Pourquoi je me suis trompé sur l’élection de Trump

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L’élection de Trump est un séisme. Il ébranle la vie politique américaine et les grilles de lectures classiques.

Avant l’été dernier, j’avais une conviction intime. Trump allait être élu. Ce n’était pas une analyse. Juste un feeling, un ressenti, basé sur une déduction simple. Après deux mandats consécutifs d’un président démocrate, l’alternance allait jouer en faveur des républicains. La haine accumulée des républicains envers ce président Obama noir, libéral et adepte du soft power n’avait pas de limites (il suffisait de regarder les élections intermédiaires pour s’en convaincre : quiconque se réclamait d’Obama essuyait une défaite). 

Enfin, la candidate Clinton était vraiment détestée par le tiers d’électeurs qui avait préféré Sanders aux primaires. Ils ne pouvaient pas la voir, beaucoup n’iraient pas voter pour elle. Conclusion Trump allait être élu. Certains dans mon entourage avaient alors parié avec moi quelques bonnes bouteilles, convaincus que je déraillais complètement !

Puis la campagne a commencé. Je me suis, comme à chaque scrutin, plongé dans les cartes électorales des USA, pays qui ne l’oublions pas a inventé la science politique. Découper l’électorat, analyser, le sonder, le compter, est un jeu pour lequel les Américains ont développé des outils très pointus.

Le mur bleu de Clinton n’a pas suffi

En regardant les cartes électorales, les régularités dans les scrutins, on pouvait voir qu’il existait ce que les américains appellent un “mur bleu” favorable à Hillary Clinton. Le mur des états qui aux 6 dernières élections présidentielles avaient voté à chaque fois démocrate. Tout comme ceux qui avaient voté aux 5 dernières élections pour les démocrates. 

La sociologie de ces Etats qui avaient évolués vers des populations plus métissées et plus urbaines expliquait pourquoi ce vote était solide et durable. En regardant ces cartes on s’apercevait donc qu’il suffisait à Clinton de remporter la Floride ou l’Ohio en plus de son “mur” pour gagner là ou Trump devait réaliser un Grand Chelem miraculeux pour espérer l’emporter. L’élection lui semblait “en toute logique garantie”. Ca à donné ce papier sur I-télé et Yahoo que beaucoup ressortent aujourd’hui avec malice voire, et c‘est plus triste, une certaine hargne.

Si certains y voient la confirmation que nous sommes tous, et moi le premier, des charlots et que cela peut leur permettre de passer une meilleure journée, je m’en réjouis pour eux. Mais c’est à mon sens simplement la preuve que ce qu’il s‘est passé a fait justement dérailler toutes les régularités électorales. L’élection de Trump est bien un séisme, une cassure profonde, une “révolution” comme dirait mon ami Olivier Piton qui l’avait analysée dans son livre publié dans une collection que je dirige “La nouvelle révolution américaine” chez PLON (comme quoi, je n’était pas fermé à l’idée !).

Ensuite, la campagne est passée par là. Elle a été tellement brutale, ordurière, basse, que j’ai pensé que l’électorat démocrate qui n’aimait pas Clinton irait quand même voter pour elle, pour empêcher Trump. Le “tout sauf Trump” devait la conforter. Si elle ne gagnait pas, au moins ne pouvait-elle ne pas perdre. Même en se bouchant le nez pour certains, son électorat irait la soutenir comme un seul homme.

Les républicains “classiques” pourtant dégoutés par Trump

Dans le même temps, alors que j’étais en reportage au Texas, je multipliais les rencontre avec des républicains “classiques” qui me disaient qu’ils ne voteraient jamais pour ce Trump qui les dégoutait et faisait honte à leur grand et vieux parti. Tout au long des mois qui ont suivit on a vu les défections de leaders républicains tournant le dos à Trump.

Moralité : l’historique électoral + le tout sauf Trump chez les républicains et les démocrates devaient assurer à Clinton la victoire. Et puis il y a eut ce mardi 8 au soir et ce un raz de marée inverse. Voilà qui laisse perplexe et pousse à réfléchir encore puisque mon travail n’est pas de vouloir ou de juger des hommes ou des faits mais d’essayer de comprendre des logiques et des enchainements.

Donc, qu’ai-je  raté ? Première chose, les intuitions du début étaient bonnes et elles ont été le socle de cette victoire. Rejet de Washington, des élites, démocrates d‘Obama-Clinton, besoin de changement profond. C’était la bonne voie. Ensuite j’ai surestimé la capacité des démocrates à oublier leurs rivalités internes pour se souder dans un vote anti-Trump. On a dépassé tellement de limites dans cette campagne que de voir que cela n’a pas suffi aux démocrates pour faire bloc me laisse bouche bée. Il y a donc des démocrates qui se sont dit “après tout ce sera lui et je m’en fiche je ne vais pas voter”. Ca laisse pensif.

Trump a mobilisé ceux qui ne votaient habituellement pas

J’ai aussi sous-estimé le poids du vote blanc. Il y a 2 Amériques. Une Amérique réelle qui est de fait de plus en plus métissée et urbaine (ou les valeurs démocrates sont plutôt majoritaires) et une Amérique civique qui est encore largement dominée par les blancs. Ces deux Amériques ne se recoupent pas. Le vote blanc reste prépondérant. Trump a su mobiliser dans cet électorat des gens qui d’ordinaire ne seraient pas allé voté et qui ont cru en lui justement parce qu’il n’était pas comme les autres, justement parce qu’il était outrancier, agressif, iconoclaste et qu’il permettait de donner une voix à leur colère. 

Des blancs américains qui se sentent déclassés. Ils ont pris la crise dans la figure et leur pays ne semble plus capable de tout régler à leur avantage. L’Amérique n’est plus grande. Trump leur a dit “make america great again” et ils l’ont cru sur parole. Qui plus est cette capacité à mobiliser sans l’appareil du parti républicain (qui souvent n’a pas roulé pour Trump) est un tour de force que j’ai là aussi sous-estimé.

La participation sera décisive. Je le disais et je le pensais. Mais elle a joué en faveur du plus risqué des deux choix et je ne pensais pas les Américains assez fous, irresponsables ou désespérés pour ça. De fait, Trump est président. Il a tous les pouvoirs d’agir avec lui. Les deux assemblées, beaucoup de gouverneurs et bientôt la Cour suprême. Bientôt les démocrates qui ne sont pas allé voter Clinton se mangerons les doigts en voyant le conservatisme défaire ce qu’ils pensaient acquis en terme d’avancées sociales ou d’égalité des droits par exemple.

Quant à moi, à nous journalistes et analystes c‘est encore une fois le rappel que les mécanismes de vote et la culture politique américaines sont très singulières et qu’il faut avancer à pas comptés. Pour le reste, mon métier était et restera d’essayer de comprendre avec plus ou moins de bonheur selon les évènements. De chercher des logiques et donc de les pousser jusqu’à leur conclusion. Je me tromperai donc encore, mais je continuerai d’essayer de penser par moi même, comme vous qui me lisez le faites aussi.

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