Le portrait sans concession de l'accusé d'un féminicide aux assises du Puy-en-Velay

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"Fainéant", "alcoolique", "infidèle": la famille de Sylvia Bouchet, tuée par son ex-conjoint en 2018, a dressé un portrait sans concession de l'accusé

"Fainéant", "alcoolique", "infidèle": la famille de Sylvia Bouchet, tuée par son ex-conjoint en 2018, a dressé un portrait sans concession de l'accusé, par ailleurs ébranlé par le témoignage poignant de ses enfants jeudi aux assises du Puy-en-Velay.

Le 9 novembre 2018, après avoir appris qu'il serait jugé pour violences conjugales, Ludovic Dimec avait frappé son ex-conjointe et l'avait précipitée du haut du barrage de Lavalette (Haute-Loire).

Séparé depuis plusieurs mois, le couple était toujours associé dans l'élevage de rongeurs qu'il gérait ensemble à Lapte (Haute-Loire).

"J'espère qu'il n'aura pas de remise de peine, ma fille n'en aura pas, elle est sous terre", a témoigné à la barre le père de la victime, Roger Bouchet, 83 ans.

Mercredi, l'accusé, 49 ans, avait admis sa responsabilité dans la mort de Sylvia Bouchet et décrit sa descente aux enfers, entre son alcoolisme qui l'aidait à supporter les douleurs d'une fibromyalgie et sa dépression.

Il avait appris peu avant les faits l'existence d'un nouveau compagnon et se sentait "acculé", selon l'instruction.

"Ma fille se démenait toujours", a confirmé la mère de la victime, une photo d'elle épinglée sur ses vêtements.

"A la fois trompeur et très charmant", Ludovic Dimec était aussi "très paresseux" mais "Sylvia ne voulait pas le charger, elle voulait toujours sauver les apparences", a-t-elle assuré.

Une soeur de la victime, Myriam, a raconté avoir refusé ses avances lorsqu'il était en couple avec sa soeur.

Ludovic Dimec lui avait également envoyé des photos de lui nu et de ses différentes conquêtes, "comme un tableau de chasse", a-t-elle dit, se remémorant un repas de Noël où elle l'avait vu "bousculer" Sylvia lors d'une dispute.

"Quel était le motif des disputes?" questionne la présidente Diane Amacker. "Une jupe trop courte, le fait qu'elle ne s'occupait pas suffisamment de lui...", répond-elle.

-"Je voulais le revoir"-

Alice, une autre de ses trois soeurs, a raconté s'être éloignée un temps en raison des "manières déplacées" de Ludovic Dimec, peignant en parallèle le portrait d'une soeur "toujours accueillante", "toujours souriante", "toujours en forme".

"Moi je veux savoir! Je veux savoir si elle a tenté de se protéger! Je veux savoir si elle était consciente ou inconsciente!", a-t-elle invectivé l'accusé. Celui-ci a maintenu ne pas savoir "si elle respirait" avant de la jeter dans le vide: "elle était inanimée, je peux pas dire plus, je lui ai mis un coup de poing, j'ai paniqué".

Certains amis du couple, dont une de ses maîtresses, ont tenté de nuancer cette image sombre en évoquant "un ami fidèle", "humain", bien qu'"obsédé" par sa séparation ou la nouvelle relation de Sylvia Bouchet.

Dans une ambiance lourde, la Cour a également entendu les enfants de l'accusé âgés de 13, 17 et 19 ans, qui ont reconstitué à la barre leurs souvenirs parfois fragiles du jour du drame.

Leur mère n'était pas venue les chercher comme convenu après l'école: ils avaient alors appelé leur père, qui les avait récupérés comme si de rien n'était, quelques heures après les faits.

"Comment était-il?", demande la présidente. "Normal", répond l'ainée, se souvenant qu'il l'avait questionnée sur le nouveau compagnon de sa mère.

La jeune fille, qui suit des études d'infirmière, a décrit "les embrouilles" entre ses parents, les "cris" et les insultes à l'encontre de sa mère, disant toutefois ne "jamais avoir vu de coup direct", même si elle a tout de suite soupçonné son père après la découverte du corps.

Les deux plus jeunes enfants ont raconté le jour où Ludovic Dimec avait lacéré leur piscine avec une serpette, et où ils avaient dû s'interposer pour protéger leur mère.

C'est à la suite de cette scène que Sylvia Bouchet avait porté plainte, après une première main courante en avril 2018 pour un coup de pied aux fesses et un début d'étranglement.

Elle avait déclaré que leur séparation fin 2017, après 18 ans de vie commune, n'était pas acceptée par son ex-compagnon.

L'émotion est montée d'un cran avec le témoignage déchirant de la cadette. "Je voulais le revoir", a-t-elle répondu en sanglots à la présidente qui lui demandait ce qu'elle attendait du procès.

Puis faisant face à son père: "Pourquoi? On ne méritait pas ça et elle non plus".

"Pardon", a soufflé l'accusé en pleurs, la tête entre les mains.

Il encourt la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.

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