"Pourquoi Jul juge Macron incompréhensible", par Anna Cabana

En le quittant, je me suis rendu compte que je n'avais même pas regardé ce que Jul avait mangé ou bu. D'ordinaire c'est le genre de chose que je note presque mécaniquement, mais là, rien ; mes réflexes étaient ailleurs. Ce dessinateur-urbain-sympathique-cultivé-ami-du-genre-humain m'a fait l'effet de ne pas être aussi inoffensif que son sourire d'enfant aimerait le laisser penser. Je crois que ce qui m'a accaparée, c'est la façon tellement intranquille dont ses yeux n'ont cessé d'essayer de me percer à jour derrière les verres tout ronds de ses lunettes. J'ai encore l'image dans la tête. Deux pupilles sombres et intenses qui font mine d'être contentes d'être là et prêtes à s'amuser mais dont les flammèches brûlent de l'angoisse de ne pas comprendre tout à fait ce que cherche l'autre. C'est ce que cet ancien de Charlie Hebdo, qui est l'heureux scénariste des Lucky Luke d'aujourd'hui, appelle faire "le cobra" : ne pas lâcher les yeux de son interlocuteur. C'est ce qu'il a fait avec ­Emmanuel ­Macron, me précise-t-il, l'autre jeudi (30 ­janvier), tandis qu'il apostrophait le président à la table du Festival de la bande dessinée d'Angoulême ("Vous êtes en deçà des enjeux écologiques, vous passez à côté de votre destin, à côté de ­l'Histoire, c'est incompréhensible!") et qu'ils se sont tous les deux penchés vers l'avant pour mieux se voir et parce que la ­préfette les séparait. Jul est fier de le raconter encore et encore, il sort son ­smartphone pour me montrer une photo ­corr...


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