Pourquoi la Pennsylvanie est devenue l'épicentre de l'élection présidentielle américaine

François de La Taille
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Donald Trump à Montoursville en Pennsylvanie le 31 octobre 2020 - MANDEL NGAN © 2019 AFP
Donald Trump à Montoursville en Pennsylvanie le 31 octobre 2020 - MANDEL NGAN © 2019 AFP

S’il ne devait en rester qu’un, ce serait celui-ci. A la veille de l’élection présidentielle américaine, le sortant républicain Donald Trump et son challenger démocrate Joe Biden concentrent leurs dernières efforts - et leurs derniers dollars - dans l’État de Pennsylvanie. Avec un objectif commun: faire main basse sur ses 20 grands électeurs.

Sur la seule journée du 31 octobre, Donald Trump a ainsi tenu quatre meetings de campagne dans cet État du nord-est des États-Unis, qu’il visitera une dernière fois ce lundi. Car pour le président sortant, l'accession à la Maison Blanche se joue là.

“Si l’on remporte la Pennsylvanie, c’est terminé. Terminé. Alors faisons-le”, a-t-il ainsi lancé à ses milliers de supporters réunis dans un hangar de Reading.

De son côté, Joe Biden ne cache pas non plus son appétit pour la Pennsylvanie, son État natal, auquel il consacre ses deux derniers jours de campagne. L’objectif est clair: faire basculer l’État dans l’escarcelle démocrate, quatre ans après la victoire de Trump sur ces terres ouvrières.

“En 2016, Donald Trump a remporté la Pennsylvanie pour seulement 44.000 voix”, a lancé l’ancien vice-président ce dimanche lors d’un meeting à Philadelphie. “Chaque vote compte!”

L'optimisme démocrate

Mais si les deux candidats convoitent le même magot, leurs motivations sont opposées. Pour Joe Biden, remporter la Pennsylvanie, c'est mettre un pied à la Maison Blanche. Pour Donald Trump, y perdre, c'est presque dire adieu à ses ambitions de réélection.

"Je pense que si Trump ne remporte pas la Pennsylvanie, cela lui laisse très très peu d'options pour gagner l'élection", explique ainsi Becca Siegel, directrice analytique du camp Biden à nos confrères de Politico.

Un optimisme démocrate qui s'appuie sur les derniers sondages, assez peu favorables au président sortant. Au niveau national, Joe Biden a fait toute la campagne en tête et conserve, à 24 heures du scrutin, une avance de plus de 6 points sur Donald Trump, selon le site RealClearPolitics (50,9% contre 44,4%).

Mais l'élection américaine ne se joue pas au suffrage universel direct. Il ne s'agit donc pas d'emporter le vote populaire, mais d'engranger le plus grand nombre de grands électeurs pour accéder à la Maison Blanche. Et à ce jeu-là, la bataille autour des 20 grands électeurs de l'État s'annonce centrale, comme l'explique Brendan Boyle, élu démocrate de Pennsylvanie à la Chambre des représentants, au Financial Times.

"La Pennsylvanie est capitale pour les deux candidats. On peut dresser des projections qui donnent Biden vainqueur sans remporter la Floride, mais pas sans la Pennsylvanie. De l'autre côté, on peut imaginer Trump remporter l'élection sans les 10 voix du Wisconsin, mais pas sans remporter la Pennsylvanie."

De fait, en se plongeant dans l'arithmétique de la carte électorale, la route de Joe Biden vers la barre des 270 grands électeurs, qui sacre le vainqueur, semble en effet plus simple que celle de son adversaire républicain.

Victoire conseillée pour Biden

Dans 13 États, comptant pour 176 grands électeurs, l'avance du candidat démocrate dépasse les 20 points, un écart jugé irrattrapable. Dans 6 autres, comptant pour 40 grands électeurs, l'ancien vice-président de Barack Obama conserve une marge confortable, d'une dizaine de points. Sauf grosse erreur des instituts de sondage, Joe Biden peut donc compter sur un capital de 216 grands électeurs avant même le jour du scrutin.

Il suffit donc à Joe Biden d'en empocher 54 pour être élu. L'ancien vice-président est en bonne position dans trois bastions historiques des démocrates: le Wisconsin (6,6 points d'avance pour 10 grands électeurs), le Michigan (5,1 points d'avance pour 16 grands électeurs) et le Minnesota (4,3 points d'avance pour 10 grands électeurs). En 2016, Donald Trump avait fait mentir les sondages en remportant de justesse le Wisconsin et le Michigan. Mais l'avance de Joe Biden en 2020 est supérieure à celle d'Hillary Clinton en 2016 et le président sortant aura du mal à rééditer une telle performance.

Si Joe Biden venait à confirmer son avance dans ces trois États et à s'imposer, il cumulerait 252 grands électeurs. Il ne lui suffirait alors plus qu'une victoire en Pennsylvanie pour s'assurer la présidence des Etats-Unis. Le candidat démocrate pourrait donc se permettre de perdre en Floride, en Géorgie, en Arizona et dans le Nevada, alors même qu'il y mène dans les sondages. Autant d'options de secours en cas de revers dans le Michigan, le Wisconsin ou le Minnesota.

Défaite interdite pour Trump

De son côté, Donald Trump peut compter sur une victoire certaine dans 16 États, octroyant 92 grands électeurs, et possède une nette avance dans 4 autres, pour un butin supplémentaire de 33 voix. Son capital "acquis" s'élève donc à 125 grands électeurs.

La voie vers la réélection du président en exercice semble ainsi plus longue et tortueuse. Pour l'emporter, Donald Trump doit empocher 145 des 197 grands électeurs restants. Sans une victoire en Pennsylvanie, c'est un quasi sans-faute qu'il faudrait au candidat républicain, alors même qu'il est mené dans 7 des 11 autres États incertains.

Mais l'actuel locataire de la Maison Blanche ne l'entend pas ainsi, et croit pouvoir recréer l'exploit de 2016 qui l'avait vu renverser la tendance pour s'imposer de justesse dans cet État.

"Biden n'a jamais cessé de planter des couteaux dans les dos des travailleurs de Pennsylvanie," a déclaré Donald Trump ce samedi lors d'un meeting à Montoursville. "Les sondeurs n'arrêtent pas de dire que c'est serré dans cet État, mais je pense qu'ils se trompent", a-t-il voulu croire.

Article original publié sur BFMTV.com