Pourquoi la sécheresse inquiète-t-elle autant ?

Photo d'illustration (Photo by Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP) (AFP)

La production de céréales est directement impactée et avec elle, la sécurité alimentaire de nombreux pays. À long terme, il faudrait "repenser le système agricole", selon plusieurs spécialistes.

Pas une goutte de pluie depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines selon les villes. La pluie se fait très rare depuis le début d'année en métropole. La situation, doublée des premiers épisodes de chaleurs prévus cette semaine, inquiète particulièrement les céréaliers.

Un déficit de précipitation débuté le 26 décembre et qui s'aggrave mois après mois : - 41% de précipitations en janvier, - 38% en février et mars, et - 25% en avril, comparé à la moyenne climatique des 30 dernières années.

"Une sécheresse des sols équivalente à celle d'une fin juin"

"Le problème, c'est que la sécheresse hivernale et printanière a eu lieu durant les périodes de recharges des sols et des nappes phréatiques. Cette recharge n'a donc pas lieu et en conséquence au 9 mai, on a une sécheresse des sols équivalente à celle d'une mi voire d'une fin juin", pointe Serge Zaka, agro-climatologue chez ITK.

Or, le printemps, c'est la période de sensibilité, c'est-à-dire celle où le rendement est impacté. "Lorsque la situation actuelle est constatée en juin, la période de sensibilité est passée, c'est a dire que les épis sont montés, le grain est rempli, donc l'impact de la sécheresse sur le rendement des céréales est moindre. Là, cette sécheresse va impacter les rendements, reste à savoir dans quelle mesure", ajoute le spécialiste.

La sécheresse "aura un impact sur la production des céréales"

Le problème, c'est que les prévisions ne sont pas encourageantes. Si quelques orages sont prévus sur un axe Bordeaux-Strasbourg, certaines régions devraient rester au sec les prochaines semaines, comme la Normandie, la Bretagne, les Hauts-de-France et les Pays de la Loire, où la production de céréales est importante.

"Si la sécheresse continue d'ici à mi-juin, l'impact sera irréversible sur le remplissage du grain, donc les récoltes seront faibles", poursuit Serge Zaka. Une situation dont prévient le ministère de l'Agriculture. "Les cultures d’hiver, comme le blé ou l’orge, qui sont aujourd’hui en phase de développement, commencent à connaître des situations qui vont affecter les rendements", avant de préciser que la sécheresse "aura un impact sur la production des céréales".

Une situation inquiétante à l'échelle européenne

Si la situation inquiète en France, elle concerne une large partie de ll'Europe puisque la sécheresse s'étend de Bordeaux à la Pologne, et touche une large partie des bassins de productions de blé d'Europe.

Une situation qui inquiète d'autant plus en raison du conflit en Ukraine. Car l'Ukraine et devenu en 10 ans l’un des principaux exportateurs mondiaux de céréales. L'invasion russe, qui met à mal la production de céréales dans le pays, risque d'aggraver un peu plus la production mondiale de céréales, et menace la sécurité alimentaire de nombreux pays qui se fournissent auprès de Kiev en blé, maïs, colza, tournesol, orge…

Un risque de famine dans certains pays

"Les réserves de blé ou d'autres denrées alimentaires qui vont ne pas être possibles sur le sol de chaque territoire, on va aller les chercher ailleurs mais si tout le monde se met à aller le chercher ailleurs, il y a un vrai problème", s'inquiète l'hydrologue Emma Haziza sur France Info.

SI la sécheresse perdure jusqu'à la mi-juin, et affecte fortement la production des céréales, la situation, combinée à la baisse de la production en Ukraine due à la guerre pourrait aggraver la situation alimentaire dans certains pays, voire faire planer un risque de famine.

"Il va falloir repenser le système agricole"

Au-delà de l'impact sur les récoltes de cette année, la sécheresse inquiète à plus long terme. "À chaque canicule, on a un territoire qui plonge encore plus dans un état de sécheresse (...) La question de notre résilience alimentaire se pose aujourd'hui parce qu'on ne dispose pas d'une agriculture capable de nourrir sa population", s'inquiète l'hydrologue Emma Haziza.

"Lorsque les ressources en eau deviendront insuffisantes, il faudra opérer des choix pour savoir quels seront les besoins qui seront couverts et ceux qui ne le seront pas. Est-ce qu'on privilégie toujours la demande municipale, pour permettre à chacun d'avoir de l'eau au robinet en essayant d'arrêter l'arrosage et le lavage de voitures ? Est-ce qu'on cherche à préserver l'équilibre écologique des cours d'eau auquel cas, tous ses utilisateurs, les industriels, le nucléaire, tous les agriculteurs, vont se retrouver avec des restrictions sévères avec des conséquences en chaîne ?", s'interroge la spécialiste sur France Info.

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Pour l'hydrologue, la façon dont la société est organisée doit être repensée. "En France, d'après le ministère de l'Écologie, 80% de l'eau douce accessible est utilisée à des fins agricoles (...) Il va falloir repenser le système agricole et travailler aussi sur les villes, car nous sommes vulnérables aux risques de canicule. Nos bâtiments ne sont pas adaptés. Il va falloir penser des ilots de fraicheurs pour lutter contre les effets caniculaires".

Des restrictions en place

Une réforme de l'agriculture notamment avec une meilleure gestion de l'eau, de l'irrigation des plantations moins gourmandes en eau comme le sorgho, voire des modifications des plants afin de les rendre moins dépendant à l'irrigation.

En attendant ces changements de fonds, les autorités tentent d'inciter les citoyens à avoir les bons réflexes pour économiser l'eau, et vont jusqu'à mettre en place des restrictions. Ainsi, dans 15 départements, il est désormais interdit d'arroser les potagers, les pelouses et massifs entre 9 heures et 19 heures, ainsi que de laver les véhicules en dehors des stations et de remplir les piscines.

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