Pourquoi Spider-Man a-t-il un trait d'union dans son nom?

Jérôme Lachasse
·5 min de lecture
Spider-Man, avec un trait d'union !  - Marvel
Spider-Man, avec un trait d'union ! - Marvel

Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. La maxime de Spider-Man est valable pour notre héros tisseur de toiles comme pour ses fans, qui se doivent d’écrire son nom en deux mots, avec un trait d’union, et non en un seul, comme Superman ou Batman.

L’erreur est aussi vieille que le personnage imaginé en 1962 par Stan Lee et Steve Ditko. Elle agace l’alter-ego de Peter Parker, qui corrige fréquemment ses ennemis: "Le nom est Spider-Man, n’oubliez pas le trait d’union!", lance-t-il à plusieurs reprises dans les comics. Une réplique phare du personnage, qui est devenue à l’ère d’Internet un mème, et un fréquent sujet de débats sur les réseaux sociaux.

Le sujet peut prêter à sourire. Il est pourtant primordial pour appréhender la complexité du personnage. Alors pourquoi respecter cette coquetterie d’orthographe? "Parce que c’est son nom! C’est une marque de respect", s’enflamme Daniel Andreyev, journaliste et auteur de La Légende de Dragon Quest. Et d’ajouter: "Il faut savoir que c’est une orthographe juste pour nous. Ses amis l’appellent 'Spidey'."

Le plus humain des super-héros

Spider-Man n'a pas toujours eu de trait d'union dans son nom. Dans le numéro 15 d'Amazing Fantasy, où il naît en août 1962, le personnage est juste nommé "Spider Man". Le trait d'union fait sa première apparition dans le numéro suivant, pour ne plus jamais le quitter.

L'idée viendrait de Stan Lee, qui aurait pris la décision de lui ajouter ce trait d'union pour le distinguer du très populaire Superman. Stan Lee a toujours eu tendance à enjoliver la réalité, mais cette hypothèse est plausible, estime Daniel Andreyev: "Le monde Marvel a été créé en réaction aux personnages de DC, et imaginé comme un ensemble cohérent dès le premier comics de Jack Kirby et Stan Lee."

Spider-Man est aussi le plus humain des super-héros Marvel. Il va à l'école tout en combattant le mal. Son costume est fait-maison, cousu de ses propres mains: "Le trait d'union souligne l’humanité du personnage. C’est ce qui relie Spider-Man au monde réel", analyse le spécialiste. Un dessin réalisé par l'illustratrice Cathy Leamy en 2011 s'amuse de cette dimension humaine en interprétant le trait d'union comme... la toile du personnage. Lui enlever, c’est le faire tomber dans le vide (et le tuer).

"Ce n'est pas Phil Spiderman"

La série Friends aborde également ce problème essentiel dans l'épisode 19 de la saison 3. Chandler y révèle à une Phoebe interloquée que Spider-Man est le nom du personnage, et non son nom de famille. "Ce n'est pas Phil Spiderman. C’est un homme... araignée", lui explique-t-il, un brin agacé, Chandler. "C’est intéressant de voir que le trait d'union existe uniquement dans la version originale. En Espagne, il n’y a pas de trait d’union dans 'l'Hombre Araña'." On notera cependant que Alain Robert, le "French Spider-Man", champion de l'escalade d'immeubles, a été baptisé en français "l'homme-araignée" (avec un trait d'union!).

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Ce trait d'union est un clin d'oeil à un des éléments essentiels de Spider-Man, son costume, note Daniel Andreyev:

"Spider-Man, c’est énormément de lignes à dessiner dans son costume. Les auteurs de comics se sont d'ailleurs souvent plaints qu’il y avait trop de lignes à dessiner! Est-ce que ce n’est pas paradoxal d’avoir un personnage qui ajoute une ligne dans son nom alors qu’il en a déjà tellement sur son costume?"

John Romita, sans doute le plus grand dessinateur des aventures de Spider-Man avec Steve Ditko, surchargeait le personnage de lignes en lui ajoutant des toiles sous les bras, comme de petites ailes.

Un personnage méta?

Comics souvent très drôle, Spider-Man se démarque aussi par un second degré permanent dans les scènes avec le Tisseur. Rappeler l'orthographe de son nom de scène est pour Spider-Man une manière d'affirmer son caractère, selon Daniel Andreyev:

"Spider-Man permet à Peter Parker de devenir une autre personne. Ce quelqu’un d’autre est un vanneur. Il se moque de l’allure des méchants. Spider-Man est là pour pinailler, pour provoquer son adversaire et surtout pour s’amuser. C’est pour ça qu’il rappelle à ses adversaires de bien orthographier son nom!"

Spider-Man ne pratique pas pour autant un humour "méta", fondé sur l'autoréférence et la mise en abyme, analyse encore le spécialiste: "Spider-Man n’est pas un personnage foncièrement méta. Il va l’être lorsqu’il sera en présence de quelqu'un comme Deadpool. On peut adapter Spider-Man à toutes les sauces. Il est très malléable. On peut faire avec lui des récits politiques comme des histoires pour enfants."

Attention cependant à ne pas dénaturer son nom. Les comics Spider-Man ont en effet un point commun: tous comportent le nom de leur héros. Tous, sauf un, Spidey (2015-2016), courte série de douze épisodes sur les années lycéennes de Peter Parker. "C’est bizarre, c’est le seul comics Spider-Man où on a enlevé le trait d'union qui n’a duré que quelques mois. C’est dommage, c’était très joli." Moralité: il faut toujours respecter le trait d’union de Spider-Man.

Article original publié sur BFMTV.com