Pourquoi cette vidéo virale ne montre pas des écouvillons "vivants" après un test Covid-19

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Une vidéo partagée plus de 35 000 fois sur Facebook prétend montrer plusieurs écouvillons utilisés pour des tests contre le Covid-19 dont les fibres seraient "vivantes" et faites de "Morgellons", sorte de filaments associés à une théorie médicale controversée. Des affirmations erronées, puisque les fibres synthétiques des écouvillons sont attirées entre elles pour des raisons électrostatiques.

Postée à l'origine sur Facebook le 6 janvier par un internaute disant être un Américain du Michigan, ce direct vidéo montre la sœur de l'auteur de la vidéo manipuler un paquet d'écouvillons secs "CLASSIQSwabs" développés par l'entreprise COPAN, qu'elle présente comme des "tests Covid transmis par un ami". Elle explique ensuite : "Voyez-vous ce que révèle le test Covid ? Ce sont des embouts enveloppés de fibre traditionnelle. Eh bien, cette fibre qui est ici est la même fibre qui sort de mon corps. Ce sont des nanoparticules".

Après avoir zoomé sur les cotons-tiges, elle compare l'écouvillon qui a, selon elle, "une couleur argentée" à un autre coton-tige qui est blanc. "Ces particules sont vivantes, et elles bougent", s'exclame t-elle alors.

Plus tard dans la vidéo, elle utilise une pince pour saisir une fibre de l'écouvillon Covid, qui semble bouger et s'accrocher à une autre fibre parasite. "Regardez comme elles interagissent. […] Nous ne soufflons même pas dessus et ça bouge." Elle attrape ensuite les fibres du coton-tige ordinaire et dit : "Ce coton ne fait rien, il ne bouge pas."

Conclusion, selon elle : "Ils mettent des nanoparticules directement dans nos têtes. C'est un fait parce que ce matériau, ces fibres, ces fibres d'argent ici, elles sortent de mon corps. Ça s'appelle les Morgellons".

Pourquoi ces affirmations ne sont pas fondées

Les fibres visibles dans la vidéo ne sont en réalité pas des nanoparticules comme l'affirme la personne dans cette vidéo. Les nanoparticules sont des particules microscopiques, qui mesurent entre 1 et 100 nanomètres, et sont indétectables à l'œil humain.

Si la fibre a une couleur argentée, c'est parce que les écouvillons CLASSIQSwabs visibles dans la vidéo sont faits, selon l'entreprise, de fibre synthétique, de polyester et de rayonne, une fibre artificielle se rapprochant de la soie, ces deux derniers éléments ayant tous deux un aspect plus luisant que le coton. Selon les recommandations du Centre de contrôle et de prévention des maladies, une agence fédérale américaine de la santé, seuls des écouvillons en fibres synthétiques doivent être utilisés pour les tests Covid-19 afin de détecter au mieux la présence ou pas du virus.

Mais alors pourquoi ces fibres semblent-elles bouger dans la vidéo ? Si l'on met de côté des facteurs classiques comme la respiration des personnes présentes, ou du vent, des forces électrostatiques peuvent pousser les fibres à s'accrocher à d'autres matières, selon l'Institut de physique du Royaume-Uni. Des recherches ont également démontré que le polyester, l'un des composants des écouvillons ici, présente des niveaux plus élevés de charge statique en comparaison à la fibre naturelle comme la soie, explique Reuters. Ainsi, une charge statique ne signifie pas qu'un matériau est "vivant", et aucune preuve tangible ne corrobore la démonstration dans cette vidéo.

Qu'est ce que la "maladie de Morgellons", théorie médicale controversée citée dans cette vidéo ?

La jeune femme qui témoigne dans cette vidéo affirme que "des fibres argentées sont sorties de [son] corps", faisant une référence directe aux Morgellons, sensation qu'ont certaines personnes qui disent ressentir la présence de filaments se trouvant sur ou, parfois, sous leur peau.

Selon le Dr. Flora Teoh, journaliste scientifique pour Health Feedback, une ONG faisant de la vérification sur des thématiques de santé, la "maladie des Morgellons" reste "controversée et mal connue".

Les personnes affectées par la maladie de Morgellons décrivent ressentir des filaments ou des fibres sur ou sous leur peau [qu'ils tentent souvent d'attraper, provoquant des plaies, NDLR] ainsi que la sensation d'être mordu ou que quelque chose rampe sous leur peau.

Les études scientifiques à ce sujet n'ont pour l'heure pas pu identifier la cause exacte de cette sensation. Par exemple, l'une d'entre elles menée par le Centre de contrôle et de prévention des maladies n'a pas trouvé de preuves de parasites ou de mycobactéries sur la peau des patients. L'étude a également montré que les filaments ou les fibres décrites par les patients sur leur peau étaient principalement composés de cellulose, très probablement venant du coton. Cependant, aucune étude ne confirme la croyance des patients selon laquelle des fibres sortiraient de leur corps.

La plupart des dermatologues pensent que la maladie de Morgellons est de nature psychiatrique et s'apparente à un trouble mental appelé parasitose délirante [un trouble mental caractérisé par la croyance d'un individu qu'il est infesté par des parasites, des insectes, ou tout autre organisme, alors qu'aucune infection n'existe, NDLR].

Le terme "Morgellons" a été utilisé pour la première fois en 1674 par le physicien anglais Thomas Browne pour décrire l'apparition chez un enfant de sortes de fils ressemblant à des cheveux dans son dos. Après plus de trois cents ans, la théorie a été ravivée en 2001 par un Américain dont le fils affirmait ressentir comme des "insectes" sur sa peau, qui, après examen avec un microscope, s'est révélée être couverte de fibres étranges.

En 2011, une enquête relayée par The Guardian décrivait les Morgellons comme "un syndrome d'Ekbom", centré sur la conviction délirante d'être infesté d'ectoparasites et dont les "symptômes imaginaires peuvent davantage s'amplifier sur Internet".

Cette théorie des "Morgellons" présente sur des écouvillons de test pour le Covid-19 n'est qu'un autre exemple des théories conspirationnistes affirmant que ces tests sont inefficaces, voire dangereux. Récemment, une vidéo d'une compote de pomme supposément testée "positive" au Covid-19 a poussé des internautes, sans le moindre fondement, à conclure à l'inefficacité des tests.