Pourquoi le "variant Deltacron", un mélange de Delta et Omicron, ne doit pas vous alarmer

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Après le variant Delta, après le variant Omicron, le variant
Après le variant Delta, après le variant Omicron, le variant

CORONAVIRUS - Depuis plus de deux ans, c’est une sorte de jour de la marmotte permanent avec la pandémie de Covid-19. Nouvelle vague, nouveau variant... et nouvelle vague de peur irrationnelle provoquée par la crainte d’un “variant frankenstein”.

Le dernier en vogue serait une fusion des variants Omicron et Delta, baptisé “Deltacron” par Leonidos Kostrikis, un biologiste chypriote à l’origine de cette “découverte”, qui serait plutôt due à une contamination d’échantillons, estiment plusieurs chercheurs.

Dans une interview télévisée rapportée par l’agence Bloomberg, le professeur de biologie chypriote a affirmé avoir trouvé “une souche qui est une combinaison de Delta et d’Omicron”. Le chercheur a choisi d’appeler cette découverte “Deltacron” (un nom pas du tout orthodoxe). Les 25 cas séquencés ont été envoyés sur la plateforme internationale de partage de séquences, Gisaid, précise-t-il. Cette découverte a reçu de nombreux échos médiatiques.

Mais pour l’instant, Deltacron ne semble pas alarmer les scientifiques. “Ce ‘scariant’ [mélange des mots “variant” et “effrayant” en anglais, NDLR] n’est même pas un vrai variant, mais il effraie beaucoup de monde sans raison”, affirme le chercheur américain Eric Topol.

François Balloux, le directeur de l’UCL Genetics Institute, explique de son côté avoir analysé les génomes de “Deltacron” mis en lignes par Leonidos Kostrikis. “Je les ai bien regardés et ils ressemblent à des variants Delta classiques, j’ai peut-être raté quelque chose”.

“Des recombinaisons peuvent avoir lieu avec les coronavirus, et la double circulation de Delta et Omicron augmente ce risque”, rappelle la chercheuse Boghuma Kabisen Titanji. Un cas de recombinaison entre Alpha et un variant découvert en Californie a ainsi été répertorié dans le passé. Vu la circulation de Delta et d’Omicron, une recombinaison pourrait arriver, sans qu’il soit possible de dire si un tel variant serait problématique.

Deltacron, une simple contamination d’échantillons?

Pour ce qui concerne “Deltacron”, la chercheuse rappelle que “les informations disponibles pour le moment pointent vers une contamination d’échantillon plutôt que vers une véritable recombinaison des variants Delta et Omicron”.

“Pour être sûr qu’un signal de ce type est réel, vous voulez vraiment que plusieurs laboratoires de séquençage trouvent la même recombinaison de manière indépendante”, rappelait fin décembre Tom Peacock, virologiste à L’Imperial College London, alors que plusieurs séquences d’Omicron semblant porter une des mutations de Delta agitaient déjà les discussions.

De plus, les réelles recombinaisons “ont tendance à apparaître plusieurs semaines ou mois après une co-circulation substantielle”, précisait, quelques jours plus tard, le chercheur. Quant au “Deltacron” chypriote, “il ressemble assez clairement à une contamination de l’échantillon - les séquences ne se regroupent pas sur un arbre phylogénétique”, analyse dimanche 9 janvier Tom Peacock.

Dans une série de messages très techniques, le virologue explique qu’au vu de la structure du séquençage du virus et de ses possibles ancêtres communs, l’explication la plus logique est que le séquençage d’un coronavirus Omicron ait été contaminé par un petit échantillon de Delta.

Interrogé par Bloomberg suite au scepticisme qui a accompagné cette “découverte”, Leonidos Kostrikis affirme que ce variant n’est pas lié à une erreur technique: les échantillons ont été séquencés plusieurs fois et un génome provenant d’Israël serait similaire. Mais encore une fois, ces données n’ont pas convaincu, pour le moment, la communauté scientifique.

Pour résumer, une recombinaison entre Delta et Omicron est possible. Elle a peut-être même déjà eu lieu. Mais pour le moment, les informations disponibles ne vont pas dans ce sens. Et même si c’est le cas, rien ne dit qu’un tel mélange de variants sera plus problématique que Delta ou Omicron.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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