Le port obligatoire de l'uniforme à l'école, un serpent de mer dans le débat politique

Des lycéens en uniforme à l'internat d'excellence de Sourdun, en Seine-et-Marne, le 5 mars 2012 - Thomas SAMSON - AFP
Des lycéens en uniforme à l'internat d'excellence de Sourdun, en Seine-et-Marne, le 5 mars 2012 - Thomas SAMSON - AFP

L'idée revient régulièrement sur la table, cette fois relancée par le RN. Une proposition de loi imposant le port de l'uniforme dans les écoles et les collèges publics est examinée ce jeudi à l'Assemblée nationale. Si la Première dame Brigitte Macron s'y est dite favorable, l'idée divise au sein de la classe politique.

Depuis plusieurs années, les politiques, principalement de droite mais pas seulement, sont nombreux à évoquer à intervalle régulier le port obligatoire de ce vêtement dans les établissements scolaires. Un serpent de mer, souvent vanté comme moyen de gommer les différences sociales, mais qui masque quelques contre-vérités.

Une rengaine qui revient "tous les 4-5 ans"

"Depuis une petite trentaine d'années, certains politiques sont pris d'une fièvre tous les 4-5 ans" et proposent d'introduire le port obligatoire de ce vêtement aux élèves, résume auprès de BFMTV.com Claude Lelièvre, historien de l'éducation.

De fait, Xavier Darcos, alors ministre délégué à l'Enseignement scolaire, notamment aborde la question en 2003, alors que la mode du string fait notamment débat à l'époque. "Le sujet (du port de l'uniforme obligatoire) mérite d'être débattu", assure-t-il.

Quelques années plus tard, en 2006, François Bayrou, alors président de l'UDF, se prononce sans ambiguïté pour une tenue scolaire commune afin d'"éviter la course aux vêtements chers" et de diminuer l'influence des marques chez les plus jeunes.

Pendant la campagne présidentielle de 2012, l'UMP (ex-Les Républicains) propose, sans parler d'uniforme, d'expérimenter un "vêtement commun" dans les établissements scolaires volontaires. La mesure fait partie d'une liste de 15 propositions destinées à alimenter le projet de Nicolas Sarkozy, futur candidat à l'Élysée.

La rengaine revient encore cinq ans plus tard. Cette fois, ce sont les deux candidats à la présidentielle François Fillon (LR) et Marine Le Pen (RN) qui vantent la mesure. Tout comme le nouveau ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, nommé par Emmanuel Macron, fin 2017.

Un vêtement qui n'a jamais été obligatoire

Si les politiques sont nombreux à appeler en faveur d'un "retour" de l'uniforme à l'école, Claude Lelièvre rappelle que le vêtement n'a jamais été obligatoire dans l'ensemble des écoles de l'Hexagone. L'obligation n'a jamais concerné que certains établissements, essentiellement des "établissements privés primaires et secondaires haut de gamme", indique-t-il, mais aucune loi ne l'imposait.

Globalement, la tenue n'a donc concernée qu'une "minorité" d'élèves, issus de "milieux socio-culturels favorisés", selon l'historien. Le vêtement imposé était par ailleurs bien différent de celui évoqué ces dernières années par la classe politique. Il s'agissait en général d'une blouse et il n'était pas uniformisé sur l'ensemble du territoire, chaque école adoptant sa propre tenue.

Pour le chercheur, la tenue avait d'abord pour fonction de revendiquer un "patriotisme d'établissement", plus qu'un idéal républicain. Les blouses avaient par ailleurs une autre utilité plus prosaïque, celle de protéger les vêtements des taches d'encre, à une époque où l'on écrivait encore à la plume.

Liberté laissée à chaque établissement

Actuellement, chaque établissement scolaire est libre d'imposer ou non le port d'un uniforme à ses élèves. S'il est devenu rare, le vêtement est encore porté dans quelques établissements, notamment privés, mais aussi en Guadeloupe et en Martinique. Sur cette dernière, un tiers des écoles publiques l'imposent.

Ce phénomène, initié dans les années 1970-1980, selon l'historien, s'inspire des îles voisines britanniques, où l'uniforme reste de rigueur.

Chaque établissement scolaire détient par ailleurs une liste de règles régissant la tenue vestimentaire autorisée pour les élèves en son sein.

Article original publié sur BFMTV.com