Pourquoi ces universitaires colorent leurs réseaux sociaux en noir

Anthony Berthelier
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
Pourquoi ces universitaires français colorent leurs réseaux sociaux en noir (photo d'illustration prise le 30 janvier à Tours) (Photo: GUILLAUME SOUVANT / AFP)
Pourquoi ces universitaires français colorent leurs réseaux sociaux en noir (photo d'illustration prise le 30 janvier à Tours) (Photo: GUILLAUME SOUVANT / AFP)

POLITIQUE - C’est une mobilisation qui a commencé il y a dix mois. Elle prend un nouveau tour, ce jeudi 12 novembre, sur les réseaux sociaux. Des universitaires, professeurs ou enseignants-chercheurs hostiles à la politique du gouvernement ornent leur compte Twitter d’un écran noir, dans la lignée des nombreuses actions menées par les syndicats et collectifs contre la loi de programmation de la recherche.

Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans la rue début mars, mais le confinement a porté un gros coup d’arrêt au mouvement. Tout comme la rentrée universitaire délicate, sous la menace du Covid-19.

Cette mobilisation numérique, à l’appel de 170 professeurs ou maîtres de conférence, vient donc rappeler la colère d’une partie du monde universitaire, alors que le Parlement s’apprête à définitivement adopter une réforme qui va “précariser” la recherche française selon nombre d’entre eux.

“Indignés du contenu et des conditions d’adoption du projet de loi de programmation de la recherche”, ces 170 universitaires, profs de droits ou de sciences politiques, demandent au Conseil national des universités -dans un courrier relayé par le site spécialisé Academia.hypotheses.org- d’appeler “l’ensemble des collègues relevant de ces sections à éteindre leurs écrans et à entrer en grève de vendredi 13 novembre à mardi 17 novembre, date de l’adoption de la loi par l’Assemblée.”

Contactés par Le HuffPost, plusieurs de ces signataires n’ont pas donné suite. Mais dans le détail, les griefs contre le projet du gouvernement sont nombreux.

Budget, statut, délit d’entrave...

Au-delà du budget “en trompe-l’œil” pour les syndicats, c’est la philosophie même du texte qui est décriée et sa mesure phare visant à distribuer les nouveaux financements principalement par appels à projets, en renflouant l’Agence nationale de la recherche à hauteur d’un milliard d’euros.

Pour les syndicats, cela se fera au détriment des financements pérennes, dits “de base”. Et cela pousserait vers une recherche “compétitive et sélective” au profit de quelques-uns, en nuisant à la liberté académique.

Point majeur de crispation: la mise en place de voies de recrutements parallèles, perçue par les opposants au texte comme une attaque du statut de fonctionnaire. La commission permanente du Conseil national des universités, chargée de valider les candidatures et d’attribuer les qualifications, a même parlé “d’affront” au début du mois de novembre.

Et ce n’est pas tout. Nombre d’universitaires se plaignent d’un amendement adopté par le Sénat et repris dans le texte final, qui crée un délit de “trouble à la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement”. Un délit qui pourrait être passible de trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende s’il est commis en réunion, comme c’est le cas lors de mouvements sociaux ou d’occupations de sites universitaires.

Frédérique Vidal défend un projet “du réel

“La création d’un délit nouveau d’atteinte au bon ordre des établissements nous semble, en particulier, devoir appeler une réaction collective forte de toutes nos instances”, s’alarment par exemple les 170 universitaires dans leur missive.

De son côté, la majorité vante un projet “historique”, une programmation sur dix ans qui “va changer la donne pour nos chercheurs parce que c’est une programmation du réel, (...) ancrée dans la réalité budgétaire nationale et européenne”, selon les mots de la ministre Frédérique Vidal, le 28 octobre au Sénat.

L’exécutif considère que cette loi va permettre à la seule recherche publique d’atteindre 1% du PIB en 2030, niveau auquel le pays s’était engagé il y a 20 ans. Une part importante vise à revaloriser les carrières des chercheurs pour les rendre plus attractives.

Le texte “engage un véritable choc d’attractivité des carrières scientifiques et ce dès le doctorat”, affirmait encore la ministre de l’Enseignement supérieur devant les sénateurs, défendant les nouveaux dispositifs de recrutement qu’il propose, à travers lesquels la gauche et les syndicats craignent une précarisation. Elles “n’ont pas vocation à se substituer au parcours académique classique”, expliquait Frédérique Vidal, sans visiblement parvenir à calmer les inquiétudes.

À voir également sur Le HuffPost: Plusieurs milliers de chercheurs dans la rue contre un projet de loi jugé défavorable

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.