Pourquoi Elizabeth II était un peu « notre mamie à tous » ?

Pour certains, la reine Elizabeth incarnait « notre grand-mère à tous ».
WPA Pool / Getty Images Pour certains, la reine Elizabeth incarnait « notre grand-mère à tous ».

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Pour certains, la reine Elizabeth incarnait « notre grand-mère à tous ».

ELIZABETH II - Une nouvelle qui résonne comme une onde de choc. La reine est morte ce jeudi 8 septembre. Si l’émotion est évidemment vive au Royaume-Uni, Elizabeth II a toujours fait partie de la vie de la plupart des Français, faisant d’elle une figure familière. Pour certains, ce qu’elle représente est même plus profond, à l’instar même d’une grand-mère.

De fait, c’est dès l’enfance, à l’école, que la reine Elizabeth II entre dans le quotidien des élèves, à la faveur des cours d’anglais notamment. « My taylor is rich », « The cat is in the kitchen », « The Queen lives in London ». En 70 ans de règne, ce sont d’innombrables générations qui ont planché sur la même souveraine, la rendant intemporelle et immortelle.

Lorsqu’elle était au lycée, Blandine était en section européenne, ce qui permet d’avoir plus d’heures de cours d’anglais. « C’est là que j’en ai également appris plus sur la famille royale », précise la Toulousaine au HuffPost. À coups de documentaires, d’émissions et de séries comme The Crown, qui retrace l’histoire de la famille royale, elle se prend de passion pour la famille royale et Elizabeth II.

Jordy Cordelois aussi est fasciné par ces œuvres culturelles. Âgé de 25 ans, il voue une véritable affection pour la famille royale depuis son enfance. Ne manquant jamais un jubilé ou la moindre apparition télévisuelle, il adressait une lettre à la reine pour chacun de ses anniversaires et n’a pas manqué de lui envoyer une carte de condoléances lors de la mort du Prince Philip. « C’était notre mamie à tous », souligne l’opérateur de fabrication dans une usine de tuiles dans la Marne.

Par sa longévitié mais aussi son histoire personnelle, Elizabeth II donnait l’image d’une femme forte, qui a tout vécu et que rien ne brise. « Qu’on l’apprécie ou non, c’est une femme qui a travaillé pendant la guerre, qui a su reprendre le flambeau de son père alors que la situation fut plus que compliquée. C’est une femme forte qui a eu une vie très mouvementée », argumente Blandine. Forte mais attendrissante, à l’image d’une grand-mère. « On l’a toujours vu apparaître avec ses petits tailleurs colorés, donnant lieu à plein de memes sur internet, elle est iconique ! Puis c’est une dame qui était déjà âgée quand on est né, donc ça lui a donné un côté vulnérable et mignon », ajoute-t-elle.

Un parallèle avec sa propre grand-mère

Pour Blandine, la mort d’Elizabeth II l’a replongé dans souvenirs douloureux. « Ça m’a énormément touché car ma grand-mère lui ressemblait énormément, autant physiquement que dans l’attitude, explique la conseillère en parfumerie et prothésiste ongulaire. C’était même devenu une blague dans la famille. On lui offrait des cartes postales à l’image de la reine dès qu’on en trouvait car ça lui faisait beaucoup rire d’être son sosie. En plus, elles sont nées la même année ! ». La jeune femme de 20 ans a perdu sa grand-mère il y a 4 ans mais se disait qu’il y avait « toujours la reine pour [se] la rappeler ».

Cette pensée est partagée par Jordy, dont cette fascination pour la reine vient du fait qu’elle lui rappelle « [sa] petite mamie super douce ». « Elle avait toutes les caractéristiques d’une grand-mère discrète et calme, qui ne souhaitait pas régler les polémiques en public raconte le jeune homme. Elle incarnait la stabilité et l’autorité dans un monde si complexe ». À l’image, par exemple, de son allocution télévisée historique en avril 2020, en pleine crise de Covid-19. Âgée de 93 ans, et donc parmi les plus fragiles, elle tenait à rassurer son peuple.

La mort d’Elizabeth II transcende aussi les accointances politiques. Inès, 28 ans, qui se revendique d’extrême gauche et « fermement anti-royaliste », a une place particulière dans son cœur pour la famille royale d’Angleterre. Mariages désapprouvés, adultère, mort prématurée… Autant d’affaires de familles qui n’ont pas épargné la royauté et qui sont communes à de nombreuses familles. « Toutes les générations se sentent concernées, notamment nos mamans avec Lady Diana », ajoute Inès.

Mal aimée par sa grand-mère paternelle, la jeune femme a fait un transfert. « Dans ma tête, Elizabeth II est devenue ma grand-mère, avoue-t-elle. J’avais donc ma grand-mère maternelle et l’autre grand-mère qui était occupée en Angleterre. Elle veillait sur moi à distance. » Pour elle, c’est la fin d’une ère où « tout est instable et tout le sera encore plus ». « Aujourd’hui je suis aussi triste que si j’avais perdu une mamie », souligne la diplômée en histoire de l’art.

« On perd tout un environnement dans lequel on était bien »

Officiellement grand-mère de huit petits-enfants, la reine Elizabeth II était officieusement mamie de millions de personnes. « Cela s’explique d’une part parce qu’elle était en dehors de toute portée libidinale, elle n’a jamais été érotisée, on n’a jamais été confrontés à des images sexualisées d’elle, avance Samuel Dock, psychologue clinicien. C’est le propre des grands-parents ; ils sont situés dans une galaxie protégée. »

Par ailleurs, l’auteur de Le nouveau malaise dans la civilisation, précise que la reine jouait d’une image de vulnérabilité, avec ses chapeaux, ses petites tenues et en étant souvent courbée. « Elle faisait âgée depuis longtemps, pour toute une génération c’est une mamie d’adoption culturelle, analyse-t-il. Symboliquement, il s’agissait de quelqu’un qui devait prendre soin du peuple donc, à travers elle, on perd tout un environnement matriciel dans lequel on était bien. »

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