La population carcérale française atteint un nouveau record

Pierre ROCHICCIOLI
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Une cellule rénovée de la prison des Baumettes à Marseille, le 6 mars 2013

Paris (AFP) - Avec 69.430 personnes incarcérées, le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint un nouveau record au 1er mars, en pleine campagne présidentielle où la question pénitentiaire n'est souvent abordée que par le biais de la construction de nouveaux établissements.

Le précédent record remontait au 1er juillet 2016 quand 69.375 détenus avaient été comptabilisés.

Le nouveau chiffre, annoncé sur le site du ministère de la Justice, se traduit par une augmentation de la surpopulation pénale puisqu'au 1er mars, la capacité des établissements pénitentiaires pour accueillir ces détenus n'était que de 58.664 places opérationnelles. Parmi les détenus, 1.822 étaient installés directement sur des matelas au sol.

Ce record intervient en pleine campagne présidentielle.

A droite, François Fillon a proposé la création de 16.000 places de prison supplémentaires mais dans le même temps il a annoncé des mesures qui vont mécaniquement accroître la population pénale, comme le rétablissement des peines planchers ou la suppression de la contrainte pénale.

Marine Le Pen prône la construction de 40.000 places de prison supplémentaires et l'abrogation de la réforme pénale de Christiane Taubira. Emmanuel Macron a lui fixé la jauge des places à construire à 15.000 mais entend parallèlement supprimer les aménagements automatiques de peines inférieures à deux ans et rendre exécutoires les décisions des premiers juges pour que l'appel ne soit pas "un prétexte à délais", deux mesures inflationnistes pour la population pénale.

A l'inverse, le socialiste Benoît Hamon propose, dans la continuité des lois Taubira, de "sortir de la culture de la détention".

- "La cocotte-minute va exploser" -

L'Observatoire international des prisons (OIP) a dénoncé ce "consensus qui, de l'extrême droite au centre, fait de la construction de nouvelles places de prison la colonne vertébrale de discours toujours plus répressifs" et regretté "la pauvreté des débats en matière de justice pénale".

Pour la contrôleure générale des prisons, Adeline Hazan, la construction de nouveaux établissements pénitentiaires ne sera jamais une réponse suffisante.

Selon elle, tenter "d'enfermer le plus longtemps possible tous les individus considérés comme "déviants", le délinquant, le "fou", en occultant qu'il sortira un jour", relève d'une société apeurée. "Dans ce climat, le législateur comme les juges sont réticents à favoriser les solutions alternatives à la détention. Résultat: la surpopulation carcérale devient le mal français", a-t-elle constaté.

La contrôleure a déploré que le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas qui a "parfaitement analysé" le problème ait "paradoxalement" affecté "la quasi-intégralité des efforts budgétaires" à la construction de nouvelles places au détriment de solutions alternatives à l'incarcération.

Le 28 février, le ministre de la Justice a dévoilé les premières villes d'implantation des nouveaux établissements pénitentiaires promis par l'ancien Premier ministre Manuel Valls pour lutter contre la surpopulation.

Le programme comprend 32 maisons d'arrêt, un centre de détention et 28 quartiers de "préparation à la sortie". Mais il faut en moyenne dix ans pour construire une nouvelle prison.

Ce projet fait suite à un rapport sur l'encellulement individuel, un principe inscrit dans la loi mais jamais respecté, dans lequel M. Urvoas estimait pouvoir atteindre l'objectif de 80% de détenus en cellule individuelles en construisant d'ici à 2025 entre 10.309 et 16.143 cellules.

A Villepinte (Seine-Saint-Denis), la surpopulation carcérale a déjà atteint un seuil critique.

"On arrive quasiment à 200%, on a explosé tous les records", a dénoncé auprès de l'AFP Philippe Kuhn, délégué régional du syndicat SPS surveillants non-gradés.

"Je crains (...) qu'à force d'entasser des détenus dans des cellules, il se passe un évènement tragique, qu'un détenu se fasse zigouiller dans la nuit, une prise d'otage... c'est hallucinant", prévient-il.

Et d'évoquer des détenus qui dorment par terre "comme des chiens", qui se "marchent sur la tête". "Les personnels sont à bout (...) la cocotte-minute va exploser."

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