Pourquoi aider l’automobile ?

Suis-je vraiment le seul à m’étonner d’entendre parler, en 2008, de nationalisation de l’industrie automobile suédoise ­[mi-décembre, le gouvernement suédois a annoncé une aide de 2,6 milliards d’euros pour Saab et Volvo]. Ne ferait-il pas mieux de soutenir des secteurs plus innovants ? Que Lars Ohly [le président du Parti de gauche] l’évoque n’est pas étonnant. Il rêve sans doute d’une version locale de la Trabant, la voiture officielle de la RDA, devant laquelle il pourrait se faire tirer solennellement le portrait. Mais y a-t-il vraiment d’autres Suédois pour partager ce rêve ?

Ce qui surprend presque tout autant est que si peu de Suédois osent avoir un débat de fond. Je les comprends un peu. On ne parle pas théorie quand des hommes et leurs emplois sont en danger. Le problème est que, en l’absence de discussion de fond pour savoir si la propriété privée doit servir de base à la liberté, et donc à la démocratie, l’ensemble du débat risque de dégénérer en querelle nationaliste aux accents passéistes. “Il faut sauver les emplois suédois.” Aaah ! Parfait. Continuez donc à sauver les emplois d’une industrie qui n’a pas encore compris de quel côté de la catastrophe écologique nous nous trouvons. La restructuration profonde, nécessaire, de l’industrie automobile se fera sûrement toute seule. Et plus vite encore si vous continuez à injecter toujours plus d’argent dans des entreprises “suédoises” comme Saab [filiale de l’américain General Motors, tandis que Volvo appartient à Ford].

Ou, si l’on prend un exemple à l’autre extrémité de l’échiquier politique : “L’Etat n’est pas un propriétaire compétent.” Ah non ? Voilà qui est rassurant. Surtout si l’on songe qu’il possède 52 entreprises, soit près de 190 000 salariés, pour un chiffre d’affaires cumulé d’environ 30 milliards d’euros. Et que ce gouvernement [de droite] a décidé de laisser la plupart d’entre elles entre les mains d’un “propriétaire incompétent”. Le vrai problème de ce débat est que nous ne débattons plus des principes ni des idéologies. Personne n’ose citer l’affirmation de Marx selon laquelle la propriété privée est source d’inégalités. Et personne n’avance le contre-argument de Locke ou de Hayek, selon lequel la propriété publique réduit, menace et enfreint les libertés individuelles. Tant que personne n’osera discuter, par exemple, la théorie d’Amartya Sen selon laquelle les libertés – politiques, économiques, sociales et civiles – se renforcent mutuellement, nous évoluerons dans une forêt d’arguments nébuleux.

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