Pourquoi la cause animale s'annonce comme un sujet-clé de la campagne présidentielle

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Emmanuel Macron et son chien Nemo, le 28 août 2017, à l'Elysée.  - Ludovic Marin - AFP
Emmanuel Macron et son chien Nemo, le 28 août 2017, à l'Elysée. - Ludovic Marin - AFP

En cette journée mondiale des animaux, Emmanuel Macron se rendait ce lundi à Gray, en Haute-Saône, au refuge de la SPA Saint-Adrien consacré aux chiens et chats. Une visite dédiée à la lutte contre les maltraitances animales, dans un département qui n'a pas reçu de visite présidentielle depuis le général de Gaulle, souligne L'Est Républicain.

Le bien-être animal apparaît comme étant une préoccupation importante des Français. En janvier dernier, 69% d'entre eux estimaient que les politiques ne défendaient pas suffisamment bien les animaux, selon un sondage Ifop réalisé pour la Fondation 30 millions d'amis. D'après cette même enquête d'opinion, ils étaient 89% à se déclarer contre toute expérimentation animale, 85% pour l'interdiction de l'élevage intensif, 77% contre la chasse à courre, 75% contre les corridas et 72% contre la présence d'animaux sauvages dans les cirques.

52% des Français ont un animal de compagnie

D'autant que les Français sont nombreux à avoir adopté un animal de compagnie. En juin 2020, selon un précédent sondage Ifop pour le site Woopets, ils étaient 52% à en détenir un.

À cela s'ajoute le score du Parti animaliste, créé en 2016, qui lors des élections européennes de 2019 avait récolté 2,16% des suffrages, se hissant quasiment au niveau de la liste de l'UDI et des communistes, sans toutefois emporter de siège à la Cour de Strasbourg.

"Très clairement, il y a un avant et un après", confirmait fin septembre Douchka Markovic, co-fondatrice du parti, à l'AFP. "Ce n'est plus un sujet de niche, c'est un vrai sujet. On a décomplexé les politiques, et des députés se sentent libres de porter des choses", soutenait-elle.

Preuve de ce poids croissant, le jeune parti créé en 2016 compte présenter une candidate à la présidentielle de 2022, Hélène Thouy.

Dans un entretien accordé au JDD ce dimanche, le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot déclarait de son côté que s'il était élu, sa première mesure à l'Élysée serait d'engager "la sortie de l'élevage industriel" et d'"interdire l'élevage en cage".

Record d'abandons cet été

Un paradoxe toutefois: si nombre de Français affichent leur préoccupation vis-à-vis de la cause animale, le nombre d'abandons d'animaux de compagnie était en forte hausse au cours de l'été 2021, marquant une augmentation de 7% par rapport à 2019, avec quelque 12.500 abandons entre le début du mois de mai et le mois d'août, pour finalement s'établir à plus de 16.000 à la fin de l'été, un record.

La visibilité de la cause animale s'inscrit aussi dans le contexte des actions associatives, qui depuis cinq ans, par exemple pour L214, diffusent des vidéos choc tournées à l'intérieur des abattoirs, et mettent en lumière des pratiques qui heurtent l'opinion publique.

La visite d'Emmanuel Macron à Gray intervient alors que le Sénat, à majorité Les Républicains (LR), a voté jeudi une proposition de loi contre la maltraitance animale soutenue par le gouvernement, dans une version édulcorée par rapport au vote des députés.

Pour notre éditorialiste Matthieu Croissandeau, toute prise de position sur le sujet relève toutefois de l'exercice d'équilibriste.

"Même si la cause animale rassemble, dès qu'on rentre dans les détails, ça met en jeu des intérêts électoraux divergents. C'est difficile de se mettre à dos les amateurs de corrida, les chasseurs, les cirques", explique-t-il.

Un inconfort politique à l'origine, selon lui, du détricotage de la loi par les sénateurs.

"Ils autorisent notamment les animaleries, alors que les députés voulaient les interdire. Pire, ils ont rétabli l'autorisation pour les cirques itinérants d'avoir des animaux sauvages ou des dauphins dans les delphinariums", souligne Matthieu Croissandeau.

Signaux en direction des chasseurs

Une ambivalence qu'on retrouve également dans la politique gouvernementale concernant le bien-être animal. Si le Conseil d'État a suspendu certaines méthodes de chasse traditionnelle des oiseaux, à l'instar de la chasse à la glu, au début du mois de juillet, la déclarant contraire au droit européen, des consultations publiques ont été ouvertes par le ministère de la Transition écologique au sujet des quotas de ces chasses dans plusieurs départements. Des consultations qui prendront fin ce mercredi.

Ces consultations avaient été lancées le 15 septembre dernier, soit deux jours avant les manifestations de chasseurs contre l'interdiction de certaines chasses, afin de défendre "un monde rural qui se sent menacé", arguaient les organisateurs.

"Aujourd'hui, on est à la SPA avec le président. Le 6 octobre, on verra si le gouvernement rétablit des méthodes de chasse traditionnelles", pointe Matthieu Croissandeau.

Fin 2019, le gouvernement avait décidé l'interdiction de la castration à vif des porcelets. La mesure doit prendre effet prochainement, à compter du 1er janvier 2022. Dans le même temps, l'exécutif avait déjà envoyé des signaux positifs aux chasseurs, un électorat courtisé auquel le chef de l'État avait consenti une baisse du prix du permis national de chasse, le passant en 2019 de 400 à 205 euros.

Thématique disputée

La visite d'Emmanuel Macron dans un refuge pour animaux n'est pas une première depuis qu'il a accédé à l'Élysée. En 2017, dans la foulée de son élection, le couple présidentiel avait adopté Nemo, un chien issu d'un croisement entre un labrador et un griffon, dans un refuge de la SPA de Tulle, en Corrèze.

L'animal est apparu depuis en diverses occasions, en photo sur le perron de l'Élysée au côté d'Emmanuel Macron lors d'une visite officielle, ou même franchement mis en scène dans une vidéo, en décembre 2019, pour sensibiliser aux abandons d'animaux et accompagner l'annonce d'un plan d'action de 20 millions d'euros pour favoriser l'adoption.

Une préoccupation chère aux Français donc, qui s'impose comme une thématique électorale grandissante. D'autant que d'autres politiques ont déjà investi ce terrain-là, à commencer par Marine Le Pen, finaliste de la présidentielle de 2017 et bien placée en vue de 2022, qui évoque régulièrement son amour des chats.

Article original publié sur BFMTV.com

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