Pourquoi le sort des migrants en Méditerranée inquiète

Près de 1 000 migrants sont bloqués à bord de trois navires humanitaires en Mediterranée, comme ici sur l’Ocean Viking affreté par SOS Méditerranée.
Capture d’écran SOS Méditerranée Près de 1 000 migrants sont bloqués à bord de trois navires humanitaires en Mediterranée, comme ici sur l’Ocean Viking affreté par SOS Méditerranée.

IMMIGRATION - Triste décompte. « Depuis onze jours, les 234 rescapés secourus par l’Ocean Viking sont bloqués sur le pont du bateau. Depuis onze jours, ils attendent de pouvoir débarquer dans un port sûr. » À l’Assemblée nationale, ce jeudi 3 novembre, le député LFI du Val-d’Oise Carlos Martens Bilongo interpelle directement le gouvernement sur le sort des migrants secourus en Méditerranée, pour lesquels trois ONG cherchent toujours un port où débarquer en sécurité.

Car au-delà de l’Ocean Viking de SOS Méditerranée, 179 migrants secourus en mer patientent à bord du Humanity 1 de l’ONG allemande SOS Humanity, et 572 autres à bord du Geo Barents de Médecins sans frontières, selon le décompte de l’ONG relayé par le député dans l’hémicycle.

Et Carlos Martens Bilongo de poursuivre, juste avant d’être interrompu par la sortie raciste de Grégoire de Fournas : « Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle Première ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? […] Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue. »

Comme d’habitude, le sort de ces exilés et la recherche d’un port européen où leur permettre de toucher la terre ferme suscite des tensions diplomatiques. On fait le point.

De nombreux appels à l’aide

Le sauvetage des 985 migrants est intervenu « entre le 22 et le 29 octobre », souligne SOS Méditerranée. Depuis, les trois ONG multiplient les demandes pour accoster en Europe. Humanity 1 a envoyé « 17 demandes infructueuses à Malte et en Italie », rapporte Il Corriere della Sera, tandis que MSF évoque de son côté 8 démarches similaires auprès des deux États.

Quant à SOS Méditerranée, elle a lancé un appel ce jeudi 3 novembre à la France, l’Espagne et la Grèce pour l’aider à trouver un port sûr pour débarquer les 234 migrants secourus sur l’Ocean Viking avant que la météo ne se dégrade. Depuis son premier sauvetage le 22 octobre, SOS Méditerranée avait sollicité les autorités de la zone de recherche, en Libye et à Malte, sans obtenir de réponse, a indiqué à l’AFP la directrice et cofondatrice de l’ONG Sophie Beau.

Pression sur l’Italie

Face à ces appels à l’aide, l’entrée en fonction à Rome du gouvernement le plus à droite depuis l’après-guerre a immédiatement rendu la question du sauvetage des exilés particulièrement politique. « Nous sommes prêts à prendre bien évidemment une partie des femmes et des enfants, comme nous l’avons fait précédemment », afin que l’Italie ne porte pas seule « le fardeau de cette arrivée », a assuré Gérald Darmanin, ce vendredi sur RMC et BFMTV.

Le ministre de l’Intérieur a toutefois mis l’Italie face à ses responsabilités : « Le droit international est très clair : quand un bateau demande à accoster avec des naufragés à bord, c’est le port le plus sûr le plus proche qui doit l’accueillir, en l’occurrence l’Italie. » Et d’ajouter : « Nous ne doutons pas un seul instant que l’Italie va respecter le droit international. »

Problème, le gouvernement de Giorgia Meloni, très hostile à l’accueil des migrants, ne compte pas autoriser le navire de SOS Méditerranée ni ceux des deux autres ONG à accoster. Il exige des pays dont les navires humanitaires battent pavillon qu’ils s’engagent à accueillir une partie des migrants arrivés sur leur territoire par la mer. Comme le rapporte l’AFP, le nouveau ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi a ainsi annoncé avoir émis une directive avertissant les forces de police et les autorités portuaires que son ministère envisageait une interdiction d’entrée dans les eaux territoriales des navires affrétés par SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, qui battent tous deux pavillon norvégien, ainsi que du bateau allemand de SOS Humanity.

Outre la réponse Gérald Darmanin, l’Allemagne et la Norvège ont également fait pression sur l’Italie. Dans une note diplomatique à l’Italie, le gouvernement d’Olaf Scholz a demandé « au gouvernement italien d’apporter rapidement son aide » aux personnes qui patientent à bord de Humanity 1 « au vu de la situation humanitaire », a indiqué à l’AFP un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

De son côté, le ministère norvégien des Affaires étrangères a souligné que la Norvège n’avait « aucune responsabilité en vertu des conventions des droits de l’Homme ou du droit maritime envers les personnes embarquées à bord de navires privés battant pavillon norvégien en Méditerranée ».

Débuts de Giorgia Meloni sur la scène européenne

Cette crise intervient alors que Giorgia Meloni rencontrait pour la première fois ses homologues européens à Bruxelles ce jeudi. La dirigeante, qui a fait campagne en promettant de « stopper les débarquements » de migrants sur les côtes italiennes, plaide pour une solidarité européenne accrue dans l’accueil des candidats à l’aile sur le continent. « Nous avons bien sûr parlé des flux migratoires et de la demande italienne d’un changement (...) en vertu duquel la priorité, déjà prévue dans les normes européennes, est la défense des frontières extérieures », a assuré la Première ministre à l’issue de ses rencontres successives avec Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, et Charles Michel, président du conseil.

« C’est un sujet très délicat, très important », a-t-elle poursuivi, assurant, sans plus de précisions, avoir trouvé à Bruxelles « des oreilles attentives. »

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