Pologne: manifestation de soutiens aux juges, victimes des pressions du pouvoir

Des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche soir dans plus d’une centaine de villes du pays pour défendre les magistrats et une justice indépendante.

Avec notre correspondant à Varsovie, Thomas Giraudeau

Depuis plus d’un an et demi, les juges et les procureurs qui osent critiquer les réformes judiciaires menées par le parti Droit et Justice, au pouvoir, sont attaqués. Ils font face à des procédures disciplinaires, créées et contrôlées par le parti au pouvoir, au terme desquelles ils peuvent être suspendus, voire même être radiés de la magistrature. Surcharge de travail, contrôles fiscaux, procédures disciplinaires… Les magistrats rebelles subissent de multiples pressions du pouvoir politique.

À Varsovie, deux mille personnes sont venues les soutenir devant le ministère de la Justice. Michal Bierat, un jeune Varsovien, se sent solidaire. « Si l’indépendance des tribunaux et des magistrats disparaît, alors nous, citoyens, risquons de perdre nos droits. C’est une menace réelle aujourd’hui. Les juges qui défendent notre Constitution sont attaqués. »

Plus loin, Irmina Karowa, une retraitée, tient une bougie dans ses mains, en référence à une manifestation en 2017. Une chaîne de lumière de plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour défendre, déjà, la justice. « C'est très triste de devoir ressortir encore dans la rue. On a vécu sous le communisme, on s'est battu pour une Pologne libre. Et maintenant, 30 ans plus tard, on doit de nouveau se battre pour la même chose. »

Au micro, un juge de Poznan, Bartlomiej Przymusinski, réclame la fin du système disciplinaire, de sanction, créé et contrôlé par le parti au pouvoir. « Nous sommes prêts à subir toutes les conséquences de ce que nous faisons. Mais le plus important pour nous, c’est que l’on puisse se regarder dans une glace et se dire que ce que nous faisons est juste. Et ce que nous faisons maintient la Pologne dans l’Union européenne. »

L’association des juges déposera mi-décembre un projet de loi pour que les magistrats retrouvent leur indépendance. Mais il a peu de chances d’être voté. Le parti à l’origine des réformes a toujours la majorité absolue.