Pourquoi le gouvernement hausse le ton contre Génération identitaire

Esther Paolini
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Une manifestation de membre de Génération identitaire contre l'islamisme, le 17 novembre 2019, à Paris. - Philippe LOPEZ / AFP
Une manifestation de membre de Génération identitaire contre l'islamisme, le 17 novembre 2019, à Paris. - Philippe LOPEZ / AFP

Gérald Darmanin a annoncé ce mardi avoir demandé à ses services "de réunir les éléments qui permettraient de proposer la dissolution de Génération identitaire", se déclarant "particulièrement scandalisé par [leur] travail de sape de la République". Cette prise de position fait suite à une opération antimigrants déclenchée la semaine dernière, à la frontière franco-espagnole.

Mais le groupuscule n'en est pas à son premier coup d'éclat. Depuis une petite dizaine d'années, il s'illustre régulièrement dans des opérations, contre de la distribution de nourritures ou lors d'occupation de locaux d'association d'aide aux migrants. Et c'est bien cette accumulation de coup de com' qui pousse l'Intérieur à intervenir aujourd'hui.

Buzz médiatique

Mi-janvier, à bord de 4x4 blancs sériegraphiés "Defend Europe" et aidés de drone, une trentaine de militants identitaires sillonnaient le Col du Portillon, dans les Pyrénées, pour y dénoncer le "risque terroriste et migratoire".

Les élus locaux étaient alors montés au créneau pour dénoncer "une opération, menée en toute illégalité" qui "a seulement pour but de créer le buzz médiatique et ainsi permettre à ces extrémistes de développer leur discours de haine".

Carole Delga, le président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, Georges Méric (PS), le député de Haute-Garonne, Joël Aviragnet (PS) et le maire de Luchon Eric Azemar avaient interpellé l'Intérieur pour dissoudre "ce groupuscule d'extrême droite violent et dangereux". Le procureur de la République de Saint-Gaudens a fait savoir ce jour, à Marianne puis à l'AFP l'ouverture d'une enquête pour "provocation publique à la haine raciale".

Des procédures judiciaires à répétition

De quoi inquiéter Génération identitaire? On peut en douter. Les militants du mouvement sont désormais des habitués des tribunaux. En octobre 2012, année de la fondation du mouvement, une soixantaine de militants occupent le chantier d'une future mosquée à Poitiers. Déjà à cette époque, la gauche, par la voix du Premier secrétaire du Parti socialiste Harlem Désir, appelle à la dissolution de "ce groupuscule fanatique." Mais le mouvement n'est pas poursuivi, et les militants renvoyés devant le tribunal correctionnel sont relaxés en juin dernier.

En prenant pour prétexte la crise migratoire, ils multiplient les offensives sur le territoire, en 2018, en déployant un immense drapeau du mouvement sur la frontière franco-italienne dans les Alpes ou en occupant illégalement les locaux de l'association SOS Méditerranée. Dans le premier dossier, l'association a été définitivement relaxée, tandis que dans le second, 22 militants ont été mis en examen, mais l'affaire est encore à l'instruction.

L'année suivante, des militants du mouvement occupent des locaux de la CAF de Seine-Saint-Denis, à l'aide de banderole "de l'argent pour les Français. Pas pour les étrangers!". Là encore, la justice n'a pas encore tranché. Tandis que 19 membres sont poursuivis, l'affaire est requalifiée et est en attente d'un nouveau jugement. Leur dernière opération majeure remonte en juin dernier, à l'occasion d'une manifestation organisée La Vérité pour Adama Traoré, et lors de laquelle ils ont déployé une banderole de soutien aux "victimes du racisme anti-blanc".

De nombreuses actions coups de poing donc, mais le mouvement Génération identitaire n'a pour l'heure jamais été définitivement condamné par la justice, ce qui ne facilite pas le travail du gouvernement.

"Ils sont très adroits, mais poussent le bouchon de plus en plus loin", souligne-t-on place Beauvau.

La continuité de l'action contre le séparatisme

Début novembre, Gabriel Attal reconnaissait que "la question" de la dissolution du groupuscule se posait et que le gouvernement souhaitait ne "rien exclure". Il pourrait reproduire l'opération menée en avril 2019, lorsque sept groupuscules d'extrême droite avaient été dissous.

Ils étaient alors ciblés pour "provocation à des manifestations armées dans la rue" et "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison de l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée" de personnes. Le second motif pourrait s'appliquer sans trop de difficulté à Génération identitaire, présenté par l'historien Jean-Yves Camus, comme "anti-immigration et anti-islam".

Pour l'Intérieur, s'en prendre à Génération identitaire est aussi un moyen de montrer qu'il y a une continuité à l'action de l'exécutif entreprise à l'encontre du Collectif contre l'Islamophobie (CCIF) et de l'ONG Baraka City, dissous tous les deux à l'automne dernier. Et de s'afficher en combattant de toutes les formes de séparatisme.

Article original publié sur BFMTV.com