Pourquoi y a-t-il des tensions entre l’Algérie et le Maroc ?

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Au mois d'août dernier, Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères algérien, a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc.

L'Algérie a décidé mercredi de fermer son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu'aux appareils immatriculés au Maroc. Une décision qui fait suite à des années de tensions entre les deux pays. Explications.

"Le Haut Conseil de sécurité a décidé de la fermeture immédiate de l’espace aérien à tous les avions civils et militaires ainsi qu’à ceux immatriculés au Maroc". Cette annonce de la présidence algérienne marque une nouvelle étape dans les tensions entre les deux pays. Une décision prise "compte tenu de la poursuite des provocations et des pratiques hostiles de la part du Maroc", précise le communiqué. 

Un mois plus tôt, l'Algérie avait décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, après plusieurs mois de tensions entre ces deux pays rivaux du Maghreb, à cause d'une "guerre ignoble" menée "contre l'Algérie, son peuple et ses dirigeants", accusait Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères algérien. Si elles ont toujours été tendues, les relations entre le Maroc et l'Algérie se sont particulièrement dégradées ces derniers temps, notamment en raison de l'épineux dossier du Sahara occidental et la question kabyle.

Une situation "d'une extrême gravité"

Lors d'une réunion du mouvement des non-alignés en juillet dernier à New York, Omar Hilale, l'ambassadeur du Maroc à l'ONU, a fait passer une note dans laquelle il estimait que "le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l'autodétermination". Pour rappel, le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), un mouvement séparatiste kabyle, a été classé au mois de mai dernier comme "organisation terroriste" par les autorités algériennes.

Une déclaration qui n'est donc pas passée inaperçue auprès d'Alger qui s'oppose fermement à l'indépendance de cette région du nord-est de l'Algérie. Ramtane Lamamra évoquait alors une "situation d'une extrême gravité" provoquée par des "propos inadmissibles". Suite à cette affaire, l'ambassadeur d'Algérie a immédiatement été rappelé par Alger.

Donald Trump n'a rien arrangé

Selon L'Express, c'est la première fois qu'un diplomate marocain exprime son soutien au séparatisme kabyle en réponse à l'appui apporté par l'Algérie aux indépendantistes sahraouis, le Front Polisario, qui combattent le Maroc au Sahara occidental, considéré comme un "territoire non autonome" par l'ONU. Le dossier du Sahara occidental est source de conflit entre les deux pays depuis plusieurs décennies. 

Mais en décembre 2020, alors que Donald Trump s'apprêtait à quitter le poste de président des États-Unis, Washington a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en contrepartie d'une normalisation des relations du Maroc avec Israël. L'Algérie a alors dénoncé des "manœuvres étrangères" visant à la déstabiliser. 

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Le Front Polisario, qui contrôle 20% du territoire, réclame le référendum d'autodétermination prévu par l'ONU depuis 1991, mais le Maroc, qui contrôle les 80% restant propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté.

De nombreux conflits depuis les années 1970

Déjà en 1976, les liens diplomatiques avaient été rompus entre les deux pays lorsque Rabat avait mis fin à ses relations avec Alger qui avait reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) autoproclamée par les indépendantistes du Front Polisario. Depuis toutes ces années, les tentatives de règlement du conflit entre les deux frères ennemis n'ont cessé d'échouer. 

D'autres événements sont liés aux tensions entre les deux pays, même si elles sont toutes plus ou moins indirectement liées au conflit du Sahara occidental. En 1975, l'Algérie avait expulsé des milliers de Marocains suite à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc, ce que les Marocains d'Algérie avaient appelé la "marche noire". Depuis 1994, les frontières terrestres sont fermées entre les deux pays, suite aux attentats de Marrakech que le Maroc avait imputés aux services secrets algériens. 

Quelques tensions avaient récemment eu lieu, le gouvernement algérien avait ainsi accusé le Maroc d'être en partie responsable des incendies qui ont dévasté le nord de l'Algérie et provoqué la mort d'au moins 90 personnes cet été. Une accumulation de tensions qui n'invite pas à penser que la situation devrait s'arranger d'ici peu.

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