Le Portugal découvre son nouveau gouvernement dans un contexte incertain

Luis Montenegro, nouveau Premier ministre portugais, le 18 mars 2024 à Lisbonne (PATRICIA DE MELO MOREIRA)
Luis Montenegro, nouveau Premier ministre portugais, le 18 mars 2024 à Lisbonne (PATRICIA DE MELO MOREIRA)

Le nouveau Premier ministre portugais, le dirigeant de droite modérée Luis Montenegro, a dévoilé jeudi la composition de son gouvernement, une équipe marquée par son expérience politique qui n'aura pas la vie facile car elle ne dispose pas d'une majorité stable au Parlement.

Invité la semaine dernière à former un exécutif après sa courte victoire aux législatives du 10 mars, M. Montenegro, un avocat de formation âgé de 51 ans, a remis la liste des 17 membres de son exécutif au chef de l'Etat, Marcelo Rebelo de Sousa, quittant ensuite le palais présidentiel sans faire de déclaration aux médias.

Annoncée dans un communiqué de la présidence de la République, sa composition est marquée notamment par la présence de responsables politiques chevronnés aux postes clé des ministères des Finances, de l'Economie ou des Affaires étrangères.

L'eurodéputé Paulo Rangel sera le nouveau chef de la diplomatie portugaise, avec le statut de ministre d'Etat, de même que Joaquim Miranda Sarmento, ancien président du groupe parlementaire du parti de M. Montenegro, qui obtient le portefeuille des Finances.

Pedro Reis, qui a dirigé l'agence pour la promotion des exportations et de l'investissement étranger, est nommé au ministère de l'Economie.

Après huit années de gouvernement socialiste, la nouvelle équipe gouvernementale, qui compte sept femmes, entrera en fonctions mardi prochain et présentera son programme au Parlement la semaine suivante.

M. Montenegro, qui a catégoriquement exclu tout accord avec l'extrême droite, devra composer un gouvernement qui reposera sur un équilibre très fragile après sa courte victoire électorale.

- Risque d'instabilité -

L'AD, qui a remporté les législatives avec 28,8% des suffrages, compte 80 députés sur un total de 230, contre 28% des voix et 78 sièges pour le Parti socialiste, tandis que le parti d'extrême droite Chega ("Assez" en portugais) a renforcé de manière spectaculaire son statut de troisième force politique du pays en passant de 12 à 50 députés.

Cette fragmentation politique pourrait être source d'instabilité, comme l'a illustré mardi l'élection du nouveau président de l'hémicycle.

A peine investi, le Parlement s'est retrouvé dans l'impasse, les députés échouant à plusieurs reprises à choisir leur président, avant de parvenir à un accord mercredi pour une présidence répartie entre les deux principaux partis.

José Pedro Aguiar-Branco, député du PSD, dirigera ainsi les travaux du Parlement jusqu'en septembre 2026, la présidence revenant ensuite aux socialistes.

Sur le plan économique et financier, le nouveau gouvernement bénéficiera, en revanche, d'une conjoncture plus positive, comme en témoignent un taux de chômage historiquement bas, une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro ou l'excédent budgétaire de 1,2% du PIB dégagé l'an ou une croissance supérieur.

C'est seulement la deuxième fois depuis la Révolution des Œillets de 1974, dont le Portugal célèbrera le cinquantenaire dans un mois, que l'Etat portugais dégage un excédent annuel.

Le Premier ministre sortant, le socialiste Antonio Costa, qui s'est entretenu avec son successeur mercredi pour préparer la passation, a affirmé quitter le pouvoir avec "le sens du devoir accompli", malgré quelques dossiers où il aurait aimé avoir "avancé davantage", comme la santé.

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