Pourquoi le retour de Kendrick Lamar est-il aussi attendu?

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Kendrick Lamar dans le clip de son morceau
Kendrick Lamar dans le clip de son morceau

Récompensé par 13 Grammy Awards, 8 BMI Awards, 6 Billboard Awards, 17 ASCAP Awards et 1 prix Pulitzer pour sa musique, Kendrick Lamar a réussi, depuis ses débuts en 2003, à se faire une place de choix sur la scène rap américaine aux côtés des plus grands.

Alors que l’artiste originaire de Compton vient de dévoiler son nouvel album Mr Morale & the Big Steppers, ce vendredi 13 mai, l’engouement des fans de l’artiste est plus que jamais à son apogée. En témoignent, les 19 millions de vues que cumule le clip de The Heart Part 5, premier extrait du projet dévoilé de manière inattendue le 9 mai dernier.

Comment expliquer cette ferveur et qu’est ce qui rend Kendrick Lamar si populaire? Nicolas Rogès, auteur de la biographie Kendrick Lamar: De Compton à la Maison-Blanche analyse pour BFMTV.com les raisons de ce succès.

Un artiste à contre-courant

En 1995, lors d’une balade avec son père, Kendrick Lamar tombe par hasard sur le tournage du clip de California Love, morceau interprété par ses idoles Tupac Shakur et Dr. Dre. À l’époque, il n’a alors que huit ans mais il le sait déjà: il deviendra rappeur.

Presque 30 ans se sont écoulés depuis cette prémonition, mais Kendrick Lamar n’a pourtant jamais perdu de vue son rêve d’enfant. En l’espace de quatre albums, il s'illustre aujourd’hui comme l’un des rappeurs américains les plus influents de sa génération. Une ascension impressionnante qui s’explique notamment, selon Nicolas Rogès, par le positionnement assumé de l’artiste en marge de l’industrie musicale.

"Ce qui est fort avec Kendrick Lamar, c'est que dès ses débuts, il a tenu à marquer sa différence. On le voit avec son premier album, Section 80, qui est une sorte de “projet laboratoire” où il teste différents formats et explore de nombreuses sonorités pour savoir ce dans quoi il est le plus à l’aise", indique-t-il.

Comme l’explique l’auteur et journaliste spécialisé, cette propension à s’inscrire à contre-courant de ce qui se fait sur la scène musicale américaine est devenue un fil rouge dans la carrière du rappeur. Kendrick Lamar fait de la musique comme il l’entend et quand il en a envie, pour le plus grand plaisir de ses fans.

"Lorsqu'il dévoile en 2012 son album Good Kid M.A.A.D City, il prend une nouvelle fois le contre-pied de ce qui se faisait à l'époque. Il apporte notamment la notion novatrice d'album concept - une histoire qui se déroule au fil des chansons - à un moment où le rap américain était plutôt dans une logique de faire des hits", précise Nicolas Rogès.

Depuis cet opus, certifié triple disque de platine aux États-Unis, Kendrick Lamar a su à chaque nouvelle sortie surprendre son public avec des concepts inédits et des thématiques singulières. Une originalité qui a nourri d’autant plus les attentes de ses fans pour Mr Morale & the Big Steppers.

"Je pense qu'il va nous surprendre et offrir ce qu'il sait faire de mieux: des choses auxquelles on ne s'attend pas", assure Nicolas Rogès.

Une plume touchante et fédératrice

Autre raison du succès de l’artiste: sa plume. Si à ses débuts, Kendrick Lamar grossit les traits de son vécu à Compton dans ses textes, en s’imaginant une vie assez artificielle, le rappeur parvient à terme à s’affranchir de ces clichés pour narrer un récit beaucoup plus personnel.

"Avec du recul, il rigole d’ailleurs aujourd’hui lui-même de ses premiers morceaux dans lesquels il racontait notamment qu’il avait tué des gens, qu’il se tapait beaucoup de femmes… À ce moment-là, il s’est vite rendu compte que ces récits ne le représentaient pas vraiment", note Nicolas Rogès.

Pour marquer un tournant dans sa carrière, Kendrick Lamar change de pseudonyme. Celui qui, à ses débuts se faisait appelé KDot opte alors pour son véritable nom, prêt à dévoiler sa propre histoire.

Avec ce nouveau nom de scène, Kendrick Lamar dépeint la violence de son quartier, l'injustice, la spiritualité et autres thématiques sociétales qui lui sont chères, par le prisme de l'introspection et de ses propres tourments.

Il s’empare également de sujets d’actualité majeurs aux États-Unis comme le mouvement Black Lives Matter, au cœur de son album To Pimp a Butterfly, sorti en 2015, dont le morceau Alright est devenu l’un des hymnes officieux de la mobilisation.

"Ce qui fait entre autres la renommée de Kendrick Lamar c’est qu’il n’hésite pas à se montrer vulnérable et à avouer ses faiblesses. Il montre qu’on peut peut être un “Good Kid” tout en conservant sa “street-cred”. En faisant ça, il crée une véritable proximité avec ses auditeurs qui se retrouvent dans ses textes", précise le journaliste et auteur.

Cette plume puissante et fédératrice sera d’ailleurs récompensée par le Generational Icon Award remis par le Sénat de l'État de Californie en 2015 puis par un prix Pulitzer en 2018, une première pour un rappeur dans l’histoire de la musique.

Une communication cryptique

Discret dans ses prises de paroles publiques et totalement absent des réseaux sociaux, Kendrick Lamar a créé la surprise le 18 avril dernier en dévoilant sur un drôle de site web baptisé Oklama.com, la date de sortie de son nouvel album.

Sobrement annoncé à l’aide d’un courrier, non sans rappeler la lettre écrite par le basketteur Michael Jordan en 1995 pour informer de son retour en NBA, Mr Morale & the Big Steppers a, depuis, suscité un grand nombre de théories plus ou moins farfelues concernant son contenu.

"Les sonorités du projet, les explications du titre, les featurings hypothétiques. Tout est scruté de près par les fans alors que rien n’a encore été dévoilé officiellement. Pas de doute, on est bien en phase de promotion d’un album de Kendrick Lamar", plaisante Nicolas Rogès.

Comme seul avant-goût de l’album, Kendrick Lamar a dévoilé le 9 mai le clip de The Heart Part 5. Ce morceau vient compléter la série "The Heart", toujours publiée en amont d'un album et dans laquelle le rappeur compile avec subtilité ce que les auditeurs vont retrouver ensuite dans le projet.

S’il est difficile, même pour les fans de l’artiste de lire entre les lignes de ces différents indices, une chose est sûre selon Nicolas Roger, Kendrick Lamar va “repousser ses limites et aller là, on ne l'attend pas.”

"C’est comme ça qu’il a toujours envisagé sa carrière, à la manière de ses influences telles que Marvin Gaye, Curtis Mayfield, David Bowie ou Prince. Ce sont des gens qui n’ont jamais fait deux fois le même album", affirme-t-il.

Et de conclure: "Donc ce dont on peut être certain, c'est que ce projet sera différent de ce qu'il a fait avant. Pour le reste, il faut écouter l'album ce vendredi."

Article original publié sur BFMTV.com

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