Pourquoi il est parfois nécessaire de rompre avec sa famille

Le Prince Harry et sa famille lors des funérailles de la reine Elizabeth II
SARAH MEYSSONNIER / AFP Le Prince Harry et sa famille lors des funérailles de la reine Elizabeth II

SANTÉ - « J’aimerais récupérer mon père. J’aimerais retrouver mon frère. » Avant la sortie de « Le Suppléant », son livre qui paraît mardi 10 janvier, le Prince Harry a affirmé qu’il souhaiterait un jour se réconcilier avec sa famille. Une éventualité qui semble s’éloigner un peu plus à chaque nouvelle révélation de l’Anglais. Dans ses mémoires, le fils de Diana enchaîne les accusations contre les Windsor, reprochant à son frère de l’avoir poussé lors d’une dispute, et à sa famille en général de ne pas avoir su les protéger, lui et sa femme Meghan Markle, d’avoir alimenté les attaques de la presse et d’avoir tenu des propos racistes envers leur fils Archie. Après avoir abandonné leurs obligations royales, le couple a, de fait, rompu presque tout contact avec la famille royale.

Si on ne peut pas préjuger des dynamiques familiales des Windsor, la fuite du couple star pose la question de la rupture avec ses parents ou ses proches. C’est bien connu, on ne choisit pas sa famille. Mais on peut choisir de couper les ponts avec elle. « C’est une décision compliquée, mais qui peut s’avérer nécessaire », commente Özlem Baycuman, psychologue clinicienne. Notamment, quand nos relations familiales ont un effet délétère sur notre santé mentale.

« Tu vas regretter une fois qu’ils seront morts »

C’est le cas de Guillaume qui, après des années d’angoisses, a fini par rompre avec sa famille à l’âge de 28 ans. « Mes parents, et l’ensemble de ma famille en général, sont de la vieille école. Ils sont aussi très fermés d’esprit, donc il y a sans arrêt des réflexions homophobes, racistes et même sexistes », confie le chargé de marketing qui a aujourd’hui 33 ans. Au-delà de ces propos, le dialogue au sein de la cellule familiale était faible et la complicité inexistante. « On n’avait rien à se dire. C’était toujours très gênant de passer un repas ensemble parce qu’il y avait des silences, et quand il n’y en avait pas, c’était pour dire des horreurs sur tous ceux qu’ils considéraient comme différents, explique-t-il. En plus des réflexions sur mes choix de vie et mon physique. »

Adolescent, Guillaume développe un trouble anxieux généralisé. L’idée des vacances en famille le rend malade, jusqu’à en vomir. Plus tard, il comprend que sa famille est au cœur du déclin de sa santé mentale et décide de couper les liens. « Dès lors que nos relations, qu’elles soient familiales, amicales ou professionnelles, ont de grandes répercussions sur notre santé, c’est le signe qu’il faut s’en éloigner », commente Özlem Baycuman.

Avant tout arrêt de communication, la psychologue conseille de tenter une thérapie familiale, si le dialogue est suffisamment ouvert pour pouvoir le proposer à ses proches. « Cependant, certaines personnes n’ont pas le choix que de couper les ponts pour se protéger. Pour cela, elles doivent en prendre la responsabilité et être bien accompagnées, avance-t-elle. Si cela peut faire peur au début, c’est un mal pour un bien. »

La décision de mettre fin à ses relations avec sa famille n’a pas été facile pour Guillaume, qui s’est d’abord senti coupable. « Je me sentais mal de partir, surtout que certaines personnes de mon entourage me disaient : “Oh, c’est ta famille quand même ! Tu vas regretter une fois qu’ils seront morts !” Alors j’ai essayé de revenir vers eux plusieurs fois mais à chaque fois, je redécouvrais les raisons pour lesquelles j’étais parti », raconte le jeune homme.

L’impression d’être redevable

Özlem Baycuman parle ainsi d’une « culpabilité [qui] prend place dans un phénomène appelé “conflit de loyauté”. Parce que ce sont nos parents et que l’on est en vie grâce à eux, on a l'impression de leur être redevable. »

Pour Manon, aussi, couper les ponts a été compliqué. Pourtant, la jeune femme de 27 ans avait toutes les raisons de le faire. Elle décrit ainsi sa famille comme « dysfonctionnelle et violente ». « À chaque phrase que ma mère jugeait déplacée ou même lorsqu’on n’avait rien fait mais qu’elle était de mauvaise humeur, on prenait des coups de ceinture. Elle disait que c’était pour nous forger, mon frère et moi, mais ça nous a détruits », confie-t-elle au HuffPost.

Au-delà des violences physiques, les violences psychologiques étaient récurrentes. Chantage, humiliations, menaces… « La liste est longue, avance cette responsable d’un magasin de vêtements. Elle exerçait constamment une sorte de manipulation en nous faisant croire que c’était pour notre bien, pour bien nous éduquer. Mais le résultat, c’est qu’on est partis sans jamais revenir », estime-t-elle.

« On a le droit de mettre fin aux relations qui nous font du mal »

Si la décision de partir peut paraître relativement facile au vu de ce que Manon et son frère ont vécu, elle était, en réalité, loin de l’être. Elle a, elle aussi, ressenti de la culpabilité et s’est demandé si elle avait fait le bon choix. « Le problème, c’est que l’amour est irrationnel. Il n’y a aucune raison pour que j’aime ma mère, mais quand je suis partie, j’avais encore des sentiments pour elle. Elle m’a manqué pendant longtemps », avoue-t-elle.

Mais Özlem Baycuman tient à le rappeler : « On a le droit de mettre fin à des relations qui nous font du mal. » Si cette décision entraîne plusieurs phases difficiles comme le deuil, la culpabilité, la colère, la solitude, elle peut aussi mener à l’acceptation, à la guérison et à l’ouverture à d’autres relations. « Toute personne a le droit au bonheur et au bien-être », conclut-elle.

Manon s’est aujourd’hui défaite de toute culpabilité. « Ne plus avoir ma mère dans ma vie est libérateur, confie-t-elle. Maintenant, je m’entoure de personnes respectueuses et aimantes, qui veulent mon bien. Et puis, je sais exactement le genre de mère je ne veux pas être pour ma fille. Ça m’aura au moins appris ça ! »

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