Pourquoi la panne de Facebook est tombée au plus mauvais moment

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Une double crise pour le géant des réseaux sociaux : Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger émergent d'une panne sans précédent, alors qu'une lanceuse d'alerte s'attaque à sa réputation.

Après ses révélations dans les médias dimanche, c'est devant une commission parlementaire au Capitol que Frances Haugen, une ancienne ingénieure, doit témoigner. Elle accuse le groupe de Mark Zuckerberg d'utiliser des algorithmes pour privilégier les profits au détriment de la sécurité et du bien-être de ses utilisateurs, notamment des adolescents.

Et comme si cela ne suffisait pas, des milliards d'utilisateurs ont été privés de Facebook, WhatsApp, Messenger et Instagram pendant plusieurs heures, obligeant Mike Schroepfer, le directeur technologique à présenter ses sincères excuses.

"J'adore Instagram. C'est l'application que j'utilise le plus, surtout pour mon travail. Donc professionnellement, c'est définitivement un pas en arrière et puis personnellement, je suis toujours sur l'appli. Alors ça craint. C'est le pire" a déclaré Millie Donnelly, gestionnaire de communauté pour une organisation à but non lucratif.

" Une de mes meilleures amies m'a engueulé aujourd'hui parce que je ne regardais pas mes messages et je n'ai reçu aucun message parce que les plateformes ne fonctionnaient pas" a témoigné Eliana Agnello, tatoueuse.

Une panne mondiale qui aurait été causée par un "changement de configuration défectueux" des serveurs.

Résultat de cette double crise, le fondateur du groupe Mark Zuckerberg a perdu près de 6 milliards de dollars à Wall Street.

Les quatre plateformes du groupe sont utilisées tous les mois par près de 3 milliards et demi de personnes.

Le malheur de Facebook a fait le bonheur de ses concurrents. La messagerie Telegram est passée de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées aux Etats-Unis, en un jour, selon le cabinet spécialisé SensorTower.

"Les inscriptions sont en forte hausse sur Signal (bienvenue tout le monde)", a aussi tweeté cette autre messagerie réputée pour son cryptage des données.

Retour sur les révélations de Frances Haugen

Ce "breakdown" intervient alors que le groupe Facebook traverse l'une des pires crises de réputation après les révélations de la lanceuse d'alerte, Frances Haugen.

L'ex-ingénieure chef de produit chez Facebook, (elle a quitté l'entreprise en mai dernier) a fait fuiter de nombreux documents montrant au grand jour le fonctionnement interne de l'entreprise.

Dans un article publié mi-septembre, le Wall Street Journal, a ainsi révélé, sur la base de ces informations, que l'entreprise effectuait des recherches sur son réseau social Instagram depuis trois ans pour en déterminer les effets sur les adolescents.

Ces études évoquent notamment les liens entre le mythe du corps féminin idéal véhiculé par de nombreux contenus sur les réseaux et les risques pour la santé mentale des adolescentes complexées.

Frances Haugen est aussi revenue sur le scrutin présidentiel américain de novembre 2020, quand Facebook avait modifié ses algorithmes pour réduire la diffusion de fausses informations.

Depuis dimanche, les responsables de l'entreprise de Menlo Park (Californie) se sont succédés dans les médias pour tenter de contenir l'incendie.

"Si nous étions une société qui ne se préoccupe pas de sûreté, qui donne la priorité aux bénéfices, nous ne ferions pas ce genre de recherches", a fait valoir lundi Monika Bickert, vice-présidente de Facebook, au sujet des études internes qui montrent notamment que la santé mentale de certaines jeunes filles est affectée par Instagram.

Quant à l'impact du réseau social sur le climat politique, que Facebook n'a pas fait suffisamment pour contrôler selon Frances Haugen, un autre vice-président, Nick Clegg, avait jugé dimanche "trop facile de chercher une explication technologique à la polarisation politique aux Etats-Unis".

Frances Haugen doit être interrogée par la commission au Commerce du Sénat américain, lors d'une audition consacrée à l'impact de Facebook et Instagram sur les jeunes utilisateurs, une semaine après une longue séance de questions adressées à Antigone Davis, vice-présidente de la firme.

De nombreux parlementaires américains voient dans cette crise l'occasion de brider un géant devenu trop encombrant malgré les nombreux rappels à l'ordre dont Facebook a fait l'objet ces deux dernières années.

De là à ébranler le géant du numérique ?

"Même si quelques marques veulent envoyer un message" et cesser de faire de la publicité sur le réseau social, "cela n'aura aucun impact dans les résultats financiers de Facebook. Facebook est trop gros pour tomber", prédit sur Twitter, Jenna Golden, spécialiste du conseil aux entreprises.

Le Congrès américain pourrait-il couper les ailes de Facebook ?

Pour Mark Hass, professeur de communication à l'université Arizona State, le champ d'action des législateurs reste très limité, car "il va se heurter" au premier amendement à la Constitution américaine, qui protège la liberté d'expression. "Facebook ne peut pas être tenu pour responsable (légalement) de ses contenus", postés par ses utilisateurs, selon lui.

Même incertitude sur le terrain judiciaire, que Frances Haugen a tâté en contactant le régulateur américain des marchés financiers (SEC) et les procureurs de plusieurs Etats, dont la Californie. Selon son avocat, John Tye, la saisine de la SEC permettrait en tous cas à l'ingénieure de se placer sous la protection du régime légal des lanceurs d'alerte.

Au-delà de son seul cas, l'exemple de cette trentenaire témoigne d'une nouvelle prise de conscience de salariés de la tech en quête de sens et d'éthique, même si le mouvement est encore embryonnaire.

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