Pourquoi l'offensive russe dans le Donbass met de nouveau Marine Le Pen en porte-à-faux

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La candidate RN à l'élection présidentielle Marine Le Pen, le 18 avril 2022 à Saint-Pierre-en-Auge, dans le Calvados - Sameer Al-DOUMY © 2019 AFP
La candidate RN à l'élection présidentielle Marine Le Pen, le 18 avril 2022 à Saint-Pierre-en-Auge, dans le Calvados - Sameer Al-DOUMY © 2019 AFP

Au-delà de la tragédie humaine qu'elle représente, l'offensive russe sur le Donbass, dans le sud-est ukrainien, promet déjà d'avoir des répercussions sur la conclusion de la campagne présidentielle française. Déclenché lundi, à six jours du second tour du scrutin, l'assaut jette de nouveau une lumière embarrassante sur la bienveillance que Marine Le Pen a longtemps affichée vis-à-vis du Kremlin.

L'événement fournit en tout cas un angle d'attaque à Emmanuel Macron pour le débat de ce mercredi soir. Son entourage s'emploie d'ailleurs à préparer le terrain.

• Le désaveu du président Zelensky

Des propos qui résonnent profondément et qui tombent mal pour la prétendante à l'Élysée. Dans l'entretien exceptionnel qu'il nous a accordé et que nous diffusons ce mercredi à 18h50, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui-même désavoué la position de Marine Le Pen.

"Si Madame la candidate venait à comprendre qu'elle s'est trompée, notre relation pourrait changer", a-t-il lâché.

Le 5 janvier 2017, le ministère des Affaires étrangères ukrainien l'avait interdite de séjour sur le territoire au lendemain de déclarations où elle justifiait l'annexion de la Crimée par la Russie. Une vision qu'elle avait encore renouvelée le 1er février 2017 dans une interview à CNN, et dont un extrait a circulé durant cet entre-deux-tours.

• Un thème qui sert son adversaire

Le camp d'Emmanuel Macron espérait d'ailleurs voir le débat présidentiel s'ouvrir sur les sujets internationaux. Le tirage au sort en a décidé autrement, et la discussion roulera d'abord sur le thème du pouvoir d'achat. Mais le président de la République en exercice n'aura pas à prendre son mal en patience trop longtemps, la politique étrangère devant servir de deuxième chapitre à l'échange.

L'intérêt est double pour Emmanuel Macron. Effet drapeau et initiatives sur la scène internationale obligent, le thème de la guerre en Ukraine est censé illustrer la stature présidentielle endossée de fait par le sortant. Surtout, l'agression russe sur le Donbass met à nouveau son adversaire en difficulté, relançant les procès en connivence avec Moscou qui poursuivent Marine Le Pen depuis la fin du mois de février.

• Le choc d'une photo

La candidate du Rassemblement national a pourtant pris soin de dénoncer cette nouvelle phase du conflit dès lundi.

"Je condamne l’offensive de la Russie contre le peuple ukrainien au Donbass", a-t-elle alors écrit sur Twitter.

"Nous devons soutenir tous les efforts diplomatiques possibles pour arriver à un cessez-le-feu et imposer la paix à la Russie afin que l’Ukraine retrouve son entière souveraineté".

Seulement voilà, la désagréable impression d'un lien entre Marine Le Pen et la Russie est tenace. Il y a tout d'abord, cette photo immortalisant sa rencontre le 24 mars 2017 à Moscou avec Vladimir Poutine. Un cliché censé lui tailler un costume international et que la prétendante à l'Élysée a même diffusé dans ses premiers tracts de campagne. C'était avant le 24 février, avant la guerre, et aujourd'hui, l'image souligne davantage une erreur de calcul géopolitique qu'elle ne rehausse son CV diplomatique.

• Emprunt russe

La presse a encore pointé des liens plus concrets encore entre le Rassemblement national et la puissante fédération: la souscription d'un emprunt auprès d'une banque russe, un prêt toujours en cours de remboursement.

Marine Le Pen a d'ailleurs dû se justifier sur ce point et de manière répétée. Ainsi, mercredi dernier, exposant son programme en matière de politique étrangère dans les Salons Hoche à Paris, la candidate a martelé que l'institution bancaire en question n'était pas seulement russe mais "tchéco-russe", et qu'elle ne s'était tournée vers elle que par défaut, assurant que les banques françaises lui refusaient tout crédit.

"Je suis totalement indépendante de tout lien avec une puissance étrangère", a même voulu réfuter Marine Le Pen.

Peu après cependant, deux militants du "Collectif Ibiza" interrompaient la conférence de presse, brandissant notamment une pancarte dénonçant la poignée de mains entre la leader du Rassemblement national et Vladimir Poutine.

• La Russie toujours en bonne place dans son agenda international

Marine Le Pen offre d'autant plus de grain à moudre à ses détracteurs que, si elle a pris ses distances avec la Russie depuis son entrée en guerre contre l'Ukraine et plus encore depuis l'invasion du Donbass, elle rechigne à enterrer la relation. Elle a même réaffirmé son désir d'un "rapprochement stratégique entre l'OTAN et la Russie" après le conflit.

"C’est l’intérêt de la France et de l’Europe", a-t-elle développé il y a une semaine devant les journalistes.

Une volonté de conciliation pour le moins surprenante dans le contexte actuel. Et qui renvoie en écho les réserves des représentants de sa formation au Parlement de Strasbourg. En effet, le 7 avril dernier, ces derniers n'ont pas voté la résolution européenne visant à protéger les enfants fuyant le théâtre de la guerre.

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• Un entourage embarrassant

Parmi les eurodéputés du Rassemblement national, on retrouve d'ailleurs Thierry Mariani. D'abord célébré comme une prise de guerre lors de son arrivée au parti en 2019, ce transfuge des Républicains s'est quelque peu démonétisé. Vaincu lors des dernières régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, c'est surtout sa sympathie bien connue - et très assumée - pour la Russie qui pose problème dans cette dernière ligne droite.

Consciente que l'attitude et la composition de son entourage pourrait bien alerter une opinion sensible à la cause ukrainienne, Marine Le Pen a choisi de le mettre en retrait. Le Monde a remarqué que Thierry Mariani ne figurait pas au nombre des porte-paroles appelés à courir les plateaux pour promouvoir la candidate. Le quotidien du soir relève en revanche qu'il lui fournit encore des notes, rédigées par ses soins, notamment en vue du débat de ce mercredi.

• Le camp Macron à la manoeuvre

Les collaborateurs de Marine Le Pen ne sont naturellement pas les seuls à préparer la soirée. Emmanuel Macron n'a pas non plus manqué, ces derniers jours, de lieutenants pour en allumer les premiers feux. Et ceux-ci n'ont pas tergiversé quant à l'argumentaire à employer contre la rivale de leur chef. Ils sont nombreux à l'avoir ainsi attaquée bille en tête sur la guerre en cours.

Lundi, alors que la pénétration russe dans le Donbass était imminente, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a lancé sur France 2, dans une forme de clin d'oeil aux outrances du père de la députée élue dans le Pas-de-Calais:

"Les atrocités qu’on constate en Ukraine sont un point de détail de l’histoire pour Marine Le Pen, pour reprendre une formule de ce parti".

Mardi, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a utilisé le même levier auprès de Ouest France. "Là, il n'y aurait qu'une question" en cas de victoire de Marine Le Pen dimanche, a-t-il affirmé, avant pourtant d'en lister plusieurs: "La France maintiendrait-elle sa position de leader en Europe face à l’agression russe? Soutiendrait-elle les Ukrainiens confrontés à cette nouvelle phase très brutale? Est-ce que la France continuerait son appui militaire à l’Ukraine et les sanctions? Il y a là une interrogation forte à laquelle elle doit répondre."

Marine Le Pen aura donc toute une soirée pour le faire dans quelques heures. Et on doute qu'elle ait le choix.

Article original publié sur BFMTV.com

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