Pourquoi le nombre de féminicides augmente-t-il en été ?

C’est le constat tiré par plusieurs associations féministes. Elles ont plusieurs pistes pour expliquer cette hausse.

FÉMINICIDES - En 2022, elles sont déjà 74 à avoir succombé aux coups de leur compagnon actuel ou passé. 20 d’entre elles ont été tuées pendant l’été (juillet/août). Soit bien plus du quart du total en un peu moins de deux mois. C’est une constante chaque année depuis 2017 : le nombre de féminicides augmente durant la période estivale d’après plusieurs associations féministes.

Selon les chiffres de « Féminicides par compagnon ou par ex » - association qui s’occupe du décompte depuis 2016 - elles étaient déjà 20 à avoir perdu la vie pendant l’été 2021 sur 113 au total. En 2018, année où ce constat est le plus marqué, 25 des 127 féminicides ont eu lieu durant la période estivale, soit quasiment un cinquième. Un phénomène que les associations expliquent par plusieurs raisons. Bien que ces facteurs soient pour la plupart des hypothèses.

« La séparation est très souvent le moteur du passage à l’acte » assure au HuffPost l’une des 4 bénévoles anonymes du collectif « Féminicides par compagnon ou par ex ». Une affirmation confirmée par une enquête du journal Le Monde, qui prend en compte les données de plusieurs études. De là à imaginer que l’été est lui-même un moteur de ruptures ?

Isolement de la famille

« Certaines femmes ne veulent pas prendre de vacances avec leur conjoint violent. Elles décident de les quitter à ce moment-là », suppose la bénévole. Un avis partagé par la porte-parole de l’association Osez-le-féminisme, Ursula Le Menn : « C’est une piste. L’été peut être un moment de renouveau. En septembre, il y a la rentrée, les victimes peuvent entrevoir un meilleur avenir pour les enfants. »

Qui plus est, l’été est un moment de retrouvaille en famille, un moment de proximité en vacances où la violence peut se décupler. Ursula Le Menn développe l’hypothèse d’un effet huis clos : « Les familles se retrouvent entre elles, parfois dans un lieu étranger. L’isolement de la victime sera accentué et l’agresseur aura encore plus de temps à consacrer à son obsession de domination. »

Un isolement familial possiblement propice à la violence, surtout quand on sait que les féminicides augmentent aussi pendant les fêtes de fin d’année. Lors des confinements, les violences conjugales se sont accrues, mais pas les meurtres. « Parce qu’elles ne pouvaient pas partir », assure la bénévole de « Féminicides par compagnon ou par ex ». « On reproche aux victimes de rester », développe la porte-parole d’Osez-le-féminisme avant d’asséner : « Mais partir, c’est potentiellement mourir. »

Des associations qui n’ont pas assez de moyens

D’autres facteurs sont à prendre en compte pour Ursula Le Menn : « Ce qu’on sait, c’est que l’été, la criminalité globale est toujours en hausse. » C’est aussi la période des vacances judiciaires. « Des victimes nous contactent car elles n’arrivent pas à joindre leur avocat. Ou parce qu’elles n’ont pas de nouvelles du procureur. Mais les associations ne ferment pas. Elles sont joignables. Il y a surtout très peu de moyens et très peu de places en hébergement », déplore la bénévole anonyme.

Et ce problème de moyens n’est lui pour le coup pas lié à la période estivale. « Les associations ne tourneraient pas au ralenti pendant l’été si elles avaient plus de moyens. Il ne faut surtout pas faire peser le poids sur elles », rappelle Sophie Barre, une membre de la coordination nationale du collectif #NousToutes.

Selon les calculs du HuffPost, basés sur les chiffres de l’association Féminicides par compagnon ou par ex, 18,9 % des féminicides ont lieu durant les deux mois d’été depuis janvier 2017. Mais le problème de violence reste global.

« Il y a manque de réformes structurelles depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. On nous annonce des mesurettes ou des mesures qui existent déjà », déplore la porte-parole d’Osez-le-féminisme. Quant à l’association #NousToutes, elle réclame une remise en cause dans la manière de traiter les femmes qui viennent chercher de l’aide ainsi qu’un gros travail de prévention dans les écoles. Car depuis que le décompte des féminicides est tenu, rien n’a changé. Une femme meurt toujours tous les 3 jours sous les coups de son conjoint actuel ou passé.

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