Pourquoi l'Europe connaît-elle des conditions météorologiques aussi extrêmes ?

Pourquoi l'Europe connaît-elle des conditions météorologiques aussi extrêmes ?

En ce mois de juillet, les conditions météorologiques en Europe sont marquées par des extrêmes opposés.

Dans le nord du continent, les températures ont été bien inférieures à la moyenne, avec beaucoup plus de pluie que d'habitude, tandis que le sud est aux prises avec des vagues de chaleur et des incendies de forêt.

En Belgique, au mois de juin, les précipitations ont été supérieures à la normale pour le neuvième mois consécutif - un nouveau record pour le pays depuis 119 ans. À la mi-juin, l'équivalent d'un mois de pluie est tombé en une seule semaine, ce qui a provoqué des inondations dans plusieurs régions.

Le mois dernier a également été beaucoup moins ensoleillé qu'un mois de juin ordinaire dans une grande partie du reste de l'Europe du Nord, où les températures peinent encore à franchir la barre des 20 °C dans de nombreux pays.

Vue du Rhône, à droite, et de la Navizence, après les orages qui ont provoqué d'importantes inondations, à Chippis, en Suisse, le dimanche 30 juin 2024.
Vue du Rhône, à droite, et de la Navizence, après les orages qui ont provoqué d'importantes inondations, à Chippis, en Suisse, le dimanche 30 juin 2024. - Jean-Christophe Bott/' KEYSTONE / JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Alors que les habitants du nord attendent toujours le début d'un été normal, les pays situés plus au sud et à l'est sont déjà en proie à des chaleurs intenses.

Le dernier rapport de Copernicus, l'observatoire européen du climat, montre clairement que le mois de juin a été globalement plus chaud que tous les mois de juin précédents dans ses données historiques.

Il s'agit du treizième mois consécutif de chaleur record. Les températures de surface dans l'Atlantique Nord ont également atteint leur niveau le plus élevé depuis plus de 40 ans.

Dans l'ensemble, la période juillet 2023 - juin 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, dépassant de 0,76 °C la moyenne 1991-2020 et de 1,64 °C la moyenne préindustrielle.

Dans le sud, les températures extrêmes ont provoqué des vagues de chaleur et des incendies de forêt

L'Espagne, l'Italie et la Grèce restent parmi les destinations les plus populaires pour les vacances d'été. Mais la chaleur extrême pourrait-elle décourager les voyageurs ?

Selon la Commission européenne du tourisme (ETC), le nombre de touristes se rendant dans le sud de l'Europe a diminué de 10 % depuis 2022.

D'après les chiffres de l'ETC, les conditions météorologiques extrêmes et les perturbations des transports sont "des préoccupations importantes pour 10 % des Européens désireux de voyager au cours des prochains mois".

"76 % des personnes interrogées déclarent adapter leurs habitudes de voyage en fonction du changement climatique. 17 % ont déclaré qu'ils éviteraient les destinations où les températures sont extrêmes, un chiffre qui monte à 32 % chez les plus de 55 ans", ajoute l'ETC.

Cette année, des vagues de chaleur ont déjà frappé certaines parties de l'Europe plus tôt que jamais.

Des régions de Grèce, de Chypre, de Turquie et d'Italie ont déjà souffert d'une chaleur extrême, certaines zones enregistrant des températures de 10 °C supérieures à la moyenne saisonnière.

Ces températures extrêmes ont causé de nombreux décès, parmi lesquels six touristes étrangers retrouvés morts cette année en Grèce après une randonnée. Beaucoup d'autres sont portés disparus dans des circonstances similaires.

Des températures étouffantes associées à des vents violents ont déclenché des incendies de forêt près d'Athènes, en Grèce, et, dans la ville turque d'Izmir, des habitants et des vacanciers ont été contraints d'évacuer leurs résidences.

En France, à quelques semaines du coup d'envoi des Jeux olympiques de Paris, les organisateurs s'inquiètent de la sécurité des athlètes en raison des températures record prévues.

En Espagne, les autorités ont publié une nouvelle carte pour aider à prévoir plus précisément les vagues de chaleur.

Certaines régions du nord de l'Europe ont été frappées par des tempêtes et des inondations meurtrières

Les conditions météorologiques extrêmes en Europe ont coûté la vie à au moins sept personnes en Suisse, en France et dans le nord de l'Italie.

Au début du mois, les corps de trois personnes ont été retrouvés à la suite d'un glissement de terrain dans la région de Fontana, dans la vallée de la Maggia, sur le versant sud des Alpes suisses.

Un homme dont le corps a été retrouvé dans un hôtel de la station alpine de Saas-Grund, en Suisse, aurait été surpris par les eaux de crue.

Les décombres d'un glissement de terrain des tempêtes qui ont provoqué d'importantes inondations sont photographiés à Saas-Grund, en Suisse.
Les décombres d'un glissement de terrain des tempêtes qui ont provoqué d'importantes inondations sont photographiés à Saas-Grund, en Suisse. - Jean-Christophe Bott/Keystone via AP

Dans le nord de l'Italie, les inondations, les orages et les glissements de terrain ont également fait des ravages.

Les pompiers italiens de la région du Piémont, dans le nord du pays, affirment avoir déjà effectué environ 80 opérations de sauvetage depuis le début de l'été et évacué des dizaines de personnes.

Dans la seule région du Val d'Aoste, plusieurs villages ont été isolés à cause du débordement des cours d'eau.

Dans l'Aube, au nord-est de la France, trois septuagénaires et octogénaires ont trouvé la mort lorsqu'un arbre a écrasé la voiture dans laquelle ils se trouvaient, sous l'effet de vents violents.

Qu'est-ce qui explique les conditions météorologiques extrêmes en Europe cet été ?

Selon une étude d'Inverto, le nombre d'événements météorologiques extrêmes - grosses tempêtes de grêle, fortes pluies, chutes de neige, sécheresses et tornades - est passé de 11 442 à 16 956 par an en Europe, entre 2021 et 2023.

Ces événements ont un impact majeur sur l'économie et les moyens de subsistance. En 2023, une seule tempête de grêle près de la ville de Valence, dans le sud-est de l'Espagne, a causé des dégâts estimés à 40 millions d'euros.

Mais qu'est-ce qui dérègle ainsi le climat de l'Europe ? D'après les experts, les phénomènes climatiques El Niño et La Niña sont en partie responsables.

El Niño, connu sous le nom de "phénomène de réchauffement", se définit par des températures de surface de la mer supérieures à la moyenne et une augmentation des précipitations dans le centre et l'est de l'océan Pacifique tropical, mais il a des effets globaux qui se répercutent sur l'Europe.

Une chaleur extrême frappe l'Europe : des résidents et des touristes remplissent leurs bouteilles d'eau à une fontaine publique à Belgrade, en Serbie.
Une chaleur extrême frappe l'Europe : des résidents et des touristes remplissent leurs bouteilles d'eau à une fontaine publique à Belgrade, en Serbie. - Darko Bandic/The AP

Actuellement, la planète se trouve dans une phase de transition entre El Niño et La Niña, appelée "épisode froid". Au milieu de cette phase neutre, El Niño reste dominant, augmentant drastiquement les températures des océans et de l'air.

Il a été constaté que ces deux phénomènes ont un "effet domino", les conditions météorologiques d'un endroit étant susceptibles de modifier celles d'un autre. Par exemple, des précipitations réduites à un endroit du monde peuvent entraîner une augmentation des pluies ailleurs.

L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis 1991, selon des données récentes de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et de Copernicus.**

Les deux agences ont prévenu que les pays européens devaient redoubler d'efforts pour réduire leurs émissions et poursuivre leur transition vers l'abandon des combustibles fossiles. 23 des 30 vagues de chaleur les plus graves qu'a connues le continent se sont produites depuis 2000, dont cinq au cours des trois dernières années.