Pourquoi la candidature de Taha Bouhafs aux législatives a tourné à l'échec

Taha Bouhafs photographié au Tribunal de Grande instance de Créteil en juin 2019 (illustration) (Photo: NurPhoto via Getty Images)
Taha Bouhafs photographié au Tribunal de Grande instance de Créteil en juin 2019 (illustration) (Photo: NurPhoto via Getty Images)

Taha Bouhafs photographié au Tribunal de Grande instance de Créteil en juin 2019 (illustration) (Photo: NurPhoto via Getty Images)

POLITIQUE - “Une meute s’est acharnée contre lui”. Voilà comment Jean-Luc Mélenchon voit les choses, après que Taha Bouhafs a décidé de jeter l’éponge. Prise dans une “tempête d’attaques”, cette figure controversée du monde médiatico-politique renonce à porter les couleurs de la NUPES dans la 14e circonscription du Rhône aux élections législatives.

Le jeune homme de 25 ans a publié un communiqué dans la soirée du lundi 9 au mardi 10 mai pour s’en expliquer. “Tous les jours, une nouvelle calomnie, une nouvelle insulte, une nouvelle menace de mort, une nouvelle accusation”, regrette Taha Bouhafs, affirmant qu’il n’a pas “eu l’autorisation de répondre, ne serait-ce que pour défendre [sa] dignité”.

Un “constat d’échec” pour Alexis Corbière qui, à l’image d’autres insoumis, regrette la tournure prise par cette candidature particulièrement clivante. Car l’ancien journaliste est loin d’être une personnalité consensuelle, notamment à gauche. Lundi, c’est l’ex-candidat communiste à l’élection présidentielle, Fabien Roussel, qui se disait opposé à sa candidature.

“Je ne comprends pas que LFI puisse présenter sous ses couleurs quelqu’un qui a été condamné en première instance pour injure raciale”, jugeait le député du Nord, en référence à l’amende de 1500 euros dont Taha Bouhafs a écopé pour injure publique (et non “injure raciale”) après avoir qualifié la syndicaliste policière, Linda Kebab, d’“Arabe de service”. Une condamnation dont il a interjeté appel, mais qui n’est que l’une des (nombreuses) turpitudes reprochées à Taha Bouhafs, déjà candidat pour la France insoumise en 2017, à l’âge de 19 ans.

Abonné aux polémiques

Très actif durant les mouvements étudiants du printemps 2018, celui qui était alors un militant déjà influent, avait relayé la fake news, faisant état d’un blessé grave après une intervention policière musclée sur le site de Tolbiac. Une période durant laquelle l’activiste est lui-même filmé en train d’insulter des policiers. Gilbert Collard, alors député Front national, prend un malin plaisir à partager la vidéo, qui vaut à Taha Bouhafs un bad buzz en bonne et due forme. Le premier d’une très longue série.

À plusieurs reprises, celui qui trace sa route en qualité de journaliste “engagé” dès l’année suivante provoque de nombreuses polémiques sur Twitter, un réseau social où son ton provocateur lui attire autant d’adeptes que de d’adversaires. En février 2019, Taha Bouhafs s’en prend à Benoît Hamon, qui venait de publier un tweet de soutien à Alain Finkielkraut après que ce dernier a été viré d’une manifestation aux cris de “sale sioniste”.

Réponse du jeune activiste: “Sacré Benoît, c’est bientôt le dîner du Crif, et tu n’as pas envie d’être privé de petits fours”. La Licra y voit un jeu de mots “nauséeux” digne de Jean-Marie Le Pen et le prend à partie sur les réseaux sociaux. Nouvelle polémique.

Des histoires de ce genre, Taha Bouhafs les collectionne. Au point qu’elles font l’objet d’une compilation de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui a publié une série de tweets contre la candidature “dangereuse” de Taha Bouhafs.

Régulièrement ciblé par l’extrême droite, houspillé par nombre d’éditorialistes qui lui reprochent son positionnement sur Charlie Hebdo ou les violences policières, Taha Bouhafs assure de son côté vouloir défendre les faibles face aux puissants. “Ceux qui ne sont rien”, pour reprendre l’expression polémique d’Emmanuel Macron que le militant a choisi comme titre de son livre (Éd. La Découverte). Raison pour laquelle il compte à plusieurs reprises sur le soutien de piliers de la France insoumise, dont le député Éric Coquerel, qui le présente comme son “ami”.

Il faut dire que la galaxie insoumise a de quoi regarder avec bienveillance le jeune homme, qui compte plusieurs révélations à son actif. C’est Taha Bouhafs qui a filmé Alexandre Benalla en train de molester des manifestants le 1er mai 2018 (et que Le Monde identifiera plus tard comme un collaborateur d’Emmanuel Macron). C’est également Taha Bouhafs qui a révélé les propos racistes de policiers, provoquant une enquête de l’IGPN et débouchant sur des condamnations.

“Tirs de barrage”

Pour autant, même dans ses activités journalistiques, l’intéressé divise. En janvier 2020, alors que la réforme des retraites est contestée dans la rue, il révèle sur Twitter se situer à seulement 3 rangs derrière le couple Macron au théâtre des Bouffes du Nord. Avec ce commentaire: “Quelque chose se prépare... la soirée risque d’être mouvementée”.

Plusieurs élus LREM l’accusent d’avoir “appelé au lynchage” du président de la République. Taha Bouhafs avait d’ailleurs été placé en garde à vue, alors que des manifestants se dirigeaient vers la salle parisienne, conduisant à l’évacuation du chef de l’État et de son épouse. Des controverses qui sont immédiatement remontées à la surface au moment où la France insoumise a officialisé sa candidature dans une circonscription jugée gagnable pour la formation mélenchoniste.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, le jeune homme a fait face d’intenses tirs de barrage. Outre ses habituels détracteurs, Michèle Picard, la maire communiste de Vénissieux -ville incluse dans la 14e circonscription- a annoncé maintenir sa candidature, en dépit de l’accord scellé par la NUPES. Une levée de boucliers que Taha Bouhafs n’a pas réussi à surmonter.

“J’ai été soutenu, pas assez pour tenir, mais assez pour être reconnaissant. J’espère que cette déclaration ne vous fera pas baisser les bras. Continuez à vous battre. Pour ma part, j’ai essayé mais je n’y arrive plus”, écrit-il dans son communiqué. Après son annonce, beaucoup à gauche regrettent sa décision. ”“Il aurait fait un très bon député”, a déploré le patron des écolos, Julien Bayou, dénonçant un ”échec collectif”. ”À 25 ans c’est lourd de vivre avec des menaces de mort et des mises en cause publiques quotidiennes. Je m’en veux de ne pas avoir su le réconforter autant que nécessaire”, a réagi Jean-Luc Mélenchon.

À voir également sur Le HuffPost: Comment prononcer NUPES? Ces militants ne sont pas (encore) d’accord

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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