Pourquoi le gouvernement tire à boulets rouges sur les écologistes

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Yannick Jadot à gauche, Barbara Pompili à droite. - AFP
Yannick Jadot à gauche, Barbara Pompili à droite. - AFP

"Idéologues", "irresponsables", voire "complotistes". Les oreilles des écologistes ont été mises à rude épreuve, cette semaine. Dès lundi, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a accusé le candidat d'Europe écologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle, Yannick Jadot, de se montrer "irresponsable", en lui demandant "concrètement" comment il comptait sortir du nucléaire en vingt ans.

Le lendemain, celle qui a elle-même défendu les couleurs d'EELV dans le passé, est allée plus loin, en le taxant d'être "à la limite du complotisme". Il faut dire que ce dernier n’a pas mâché ses mots non plus. À la sortie du rapport sur l'avenir de l'électricité en France lundi, l'eurodéputé a qualifié le gouvernement d'"obsédé par le nucléaire" avant de l'accuser de "manipulation".

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Autre ministre, même ton. À l'Intérieur, mercredi, Gérald Darmanin a exhorté les maires en général, et celui de Lyon "en particulier", l’écologiste David Doucet, à "sortir de l'idéologie" et à "mettre des caméras de vidéoprotection" dans les zones où se déroulent les trafics de stupéfiants.

"Certains ont été désignés comme snipers pour nous décrédibiliser" croit savoir Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire, anciennement encarté à La République en Marche, et désormais porte-parole de Yannick Jadot. "Le ton s’est durci ces derniers temps", note-t-il auprès de BFMTV.com, et la raison de ces attaques lui est très simple: "Le seul qui pourrait à gauche être au deuxième tour c’est Jadot, et ça, le gouvernement l’a bien compris", se plaît-il à penser.

Être la cible d’attaques peut aussi être une aubaine. Crédité de seulement 6%-8% dans le dernier sondage Elabe pour BFMTV du 27 octobre, Yannick Jadot peinait à exister. Avec le ticket d’entrée au second tour réduit à 13-14 % depuis l’irruption d'Éric Zemmour, et le rêve du ralliement d'Anne Hidalgo, les Verts se reprennent à y croire. "Je crois que c’est peu probable mais possible", estime une parlementaire écologiste auprès de BFMTV.com. "On a un déficit de crédibilité aujourd’hui", concède-t-elle, "mais un fort sentiment de sympathie".

"Il aurait pu faire un très bon ministre de Macron"

Une sympathie que certains espèrent étendre à un électorat plus large. "Jadot peut parler à une grande partie des gens qui ont voté pour Macron en 2017 et sont des déçus de centre-gauche", estime le député Génération Ecologie du Rhône, également ex-LaREM, Hubert Julien-Laferrière. "Parmi la jeune génération climat, tous ne croient pas que le clivage droite-gauche soit encore pertinent", nous affirme le porte-parole du candidat écologiste.

Avant de penser à grignoter des voix sur son électorat, Yannick Jadot a déjà aspiré une poignée d’anciens députés macronistes, élus en 2017. Parmi eux, Hubert Julien-Laferrière et Matthieu Orphelin donc, mais aussi la députée des Français d’Amérique latine et des Caraïbes, Paula Forteza, en bonne place dans l’organigramme de campagne du candidat.

Perçu comme plus centriste, pro-Europe, moins clivant, le profil de l’eurodéputé rassure dans un parti souvent taxé de sectaire. Et d'aucuns dans la majorité lui accordent des bons points:

"Il aurait pu faire un très bon ministre d’Emmanuel Macron pour l’écologie", lâche Ludovic Mendes, député LaREM de Moselle, signataire d’une tribune dans le JDD début octobre appelant à un second quinquennat placé sous le signe de l’écologie. "Quand on écoute Bayou, Rousseau ou Piolle, on se demande pourquoi il reste là le pauvre", ajoute-t-il.

"C'est le même profil sociologique entre les deux électorats, une porosité est possible", explique le président de l’institut Elabe Bernard Sananès, pour BFMTV.com. "Des électeurs de Macron de 2017 avaient voté Jadot aux européennes de 2019", poursuit-il, en évoquant des chiffres de l'Ifop de l'époque montrant que près de 15 % des Français ayant voté pour le candidat d’En marche! s’étaient ensuite reportés sur la candidature de Yannick Jadot aux Européennes. Mais le sondeur avertit: "La présidentielle reste une élection très particulière."

"L'écologie c'est probablement le domaine où on a fait le plus en étant crédité le moins"

Surtout, les membres d'Europe écologie-Les Verts représentent une cible facile pour une majorité en difficulté sur certains thèmes, comme l'environnement ou la sécurité, d'où la montée au front de Barbara Pompili et Gérald Darmanin. "C'est sur les questions régaliennes, comme sur la sécurité, où Emmanuel Macron est jugé le plus sévèrement", analyse Bernard Sananès, en référence à un sondage d’Elabe pour BFMTV en date du 13 octobre, où le président est crédité de 20% de taux de satisfaction, un chiffre en baisse de 8 points.

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Emmanuel Macron compte vanter son bilan en matière de pouvoir d’achat, priorité des Français pour la présidentielle. Si la préoccupation environnementale n'est pas au coeur de la campagne - pour le moment - elle peut constituer une variable essentielle pour la suite.

"Dans la perspective du second tour, pour mobiliser les électeurs de centre gauche, il faut que l’action environnementale soit jugée crédible", souligne le président d'Elabe.

Un Français sur trois se dit satisfait de l’action du président en matière de politique de l’environnement, dans la moyenne des autres thèmes, selon le même sondage Elabe. "On n'a pas encore réussi à convaincre largement", concédait le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal le 4 octobre au Figaro. "C'est ma plus grande frustration. L'écologie c'est probablement le domaine où on a fait le plus en étant crédité le moins. Je compte me mobiliser pour mettre en lumière tout ce qui a été fait."

Droite et gauche: "Deux discours d’irresponsabilité"

Dans son interview, Gabriel Attal veille à maintenir Yannick Jadot dans le couloir de la radicalité. "Le cœur du projet reste proche de celui de Sandrine Rousseau", pointe-t-il, attaquant celle qui a été jugée plus radicale que son nouveau chef de file lors de la primaire écologiste.

"Derrière le mot valise 'sobriété' tout gentil tout mignon, il y a énormément de contraintes, que ce soit sur la voiture ou la maison individuelle", abonde auprès de BFMTV.com le référent transition écologique et député LaREM de l’Isère Jean-Charles Colas-Roy. Soit le retour à une écologie de progrès, opposée à celle du "modèle amish" dénoncé par le président en 2020.

"Non, on n’attaque pas les Verts", balaie le député de l'Isère. "On continue de défendre la politique environnementale que nous menons, éclairée par les rapports d'experts."

Lui met dos-à-dos les "deux discours d’irresponsabilité" venus de la gauche et de la droite, anti-nucléaire ou anti-éoliennes. Face à ces "deux dogmes", le gouvernement vise, une fois de plus, à dépasser les clivages. Reste à voir si son discours voulu "équilibré" sera gagnant sur un sujet si sensible.

Article original publié sur BFMTV.com

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