Pourquoi "Oranges Sanguines" est la comédie française la plus méchante de l’année

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Le film
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La comédie française la plus méchante de l'année sort au cinéma ce mercredi 17 novembre. Réalisée par Jean-Christophe Meurisse, grand manitou de la troupe des Chiens de Navarre, surnommée "les Charlie Hebdo du théâtre", Oranges sanguines est le film le plus inattendu, mais aussi le plus controversé de la semaine.

Charge d'une rare virulence contre une classe politique corrompue et portrait amer d'une société à bout de souffle, Oranges sanguines raconte le destin parallèle d'un couple de retraités surendettés qui mise sa vie sur un concours de rock, d'un ministre soupçonné de fraude fiscale et d'une adolescente kidnappée par un détraqué sexuel.

Présenté comme une "comédie méchante" depuis son passage à Cannes cet été, Oranges sanguines serait au contraire très réaliste, à en croire son réalisateur: "J’ai construit le scénario à partir de faits divers survenus dans le monde en 2015. Comme le cinéma transforme le réel, cela prend évidemment une dimension drolatique, cruelle, méchante. Mais ce n’est pas moi qui suis cruel, c’est le monde qui l'est."

https://www.youtube.com/embed/M5G9IqQJsjI?rel=0"La réalité est pire que ça", poursuit le réalisateur, qui se présente comme un héritier du dessinateur Reiser. "Regardez la scène où on voit le conseil des ministres chercher 22 milliards d'euros. On a travaillé longuement sur cette scène-là, on a improvisé, mais on a aussi été conseillés par de vrais politiques. Toutes les idées que vous entendez dans le film ont vraiment existé dans les brainstormings ministériels."

"Ce film est une expérience de vie"

Au milieu du film, lors d'une scène qui a pu choquer une partie du public qui l'a découvert en avant-première, l'horreur prend le dessus sur l'humour potache. "C’est une grande farce qui prend des allures politiques, violentes, mélancoliques", précise Jean-Christophe Meurisse. "C’est un film caméléon qui commence comme une comédie pour prendre des allures de thriller politique, de film d’épouvante et de film romantique. C’est un film multi-genres comme il est difficile d'en faire dans le cinéma français. Les Coréens sont plus décomplexés que nous avec ça."

"Il faut prendre ce film comme une expérience de vie, c'est des montagnes russes", ajoute le réalisateur, qui étire les scènes au maximum, pour déjouer les attentes du public et instaurer un vrai malaise. "J’ai imaginé mon film comme un film des frères Coen ou de Tarantino - des films où il va y avoir de la violence et où des grands méchants vont rencontrer d'autres méchants encore plus grands. Quand des grands méchants se rencontrent, tout est permis dans les sévices et la torture."

"Explorer la monstruosité de l’humanité"

Avec son ministre de l'Economie aux allures d'Emmanuel Macron, Oranges Sanguines a pu donner l'impression à certains critiques d'être un réquisitoire anti-Macronie. "C'est une récupération à laquelle je ne tiens pas, ce n’est pas un film militant de gros gauchiste", se défend Jean-Christophe Meurisse. "C’est un film qui montre des monstres comme dans les comédies italiennes des années 1960 de Dino Risi. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer la monstruosité de l’humanité. Je n’oserais pas dire - et je ne le crois pas - qu’ils sont comme ça en politique."

Si la classe politique est monstrueuse, c'est en toute logique dans un théâtre parisien qu'a été tournée la dernière scène du film, censée se dérouler dans un tribunal. "Le ministère de la Justice a refusé que l’on filme dans un palais de justice, parce qu’ils ne souhaitaient pas être partenaires de ce film", précise le réalisateur, "mais le théâtre en tant que lieu de justice ou lieu d’éveil à la justice est une belle image: le théâtre, c’est l’agora, l'endroit où tous les problèmes sociaux sont évoqués et se règlent."

Oranges sanguines se termine malgré tout en happy end en accordant le dernier mot à son seul personnage positif, l'adolescente kidnappée par un détraqué sexuel dont elle triomphe dans une scène digne du Silence des agneaux. "Je crois en cette jeunesse qui pourra résoudre des choses de manière peut-être plus violente que nous, mais au moins plus déterminée", note le réalisateur. Il va poursuivre ce message dans ses prochains travaux, et notamment dans son troisième film, qu'il tournera en 2022.

Article original publié sur BFMTV.com

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