Pourquoi comparer le populisme aux années trente n'a aucun sens

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Un lieu commun : voilà ce que sont devenues les années trente. Depuis la montée en puissance des démocraties illibérales, la multiplication des frondes sociales, l’irruption tonitruante de Donald Trump et le Brexit arraché par Boris Johnson, la référence aux années trente est la marotte des débats intellectuels. Et c’est à chaque fois la même chanson : le populisme comme signe d’implosion de la démocratie, irradiée par un autoritarisme tout droit sorti des limbes tragiques de l’entre-deux guerres. A coup de rapprochements et d’analogies, de leçons et de mises en garde, d’impératifs mémoriels et de souvenirs traumatiques, le spectre des années trente est brandi pour disqualifier toute critique à l’égard de l’éden démocratique contemporain. Comme si un bref coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire prouvait que le populisme a pour corollaire systématique la destruction de l’État de droit et des libertés individuelles.

Le populisme n'est pas le fascisme

Mais c’est là doublement se fourvoyer. D’abord parce que réduire les populismes d’aujourd’hui au fascisme d’antan revient à les faire rentrer au chausse-pied dans les catégories figées du passé. Or, comme chacun sait, on se baigne rarement deux fois dans le même fleuve. Ensuite et surtout, loin du poupon fragile exposé aux premiers frimas, l’État de droit s’est justement doté, depuis la Seconde Guerre mondiale, de mécanismes de défense gravés dans les textes et sanctifiés par les tribunaux. Jusqu’à devenir la marque distinctive des démocraties occidentales. N’en déplaise aux craintifs de tous bords et aux apôtres du



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