Pourquoi les partis politiques changent de nom ?

La République En Marche, bientôt rebaptisée Renaissance (Photo by JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP) (AFP)

Dernier en date d'une longue série, "La République En Marche" qui s'appelle désormais "Renaissance".

Ne dites plus "LREM" ou "La République en Marche", dites désormais "Renaissance". Le parti fondé par Emmanuel Macron change (encore) de nom. Après avoir initialement été nommé "En Marche !" à sa création en 2016, le parti devient La République en Marche, souvent abrégé LREM ou LaREM, avant les législatives de 2017. Nouvelles législatives en 2022 et nouveau changement de nom, cette fois, LREM devient donc Renaissance.

Objectif de ce changement de nom, initier "un mouvement de refondation de La République en marche, pour pouvoir continuer à élargir ce mouvement politique qu’a créé le président de la République Emmanuel Macron il y a un peu plus de six ans", a précisé Stanislas Guérini, délégué général, lors de la conférence de presse consacrée aux investitures de la majorité, jeudi 5 mai.

"Renaissance donne l'impression qu'une étape a été franchie"

Un changement de nom qui traduit surtout l'évolution du parti, selon la sémiologue Élodie Mielczareck : "En Marche avait une référence conquérante, quasi guerrière, ce qui était l'enjeu du parti à l'époque. Il y avait l'idée d'une mise en mouvement d'un parti. Avec 'Renaissance', cela donne l'impression qu'une étape a été franchie, qu'on a traversé la mort et qu'on renait", nous décrypte la spécialiste.

Mais au-delà de l'évolution d'un parti qui a accédé au pouvoir, une volonté de rupture peut aussi se cacher derrière ce changement de nom : "Le linguiste Alain Rey rappelait que le mot 'Renaissance' était synonyme de régénération spirituelle. Ce nouveau nom peut aussi vouloir montrer une fracture avec l'ancien quinquennat, qualifié de très vertical, jupitérien. Cela peut aussi renvoyer à un président qui a changé, comme Nicolas Sarkozy le clamait a son époque", ajoute Élodie Mielczareck.

Un symbole d'espoir qui peut être contreproductif

"Derrière le terme de 'Renaissance', il y a l'idée qu'on a traversé la mort, qu'on va vers une amélioration à l'avenir. C'est un symbole d'espoir à l'avenir alors que la guerre en Ukraine est en cours, la pandémie pas terminée et l'inflation importante", estime la spécialiste, qui pense que cela pourrait s'avérer contreproductif.

"Si l'espoir suscité n'est pas au rendez-vous, le ressentiment des Français sera d'autant plus important, c'est très risqué comme stratégie", estime Élodie Mielczareck. Jeudi 5 mai, Bruno Le Maire jugeait même que le pays se trouvait "face à des difficultés économiques considérables", estimant que "le plus dur est devant nous". Il avançait pour cela plusieurs raisons : "Il y a la guerre en Ukraine, la flambée du prix des matières premières, une inflation nouvelle qui est le premier sujet de préoccupation économique".

Le changement de nom, une habitude politique

En 2015, c'est l'UMP qui changeait de nom, pour s'appeler Les Républicains. "'Républicains', ce n'est pas seulement le nouveau nom d'un parti. C'est le cri de ralliement de toutes celles et de tous ceux qui souffrent de voir la République reculer tous les jours et qui veulent opposer à ce recul un refus déterminé "'Républicains', c'est ainsi que se nomment celles et ceux qui se battent pour l'émancipation de la personne humaine et pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", expliquait notamment Nicolas Sarkozy. Un changement de nom surtout pour faire oublier les affaires, Bygmalion notamment, qui collait à l'image de l'UMP, ainsi que les dissensions internes qui ont failli faire imploser le parti en 2012.

À l'extrême droite, le changement voulu par Marine Le Pen en 2018 "ferme un chapitre de l'histoire de notre mouvement national ouvert il y a un peu plus de 45 ans, mais c'est pour mieux en ouvrir un autre qui, je le crois, ne sera pas moins glorieux", promettait la cheffe du parti. Troquer le FN contre le RN est une façon de "marquer un changement d’époque". "Chez les Le Pen : le FN, c’est le parti de Jean-Marie. Le RN, c’est Marine, comme elle avait déjà créé le “Rassemblement Bleu Marine", expliquait au Monde Erwan Lecœur, sociologue et spécialiste de l’extrême droite, en 2018.

"Changer le nom d'un parti, c'est avoir une trop forte confiance dans le langage"

Une stratégie de changement de nom des partis politiques qui ne convainc pas la sémiologue Mariette Darrigrand : "Changer le nom d'un parti, c'est avoir une trop forte confiance dans le pouvoir du langage. On met des mots en pensant qu'ils auront des effets, sauf que les mots n'ont pas le pouvoir de produire des actes. C'est une logique tirée de l'entreprise, sauf que la politique n'est pas une entreprise, elle ne se résume pas un changement de nom", tacle l'auteure de "Viriles comme Vénus" aux éditions des Équateurs.

La stratégie du changement de nom a deux grilles de lecture d'un point de vue philosophique. "Il y a ceux pour qui les mots ne sont que des étiquettes, donc changer le nom d'un parti n'a pas beaucoup d'incidences sur le réel, on peut penser à Total, qui s'appelle désormais Total Energies. Et il y a la logique constructiviste pour qui un changement de nom a un impact sur la chose, ou au moins sur sa représentation. Dans ce cas, changer le nom d'un parti permet de changer l'image qu'en ont les Français. Un changement de nom est aussi un changement d'identité. Cela permet de changer d'imaginaire et de montrer que le parti veut porter un récit différent", conclut Élodie Mielczareck. À peine née, la "Renaissance" de la République en Marche sera scrutée de près.

VIDÉO - LREM change de nom et devient "Renaissance"

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