Pourquoi "Rooster Fighter" est le manga le plus surprenant du moment

Le manga
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Un simple coq peut-il sauver le monde d'affreuses et dangereuses créatures? C'est le postulat de départ de l'un des mangas les plus étonnants du moment, Rooster Fighter, en librairie depuis le 4 mai. Dans ce récit satirique écrit et dessiné par Shū Sakuratani, un coq baptisé Keiji se découvre des pouvoirs surpuissants et affronte des "kijû", de monstrueuses créatures humanoïdes nées des sentiments négatifs de la société.

Mais cette histoire, loin d'être complètement délirante, est une œuvre hantée par la crise sans fin de l'économie japonaise. Rooster Fighter évoque les laissées-pour-compte de la récession dans une histoire bien plus émouvante et mélancolique qu'il n'y paraît. Car pour Shū Sakuratani, son manga est aussi et surtout un plaidoyer animaliste, confie-t-il à BFMTV:

"La plupart des animaux vivent au quotidien dans un environnement bien plus menaçant que ce que l’on a tendance à croire. Je voulais faire réfléchir au fait que les animaux pouvaient perdre la vie à tout moment sans que cela ne soit étonnant, car ils vivent entourés d’une nature très dure et très hostile. Je voulais montrer qu’ils pouvaient être très isolés. Et je voulais que ces personnages esseulés soient sauvés par un héros comme Keiji. C’est sans doute par opposition avec ces personnages que Keiji peut virevolter et parader sans vergogne."

Keiji, le prénom de ce coq dur à cuire, n'est pas anodin au Japon. Il fait écho à l'un des mangas les plus populaires de l'archipel, Keiji de Tetsuo Hara (Ken Le Survivant). "C'est vrai que j’adore la série Keiji, mais je n’avais jamais pensé que ça pouvait y faire référence! Le nom de Keiji renferme les mystères de ses origines que je vais dévoiler petit à petit", assure le mangaka, qui confie s'être inspiré d'une autre figure importante du manga, l'implacable tueur à gages Golgo 13, dont il raffolait des aventures enfant.

Dessiner un poulet musclé, un défi

Shū Sakuratani est attaché depuis l'enfance à la figure du coq. "C'est les premiers animaux avec lesquels j’ai été en contact, et peut-être que j’ai plus d’affinités avec ces volatiles que la plupart des gens. Toujours est-il que, malheureusement pour les poulets qui étaient élevés chez nous, la main implacable de ma grand-mère s’abattait sur eux avant que l'on puisse leur dire au revoir et les transformait en plats principaux de nos dîners."

Mettre en scène un coq reste un défi, même pour un dessinateur chevronné comme lui: "Quand je dois donner de la puissance aux attaques d’un tout petit poulet, je lutte tous les jours." Il lutte aussi pour le rendre crédible face à ses ennemis faisant le triple de sa taille. "Comme un poulet n’a pas de bras, je ne peux rien lui faire porter. Comparé à un humain, il y a peu de façons d’indiquer les variations de puissance de ses attaques, et je me casse à chaque fois la tête pour montrer ces transformations."

Physiquement, son coq en impose malgré tout, avec ses pectoraux et ses abdos saillants. Un cas unique dans l'histoire du 9e Art. Pour rendre compte de sa puissance, Shū Sakuratani s'appuie sur le regard tranchant de son héros, inspiré par l'une des plus grandes stars japonaises, Ken Takakura. Il a consacré des dizaines d'heures à trouver le regard de son coq: "J'ai passé mon temps à dessiner, puis effacer, puis recommencer sans fin, encore maintenant j'ai l’impression de jouer ma vie quand je le dessine."

"Tantôt effrayant ou tantôt comique"

Récit de monstres, Rooster Fighter "peut paraître tantôt effrayant ou tantôt comique", précise encore Shū Sakuratani. "C'est en fonction de cela que j'imagine mes dessins. Cet aspect de mon travail est très réjouissant", note encore le mangaka dont chaque créature, au design particulièrement repoussant, se nourrit des sentiments négatifs des individus et représente l'inconscient de la société japonaise:

"Je me demandais à quoi pourrait bien ressembler 'mes sentiments négatifs' s’ils devaient prendre forme dans la réalité, et ce qui est sorti de mon imagination a donné ce type de monstres. Comme il s’agit d’émotions très négatives, cela a fini par donner des designs très laids. J’ai aussi appuyé leur aspect grotesque pour que face à ces créatures qui font fuir les humains tellement elles sont laides, Keiji et sa bande aient l’air d’autant plus cools quand ils les combattent avec résolution."

De L'Attaque des Titans à Kaiju n°8 en passant par Rooster Fighter, les "kaiju", ces monstres géants du folklore japonais, sont omniprésents dans les mangas contemporains. Une prolifération liée au climat actuel, assez négatif, estime Shū Sakuratani: "C'est quand les sentiments négatifs atteignent leur paroxysme que les monstres 'kaiju' sont créés." Face à eux, le coq Keiji est une figure bien plus solaire dont le rôle exact n'a pas encore été défini par le mangaka. "Peut-être qu’à l’avenir, en grandissant, Keiji pourrait devenir le symbole de quelque chose…"

Shū Sakuratani a déjà la fin de Rooster Fighter en tête, mais pour l’heure, il se concentre sur l'histoire: "J’ai bien une idée de ce que pourrait être la fin mais… Keiji est un personnage tellement vivant, en toute honnêteté, je ne suis pas certain de pouvoir l’amener là où je voudrais et le faire comme je le voudrais..." Il espère en attendant satisfaire ses lecteurs: "Franchement, si les lecteurs pouvaient passer un moment génial rien qu'en lisant leurs aventures, il n'y aurait pas de joie plus grande pour moi!"

Rooster Fighter, Shū Sakuratani, Mangetsu, 7,90€. Un tome disponible. Le deuxième tome sort le 4 juillet prochain.

Article original publié sur BFMTV.com

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