Pourquoi Darmanin a demandé la fermeture de la mosquée de Pantin?

Esther Paolini avec AFP
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La Grande mosquée de Pantin, le 20 octobre 2020. - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP
La Grande mosquée de Pantin, le 20 octobre 2020. - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Dimanche, deux jours après l'attentat contre Samuel Paty, Emmanuel Macron avait demandé à ses ministres d'apporter "des actions immédiates" pour lutter contre l'islamisme radical. Le lendemain, Gérald Darmanin a annoncé la fermeture à venir de la mosquée de Pantin, promettant par ailleurs "une guerre contre les ennemis de la République". Cette dernière sera effective dès mercredi soir.

"Une maladresse"

Situé en banlieue nord de Paris, l'établissement est dans le viseur des autorités pour deux motifs. D'abord, parce que la mosqué a partagé sur sa page Facebook, le 9 octobre, une vidéo montrant le père d'une élève de 4ème du collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), indigné à la suite d'un cours sur la liberté d'expression dispensé le 5 octobre par Samuel Paty.

Une semaine plus tard, le professeur d'histoire-géographie était décapité par Abdoullakh Abouyezidovitch, dans une rue entre le collège et son domicile. Son responsable, M'hammed Henniche a reconnu lundi "une maladresse".

"Je ne valide pas la première partie (de la vidéo) dans laquelle il parle des caricatures, mais la deuxième partie, quand les musulmans ont été pointés dans la classe", a fait "peur" à de nombreux musulmans, craignant "le début d'une nouvelle discrimination", a expliqué M'hammed Henniche, également secrétaire général de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93).

La personnalité trouble de l'imam Doucouré

Ensuite, parce que le lieu de culte, fréquenté par environ 1300 fidèles, accueille un imam proche de l'islamisme radical. L'arrêté préfectoral indique que la décision de fermeture s'appuie sur les "liens avec le salafisme" qu'entretient la mosquée, sa fréquentation par "des personnes impliquées dans la mouvance djihadiste" et la personnalité trouble d'un imam, Ibrahim Doucouré.

"Impliqué dans la mouvance islamiste radicale d'Ile-de-France", formé pendant deux ans dans un "institut fondamentaliste" au Yémen, le responsable religieux a également scolarisé trois de ses enfants dans une école clandestine, à Bobigny.

Cette école, pilotée par l'association "Apprendre et Comprendre", a été fermée le 8 octobre par la préfecture de Seine-Saint-Denis, dénonçant des "conditions inqualifiables" et un fonctionnement "hors de la loi et des principes républicains".

De nombreux jeunes fidèles livrent des avis très positifs sur cet imam: "très bien", "apaisé", "tout ce qui sort de sa bouche, c'est bienveillant", affirment-ils. Mais d'autres, plus âgés, ne dépeignent pas le même homme.

"Je n'aime pas ici, il y a des islamo mais je peux rien dire, je vais avoir un problème", souffle un homme qui préfère rester anonyme.

M'hammed Henniche a reçu l'arrêté lundi par trois policiers. S'il n'exerce pas de recours administratif contre la décision, la mosquée sera fermée dès mercredi, et ce, pour six mois.

Article original publié sur BFMTV.com