En Polynésie, Tematai Le Gayic devient à 21 ans le plus jeune député de la Ve République

Tematai Le Gayic, jeune indépendantiste de 21 ans soutenu par la Nupes, a été élu député de la première circonscription de Polynésie, dimanche. Il devient ainsi le plus jeune député de la Ve République à accéder à l'Assemblée nationale.

Le titre était jusque-là détenu par Marion Maréchal, élue en 2017, dans le Vaucluse, à 22 ans. Il revient désormais à Tematai Le Gayic. Le jeune indépendantiste, soutenu par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), a été élu député de la première circonscription de Polynésie dimanche 19 juin, à l'âge de 21 ans. Il partage le titre de plus jeune député de l'Histoire de la Ve République avec Louis Boyard, de quelques mois son aîné, militant LFI et candidat Nupes, élu dans le Val-de-Marne.

Tematai Le Gayic, qui appartient au parti Tavini huira’atira ("servir le peuple") a battu sur le fil Nicole Bouteau, ancienne ministre du travail et du tourisme soutenue par la coalition présidentielle Ensemble ! avec 50,88 % des suffrages exprimés, selon les chiffres communiqués par la préfecture de Polynésie. Il succède ainsi à Maïna Sage (UDI).

C'est une victoire inattendue pour le jeune indépendantiste. Au premier tour, il s'était placé en deuxième position avec 20,10 % des voix contre 41,90 % pour Nicole Bouteau.

Partisan d'une citoyenneté maohi

Né en 2000 à Papeete, Tematai Le Gayic a grandi à Tubuai, une île de l'archipel des Australes, puis à Tahiti. Il a obtenu une double licence en sciences politiques et en histoire à l'université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, avant d'intégrer un master de recherches en sciences politiques à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), suspendu pour mener campagne en Polynésie.

Lors de ses études, il a présidé l'Association des étudiants de Polynésie française (AEPF) puis la Fédération des associations des étudiants de Polynésie française (FAEPF). Il a ainsi lutté contre la précarité étudiante et défendu l'accès à la culture à travers des cours de tahitien et de danse polynésienne.

L'accession à la pleine souveraineté de la Polynésie française constitue le socle de son engagement politique. Il souhaite aussi protéger l'emploi local et la terre, ainsi que proposer une citoyenneté maohi. Il milite aussi pour l'adaptation des études supérieures aux réalités polynésiennes et pour la protection de l'environnement.

Excellent orateur en français comme en tahitien, il a plusieurs fois été primé lors de concours de déclamation et de danse tahitienne. Il a également dirigé un groupe de chant traditionnel.

Victoire indépendantiste en Polynésie

Tematai Le Gayic n'est pas le seul indépendantiste à accéder à l'Assemblée nationale à l'issue de ces élections législatives. Steve Chailloux, lui aussi soutenu par la Nupes, a été élu dans la deuxième circonscription de Polynésie française avec 58,89 % des voix, face au candidat de la majorité présidentielle, Tepuaraurii Teriitahi (41,11 %).

Anthropologue de formation, il est diplômé de l'École des hautes études en Sciences sociales. Il a enseigné la langue tahitienne pendant une dizaine d'années à l'Université de Hawaii avant de revenir à Tahiti, où il a continué à enseigner sa langue aux étudiants locaux. Il a aussi été attaché parlementaire du député indépendantiste Moetai Brotherson.

Steve Chailloux porte volontiers un chapeau de pandanus tressé et un lavalava, un pagne traditionnel océanien. Ses principales prises de position politiques portent sur la décolonisation de la Polynésie française, la préservation de ses langues et de sa culture, la probité des élus et la lutte anti-nucléaire.

Dans la troisième circonscription, la victoire du député sortant, Moetai Brotherson (61,32 %), était plus attendue. Il bat Tuterai Tumahai (38,68 %), un autonomiste novice en politique qui avait surpris en exprimant à plusieurs reprises au cours de la campagne son adhésion aux idées de son adversaire.

Les étiquettes politiques nationales influencent peu les électeurs polynésiens, qui se positionnent surtout en fonction des consignes des partis locaux. Le parti indépendantiste doit aussi sa victoire à un front des oppositions contre la majorité locale.

C’est la première fois que le parti indépendantiste Tavini huira’atira parvient à faire élire plus d’un député, et la première fois qu’il remporte une élection sans alliance. À un an des élections territoriales, le scrutin le plus important en Polynésie française, c’est aussi un avertissement au parti majoritaire et au gouvernement d’Edouard Fritch, mis en difficulté par la crise économique consécutive à l’épidémie de Covid-19.

Avec AFP

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