Pourquoi Macron a choisi le lycée Tabarly pour parler de la réforme des lycées professionnels

Emmanuel Macron le 25 août 2022 devant les recteurs à la Sorbonne, pour présenter sa vision de l’école pour les années à venir.
MOHAMMED BADRA / AFP Emmanuel Macron le 25 août 2022 devant les recteurs à la Sorbonne, pour présenter sa vision de l’école pour les années à venir.

MOHAMMED BADRA / AFP

Emmanuel Macron le 25 août 2022 devant les recteurs à la Sorbonne, pour présenter sa vision de l’école pour les années à venir.

POLITIQUE - Élève moteur, dynamise le groupe classe. Exemple à suivre. Avec les félicitations de l’Élysée, le lycée des métiers Éric Tabarly a été choisi pour la visite ce mardi 13 septembre d’Emmanuel Macron. Depuis les Sables-d’Olonne (Vendée), le chef de l’État doit détailler sa réforme du lycée professionnel. Et pour faire passer des annonces susceptibles de faire grincer des dents, quelle meilleure stratégie que de la présenter parmi ceux qui la mettent déjà en pratique ? Emmanuel Macron rejoue ainsi une tactique qu’il connaît bien, puisqu’il l’a déjà appliquée à Cherbourg lors de la crise des urgences. Voici désormais la déclinaison scolaire.

À la Sorbonne le 25 août, Emmanuel Macron livrait les grandes lignes de sa politique éducative pour les cinq prochaines années. Pour les lycées professionnels, le chef de l’État veut insuffler une « transformation profonde » destinée à « réarrimer très en profondeur et en amont le lycée professionnel avec le monde du travail ».

C’est cette vision qu’il vient décliner au lycée Tabarly, accompagné de son ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye et de Carole Grandjeau, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels auprès du ministre du Travail. Une visite en forme de « service après-vente », en terrain conquis.

Le bon élève Tabarly

Les objectifs du gouvernement pour cette réforme sont vite déclinés. Tout d’abord, redorer l’image du lycée professionnel, trop souvent considéré comme un choix faute de mieux ; ensuite, améliorer l’insertion professionnelle des jeunes à l’issue du cursus ; et enfin permettre à ceux qui le veulent de poursuivre leurs études.

Mon premier prend la forme de la fameuse demi-journée « Avenir » voulue dès la 5e. L’idée, selon l’Élysée, est de « faire venir des professionnels dans les établissements » ou, à l’inverse, « d’envoyer des élèves en immersion » pour une meilleure orientation, y compris vers les formations accessibles en lycées professionnels. Mon second se concrétise à travers l’augmentation de 50 % de la durée des stages sur une année scolaire, pour que « les jeunes soient mis en situation plus longtemps dans leur circuit d’études », dixit le Palais.

Quant à mon troisième, la poursuite des études après le diplôme, aucune solution concrète n’a à ce stade été avancée… En tout cas par l’Élysée. Car au lycée Tabarly, on a une petite longueur d’avance qui pourrait bien servir d’inspiration : « Le lycée a développé une formation complémentaire, certifiante au terme du BacPro. Elle accueille un petit nombre d’élèves pour leur apporter une formation académique ainsi que des stages en entreprise. À l’issue, ils peuvent faire le choix d’une insertion professionnelle dans laquelle ils ont encore plus de chance, ou au contraire, poursuivre leurs études en BTS en étant mieux armés, avec davantage de bagages académiques » , vante l’Élysée. Ce n’est qu’un des points forts de ce petit établissement placé sous la juridiction de l’académie de Nantes.

Réunion parents/profs version Macron

Si Emmanuel Macron était un professeur, et que le devoir portait sur les liens entre entreprises et lycées professionnels , Tabarly s’en sortirait avec un 20/20. Qu’il s’agisse de la découverte des filières professionnelles grâce à des salariés en mission dans les lycées ou pour des formations type stages, l’Élysée vante des interactions « importantes et florissantes » entre le monde professionnel et l’éducatif. « Les entreprises sont très impliquées dans cet établissement : elles ont développé des enseignements parfois en synergie avec les enseignants du lycée. Tout cela dans l’intérêt des élèves mais aussi dans une dynamique éducative qui est totalement positive », salue la présidence.

Les syndicats sont moins enthousiastes. Au sein de la Snuep-FSU, la volonté de rapprocher le monde du travail de l’éducation est perçue comme un « scandale scolaire ». « Le ministère préfère répondre aux besoins immédiats et locaux de certaines entreprises et il abandonne l’ambition scolaire pour 650 000 jeunes, soit un tiers de la jeunesse lycéenne », réagissait devant la presse Sigrid Gérardin, secrétaire générale, le 30 août. Elle s’inquiétait de voir le temps de formation théorique diminué au profit des stages : « On va ainsi compromettre leur chance de réussite aux examens, sachant que le lycée pro enregistre déjà les moins bons résultats », déplorait la représentante syndicale.

L’Élysée jure qu’il n’en sera rien. « La réforme n’est pas une menace vis-à-vis aux lycées professionnels. L’idée c’est bien de pouvoir faire en sorte que les enseignants, les élèves et les entreprises de cette voie soient tous satisfaits », promet-on au sommet. Pour cela, le gouvernement mise sur la concertation des acteurs locaux - rectorats, enseignants et entreprises locales - via le Conseil National de la Refondation. Date de rendu de la copie ? Inconnue. « Le ministre de l’Éducation va prochainement faire des annonces sur la manière dont sera engagé ce CNR thématique sur l’école », assure-t-on de même source. Peut mieux faire, diraient les professeurs les plus exigeants.

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