Pourquoi le roi Charles III est plus en phase avec le nouveau Premier ministre britannique

En recevant la Première ministre conservatrice Liz Truss le 12 octobre 2022, le roi Charles III n'avait pas pu se retenir. "De nouveau là? Mon Dieu, oh mon Dieu. Enfin bon"... avait-il déclaré au début de leur premier entretien hebdomadaire.

Huit jours plus tard, Liz Truss démissionnait après avoir provoqué une crise économique majeure, et Charles, roi depuis sept semaines, faisait connaissance avec son deuxième Premier ministre conservateur Rishi Sunak. Ce dernier a, à son tour, démissionné vendredi après la défaite cuisante de son parti aux législatives.

Troisième Premier ministre en moins de deux ans, Keir Starmer, travailliste de centre-gauche de 61 ans lui a succédé au palais de Buckingham, où le roi de 75 ans l'a chargé de former un nouveau gouvernement.

Charles ne vote pas

Charles III, monarque constitutionnel, n'est pas censé peser sur la politique du gouvernement ou exprimer la moindre opinion en public. Il ne vote pas.

Quand Liz Truss avait objecté lors de son court mandat à ce qu'il se rende à la conférence sur le climat COP27 en Egypte en novembre 2022, Charles III, défenseur de longue date de l'environnement, s'était exécuté.

Il voit probablement arriver avec soulagement, selon les experts, un Premier ministre avec lequel il a plus d'affinités, ne serait-ce que sur les questions sociales, et qui pourrait rétablir une stabilité politique qui sied à la monarchie.

"Charles III a exprimé de nombreuses opinions quand il était prince héritier et nous pouvons nous attendre à une plus grande synergie entre le roi et son nouveau Premier ministre", déclare à l'AFP le professeur Ed Owens, spécialiste de la monarchie. Il évoque "le souci de longue date (du roi) sur les questions sociales, la pauvreté, la crise alimentaire, l'éducation des jeunes ou les sans-logis", des questions dont la gauche est plus soucieuse selon Ed Owen.

Investissements verts

Même s'ils ont réduit leurs ambitions en matière d'investissements verts, sujet cher au cœur du roi, les travaillistes visent aussi une "énergie 100% propre" d'ici 2030.

La monarchie a gardé un mauvais souvenir de la suspension du parlement en août 2019 en pleine crise du Brexit, ordonné par la reine Elizabeth II sur les conseils du Premier ministre Boris Johnson qui voulait passer en force. Cette décision sera ensuite jugée illégale, un embarras pour la monarque.

En juin 2022, Charles III, encore prince héritier avait fait connaître en privé, qu'il trouvait "épouvantable" le plan de Boris Johnson d'expulser vers le Rwanda des migrants arrivés illégalement. Cette fuite dans les journaux ne sera jamais démentie.

Boris Johnson, furieux, lui avait vertement rappelé son devoir de réserve par rapport "aux actions d'un gouvernement démocratiquement élu", a raconté son directeur de la communication de l'époque, Guto Harri dans le Daily Mail. "La relation (entre Boris Johnson et Charles) ne s'en est jamais complètement remise".

Keir Starmer a déjà fait savoir qu'il abandonnerait l'accord avec le Rwanda.

La monarchie britannique voit aussi avec grand intérêt un Premier ministre prônant la stabilité, après une valse de cinq Premier ministres conservateurs en 14 ans, dont trois en 2022.

Stabilité

Le parti travailliste "sera plus respectueux du processus politique et de la constitution" estime aussi Ed Owen, qui rappelle que Keir Starmer a été fait chevalier commandeur de l'ordre du Bain en 2014 par le prince Charles pour service rendus en tant que procureur général.

La monarchie "a toujours été motivée avant tout par sa préservation. Elle s'intéresse plus à sa survie qu'à tout autre chose, et a tendance à préférer les gouvernements (...) qui mettent l'accent sur la stabilité et l'unité nationale plutôt que sur un changement radical", explique-t-il.

Selon lui, la reine Elizabeth n'aimait ainsi pas beaucoup Margaret Thatcher, parce qu'elle pensait que son agenda était trop radical et que trop de personnes allaient y perdre, ce qui pouvait créer de l'instabilité.

"Quand le pays est uni et stable, la monarchie est dans une situation mieux sécurisée", explique-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com