de longues peines de prison.

- Guerre à l'opposition -

Mais il est peu probable que le président évoque le cas de son ennemi, d'autant qu'il ne prononce jamais son nom.

"Poutine a vraiment déclaré la guerre, une guerre totale, contre ceux qui ne sont pas d'accord avec lui", a jugé dimanche Vladimir Milov, un proche d'Alexeï Navalny.

Le discours annuel, devant notamment le Parlement, le gouvernement et les gouverneurs régionaux, est l'occasion pour M. Poutine de fixer ses priorités pour le pays.

L'année dernière, il y avait annoncé la réforme constitutionnelle, adoptée à l'été 2020 par un référendum controversé et lui donnant le droit de rester au Kremlin jusqu'en 2036.

En matière de politique étrangère, les chancelleries occidentales guetteront tout indice quant à ses intentions en Ukraine, aux frontières de laquelle plus de 100.000 soldats russes ont été massés ces dernières semaines.

A Washington, Kiev et Bruxelles, on craint l'escalade militaire, estimant que Moscou pourrait bien préparer un prétexte pour entrer en Ukraine, comme en 2014 avec l'annexion de la Crimée.

La Maison Blanche voudra elle entendre M. Poutine sur la relation bilatérale, au plus bas, et peut-être sur la proposition d'un sommet en terrain neutre cet été avec Joe Biden.

Si chacun assure vouloir dialoguer, Moscou et Washington viennent aussi d'échanger de nouvelles volées de sanctions.

- Covid et élections -

Sur le plan intérieur, M. Poutine a déjà indiqué que sa priorité serait la relance après une année de pandémie aux effets néfastes pour une économie anémique et un pouvoir d'achat en berne depuis de longues années.

Le président russe a dit, lors d'une réunion préparatoire de son discours, vouloir les meilleurs résultats "pour le développement de l'économie, le soutien aux entreprises, le soutien à la population".

"Chaque rouble doit être utilisé de manière efficace", a-t-il souligné.

La thématique est d'autant plus importante, dans le contexte des législatives de l'automne.

Si Vladimir Poutine reste populaire, son parti, réputé corrompu, ne l'est guère. Selon le baromètre de l'institut Levada de mars, les intentions de vote pour Russie Unie sont à 21%.

Une impopularité sur laquelle M. Navalny comptait justement s'appuyer en faisant campagne pour chaque candidat ou liste en mesure d'infliger une déconvenue à la formation du Kremlin.

alf/mp/lpt/ahe