Pourquoi les États-Unis ont envoyé une équipe d'archéologues dans un village de Meurthe-et-Moselle?

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Les archéologues britanniques sur le site de fouilles de Bainville-aux-Miroirs. - BFMTV
Les archéologues britanniques sur le site de fouilles de Bainville-aux-Miroirs. - BFMTV

Dans le petit village de Bainville-aux-Miroirs, en Meurthe-et-Moselle, des archéologues britanniques ont investi depuis quinze jours la parcelle d'un champ. Les chercheurs, envoyés par les États-Unis, ont pour mission de retrouver les restes de deux soldats américains de la Seconde Guerre Mondiale, tués en septembre 1944 dans le crash de leur avion.

En pleine Seconde Guerre Mondiale le 16 septembre 1944, un immense bombardier B-24J Liberator américain s'est écrasé de nuit au beau milieu d'un champ de la petite commune du sud du département. L'avion, parti d'une base aérienne anglaise, s'apprêtait à parachuter des conteneurs d'armes et de matériel militaire à la Résistance française dans les environs de Strasbourg lorsqu'il a été la cible d'un tir d'un bataillon américain basé à Lebeuville.

Car non loin de Bainville-aux-Miroirs se trouvait un maquis majeur de la résistance, situé dans le village voisin de Leménil-Mitry. Là, les quelques 800 résistants du groupe Lorraine 42 (GL 42) jouait un important rôle de collecte et d'exploitations de renseignements, ainsi que des opérations de guidage.

L'avion enfoncé dans le sol par la violence du choc

Touché par le tir, le bombardier s'écrase au sol avant de prendre feu. Avant son accident, l'appareil volait à basse altitude et il n'aurait pas tenu compte d'une transmission qui aurait permis de l'identifier comme ami ou ennemi. À l'époque, seuls deux des huit membres de l'équipage survivent à l'acccident.

Le pilote et l'opérateur radio de l'avion parviennent à s'extraire de l'appareil en sautant en parachute, mais les six autres membres de l'équipage périssent à bord. Depuis, les dépouilles de quatre de ces victimes ont d'ores-et-déjà pu être extraites de la carcasse de l'avion. Mais l'avion s'étant assez largement enfoncé dans le sol par la violence du choc, les deux personnes qui se trouvaient à l'avant sont restées bloquées à l'avant de l'avion, et leurs dépouilles n'ont à l'époque pas pu être sorties de la carcasse restée enfouie sous terre.

Mais depuis la mi-octobre, une équipe d'une quinzaine de personnes (des archéologues de l'entreprise britannique Geoscope ainsi qu'un groupe de bénévoles) sont donc à l'oeuvre pour tenter de mettre la main sur les ossements de ces deux membres manquants de l'équipage. Il s'agit, selon eux, des restes d'un navigateur nommé George F. Bradbury, et d'un artilleur de queue du nom de James G. Pirtle.

L'entreprise a été dépêchée par la DPAA, une agence du département américain de la Défense chargée de chercher les Américains disparus à travers le monde. Pour repérer les lieux, les services américains avaient déjà fait le déplacement à Bainville-aux-Miroirs en 2013 afin d'effectuer une enquête in situ et d'identifier la zone précise de recherche.

"C'est assez difficile. On creuse jusqu'à deux mètres de profondeur sur 30 mètres de largeur mais les sols et les conditions ne sont pas idéales", confie à BFMTV.com l'anglais Tim Fletcher, achéologue principal de la mission. "Il a fait beau pendant quelques jours mais là, il pleut depuis une petite semaine donc les sols sont très humides".

"Une histoire qui fait partie du patrimoine local"

Si l'archéologue Tim Fletcher assure être "très satisfait" des vestiges découverts dans le cadre de ces fouilles, l'équipe de chercheurs britannique reste très prudente sur le nombre et la qualité des éléments jusqu'alors sortis de terre, et refuse de dire si des ossements ont été retrouvés. Mais ce qui est sûr, c'est que pendant les 10 jours de fouilles qu'ils leur restent, ils comptent bien "sortir davantage de vestiges".

"C'est assez impressionant", raconte à BFMTV.com Brigitte Meyer, maire de la commune, qui suit les fouilles de près. "Ils mettent régulièrement des choses au jour, comme des conteneurs plein de munitions et d'armes, mais aussi des équipements, des bottes ou des médicaments".

Pourtant, "le temps avait fait son travail", s'étonne l'élue de la petite commune de quelque 350 habitants. "La terre avait pas mal été retournée au fil des années". Selon nos confrères de L'Est Républicain qui ont rapporté l'histoire, l'impact de l'avion au sol avait à l'époque formé un cratère de 2 mètres de profondeur et de 20 mètres de diamètre. Les villageois rapportent que l'incendie avait alors duré deux jours, que le trou avait ensuite été rebouché et les terres à nouveau cultivées.

Ces fouilles, censées durer un mois, "attirent beaucoup d'habitants du village". Il y a un effet de surprise et aussi de curiosité. Pour certains, c'est émouvant d'aller sur le site parce que c'est véritablement une part de leur patrimoine. C'est une histoire locale qui est encore bien ancrée dans les têtes des villageois: certains se souviennent, leurs parents leur ont raconté cette histoire". Il y avait un maquis tout près d'ici.

"Nous recevons beaucoup de visites sur place", rapporte également Tim Fletcher. "Les habitants qui viennent nous voir sont très chaleureux: ils nous racontent des histoires, certains l'ont entendu de leurs parents pendant leur enfance".

La quinzaine d'archéologues a été conviée par la mairie aux traditionnelles commémorations du 11-Novembre, et au pot de l'amitié prévu à Bainville-aux-Miroirs. À l'occasion, ils ne manqueront pas de passer devant la stèle érigée en 1997 en la mémoire des six aviateurs tués dans l'accident.

Article original publié sur BFMTV.com

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