Pourquoi la distanciation physique me rappelle mon enfance d’immigrée - BLOG

Swetha Regunathan
Swetha Regunathan et ses parents.

BLOG - Au début, je me suis répandue en jérémiades.

Comme tous les New-Yorkais confinés qui ne sont pas en première ligne, j’ai regretté de devoir renoncer à mes projets et mes activités non-essentielles (projections de films et réseautage, verres au bar et cours de cuisine fusion). Comme tant d’autres de mes concitoyens, je m’étais habituée à considérer les lieux publics comme des annexes de mon petit appartement. Que ce soit le bistrot du coin ou le parc où l’on promène son chien, “la vie en-dehors du domicile”, à New York, c’est la vie tout court. Rien n’aurait pu me préparer à l’impact psychologique de la deuxième grande récession économique de ma génération, de la vision de ma ville en état de siège et d’un nombre de morts toujours croissant. Rien ne pouvait me donner davantage envie de sortir pour retrouver mes amis et m’apitoyer avec eux sur notre sort.

Mais alors que le COVID-19 entame sa dixième semaine de dévastation, je ne peux m’empêcher de remarquer combien il est facile pour quelqu’un comme moi – une Indo-Américaine de première génération – de se tenir éloigné de la sphère publique pendant de longues périodes. Aujourd’hui, pour le meilleur ou pour le pire, je me sens étrangement bien armée pour supporter trois à cinq mois de relations humaines purement virtuelles, un mètre de distance avec les autres dans l’espace public et une vie quasi monacale. Il y a dans mon éducation quelque chose de particulièrement adapté à la vie en quarantaine, et j’ai enfin l’occasion de me confronter à cette réalité.

Mes parents ont immigré en Amérique du Nord quand j’étais bébé, d’abord au Canada puis dans la région du Grand New York. Comme beaucoup d’immigrants indiens de leur génération, ils avaient fait un mariage arrangé, et après que mon père a obtenu un poste de chercheur postdoctoral à Montréal, ils ont échangé leurs douces soirées dans la véranda contre de longs mois de neige. Mais ils venaient l’un et l’autre d’une communauté tamoule de Brahmanes 100%...

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