La pollution lumineuse a été sous-estimée et on sait désormais pourquoi

La pollution lumineuse réduit notre visibilité du ciel étoilé
Pexels / Photo de Yuting Gao La pollution lumineuse réduit notre visibilité du ciel étoilé

SCIENCE - Si vous habitez une grande ville, vous avez sûrement déjà des difficultés à voir le ciel étoilé la nuit à cause de la pollution lumineuse. Mais d’après l’étude publiée dans Science, ce jeudi 19 janvier, les choses pourraient considérablement s’aggraver dans les prochaines années. Pour mieux comprendre, elle explique que si une personne née aujourd’hui dans une zone où 250 étoiles sont visibles dans le ciel, elle en verra moins de 100 lorsqu’elle atteindra sa majorité.

Lampadaires, panneaux publicitaires, enseignes lumineuses de commerces sont autant d’éléments qui alimentent la pollution lumineuse, nous empêchant de correctement de voir les étoiles. D’après des données récoltées sur le site participatif « Globe at Night », l’étude montre qu’entre 2011 et 2022, la luminosité du ciel a augmenté d’environ 7 à 10 % par an à cause de la lumière artificielle.

La faute à la technologie LED ?

Pourtant, les estimations des satellites étaient plus optimistes et n’avaient pas prévu une telle croissance de la pollution lumineuse. C’est qu’en plus de 10 ans, nos lampes halogènes ont laissé la place aux LEDs, une technologie moins consommatrice d’énergie mais qui émet de la lumière bleue.

Une information importante quand on sait que le VIIRS, l’un des instruments satellitaires utilisés pour faire les cartographies lumineuses, est d’abord un outil d’observation météorologique. Il n’avait donc initialement pas vocation à mesurer la pollution lumineuse. « Ce capteur n’est pas suffisamment sensible dans le bleu. Or le bleu, est justement la partie de la lumière très fortement émise par les technologies LEDs. Donc à cause de cette faiblesse du satellite, on a tendance, depuis l’espace, à sous-estimer la pollution lumineuse », précise Samuel Challéat, géographe de l’environnement au CNRS, spécialisé sur les questions de pollution lumineuse.

Mais en plus de pouvoir être moins détectable par le VIRS, la lumière diffusée par la technologie LEDs, pourrait empêcher nos yeux de voir correctement les étoiles. « Les luminaires LEDs dirigent la lumière en direction du sol. Quand on installe ce type de technologie pour éclairer une ville par exemple, on peut avoir depuis le satellite l’impression d’une réduction de la pollution lumineuse, puisqu’on réduit la part de lumière qui s’échappe en direction du ciel. Sauf que depuis le sol, la réalité est souvent bien différente, avec des intensités lumineuses très élevées, ou encore des effets d’éblouissement. Par ailleurs, la lumière des technologies LEDs d’il y a 5-10 ans est une lumière très blanche avec un halo lumineux plus intense, donc la visibilité du ciel étoilé est moins bonne à proximité de ces types d’éclairage », explique Samuel Challéat.

Des effets sur notre santé et sur l’environnement

Regarder l’écran de son téléphone portable avant d’aller dormir peut perturber notre horloge biologique
Pexels / Photo de SHVETS production Regarder l’écran de son téléphone portable avant d’aller dormir peut perturber notre horloge biologique

Pourquoi s’inquiéter de la pollution lumineuse ? Aujourd’hui les LEDs sont partout : du lampadaire utilisé pour éclairer nos rues, à l’écran de notre téléphone portable. Or, la lumière bleue diffusée est potentiellement dangereuse pour la santé, c’est ce que démontre un rapport de l’ANSES, publié en avril 2019.

Premièrement, elle a des effets sur nos yeux, en particulier à long terme et peut « augmenter les risques de survenue d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ». D’après l’Inserm, la DMLA est « la première cause de handicap visuel chez les personnes de plus de 50 ans ». L’exposition chronique pendant plusieurs années à la lumière bleue peut donc accélérer la perte progressive de notre vision.

Deuxièmement, la lumière bleue émise par les LEDs « perturbe l’horloge biologique interne avec pour conséquence des troubles du sommeil ». C’est notamment le cas, lorsqu’on est par exemple sur notre téléphone le soir ou avant d’aller dormir.

Mais surtout, elle a un impact sur la biodiversité et là-dessus, l’ANSES est catégorique. « Quel que soit l’écosystème étudié, les études actuelles montrent, à long terme, une augmentation de la mortalité des espèces animales et un appauvrissement de la diversité des espèces animales et végétales étudiées dans les milieux éclairés la nuit, y compris par des éclairages à LED. »

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