Pologne: qui était Izabela, nouveau visage de la lutte pour le droit à l'avortement?

·3 min de lecture
Izabela, 30 ans, est morte dans un hôpital de Silésie  - BFMTV
Izabela, 30 ans, est morte dans un hôpital de Silésie - BFMTV

876450610001_6280933415001

La colère est forte en Pologne. Samedi, entre 20.000 et 30.000 personnes ont manifesté à Varsovie, ainsi que dans une soixantaine de villes de ce pays d'Europe centrale, afin de montrer leur mécontentement quelques semaines après la mort d'Izabela, a qui un avortement a été refusé.

Pour comprendre la genèse de cette histoire, il convient de remonter quelques mois en arrière. En janvier 2021, le gouvernement conservateur polonais avait annoncé la quasi-interdiction de l'avortement sauf en cas de viol, d'inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger. Le parti au pouvoir, l'ultra-catholique Droit et justice (PiS), avait alors reçu le soutien de la plus haute juridiction du pays, le Tribunal constitutionnel, qui avait entériné le texte et poussé des milliers de manifestants dans les rues polonaises.

Cette interdiction de l'IVG a eu des conséquences tragiques. Le 22 septembre, Izabela, une femme de 30 ans enceinte de 22 semaines, s'est rendue dans un hôpital de Silésie après la rupture de la poche des eaux. Malgré des échographies qui ont révélé des malformations au niveau du foetus, les médecins de l'établissement hospitalier lui ont refusé l'interruption volontaire de grossesse.

876450610001_6227346717001

"C'est l'horreur, ma vie est en danger"

Dans des messages envoyés le même soir à sa mère, Izabela faisait part de son inquiétude quant aux complications qui pourraient survenir.

"L’enfant pèse 485 grammes. Pour l’instant, à cause de la loi sur l’avortement, je dois rester couchée. Et il n’y a rien qu’ils puissent faire. Ils attendront qu’il meure ou jusqu’à ce que quelque chose commence et, sinon, je peux, génial, m’attendre à une septicémie. C’est l’horreur, ma vie est en danger. Et je dois attendre", a-t-elle dit dans ses SMS.

Une fois le foetus mort, les médecins ont procédé à une césarienne sur cette femme mariée depuis 10 ans et déjà mère d'un enfant de 9 ans. Mais la jeune femme, victime d'un choc septique, a succombé à l'opération.

Société fracturée

Le destin tragique d'Izabela a semble-t-il profondément divisé la société polonaise. De son côté, le gouvernement estime que la jeune femme a été victime d'une erreur médicale. Selon la famille de la victime, les médecins en charge ce soir-là "ont adopté une attitude attentiste" en raison de cette nouvelle loi. Une enquête a été ouverte par le parquet local et ces derniers ont été suspendus de leurs fonctions.

Samedi lors des rassemblements, où des bougies ont été allumées en mémoire de la disparue, les milliers de participants, en grande majorité des femmes, ont scandé le slogan "Pas une de plus!" devant le siège du Tribunal constitutionnel, qui avait définitivement entériné le texte de loi. Les manifestations se sont ensuite terminées devant le ministère de la Santé polonais.

Ces dernières semaines, les tensions étaient déjà fortes entre le gouvernement conservateur et une partie de la population. Début octobre, plusieurs manifestations avaient déjà été organisées contre la décision de ce même Tribunal constitutionnel qui s'était prononcé contre la suprématie absolue du droit communautaire européen, une décision historique qui pouvait menacer le financement par l'Union européenne de la Pologne, voire son appartenaece à l'UE. A plusieurs reprises, le terme de "Polexit", en écho au "Brexit" britannique, avait même été utilisé.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles