"La politique finit toujours sur la table": la présidentielle se gagne-t-elle autour de la bûche de Noël?

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Parmi les équipes des candidats à la présidentielle, certains pensent que le scrutin se décide notamment autour de la table de Noël. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV
Parmi les équipes des candidats à la présidentielle, certains pensent que le scrutin se décide notamment autour de la table de Noël. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV

Quelques éléments de langage à distiller entre la dinde et la bûche, à moins de quatre mois de la présidentielle. Bien déterminé à profiter des vacances de Noël pour marquer les esprits, et même si Emmanuel Macron n'est toujours pas officiellement candidat, La République en marche compte "bien sûr" transmettre à ses militants un kit pour convaincre sa famille durant les fêtes.

Car en Macronie, certains en sont convaincus: la présidentielle de 2017 s'est en partie gagnée lors des agapes de fin d'année. "Les Français ont beaucoup parlé de ce visage qu'ils ne connaissaient pas, qui cassait tous les codes", estime François Patriat, patron du groupe LaREM au Sénat, à BFMTV.com. "Résultat: lors de notre première grande réunion publique début janvier à la Grande Halle d'Auvergne, on attendait 300 personnes et finalement on en a eu 1500."

À l'inverse, "on a tous gardé en tête les vacances au ski de François Fillon en pleines vacances de Noël... On l'avait vu pendant des mois faire campagne, il gagne finalement la primaire et il disparaît pour dévaler les pistes", se souvient un ténor de la droite auprès de BFMTV.com.

"Ça a donné une drôle d'impression aux Français. En janvier, sur les marchés, certains me l'ont fait remarquer. Après, on a eu l'affaire Pénélope Fillon mais on a vraiment décroché dans l'esprit des gens à ce moment-là", continue ce pilier de la campagne de l'ancien candidat des LR en 2017.

"C'est certain que la politique finit sur la table"

Ces deux situations ont beau être très différentes, elles montrent à quel point Noël est considéré par les états-majors de campagne comme un moment clé dans la bataille pour la présidentielle. Et pour cause. Des proches qui viennent des quatre coins de la France qui ne sont parfois pas vus depuis des mois, une ambiance d'intimité et du temps. Autant d'éléments propices aux échanges à une douzaine de semaines du premier tour.

"On passe des heures à table en famille", note le porte-parole du PS Pierre Jouvet. "Même s'il y a une grande tante qui dit de ne pas parler politique, vous pouvez être certain que ça finit forcément sur la table."

"On est le peuple le plus politique du monde", estime encore Gaspard Gantzer, l'ancien communicant de François Hollande à l'Élysée. "Chez nous, c'est un sujet incontournable. Et puis finalement, au retour des vacances, les Français vont se rendre compte que la présidentielle, c'est demain."

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Profiter des cadeaux ou débattre?

À l'appui de ce sentiment, les sondages qui montrent que le candidat qui profite d'une dynamique en janvier est souvent celui qui sort des urnes en avril. Longtemps en très grande difficulté face à Édouard Balladur, Jacques Chirac remonte à partir de janvier 1995. À l'inverse, un temps donnée devant Nicolas Sarkozy au second tour, Ségolène Royal dévisse après les fêtes de fin 2006. Cinq ans plus tard, François Hollande progresse dans les intentions de vote après Noël, pendant que le président sortant reste stable.

Sur les bancs du Rassemblement national, on se dit toutefois sceptique sur ce tempo cette année. "Avec le Covid, les Français n'ont pas vraiment la tête à ça", juge Philippe Ballard, porte-parole du RN. "Les gens vont parler de leur porte-monnaie et de la sécurité le soir de Noël. Ce sont des sujets très politiques mais je doute qu'ils parlent vraiment des candidats."

"Jean-Marie Le Pen a coutume de dire que quand 'il n'y a pas de vent, ça ne sert à rien de s'exciter sur le pont'", lâche encore un conseiller de Marine Le Pen.

"C'est un peu pareil pendant les vacances", poursuit-il. "Les gens n'ont pas vraiment la tête à ça. Ca ne sert à rien de tenter la drague quand la personne en face n'est pas réceptive. Laissons-les se reposer, profiter de leurs cadeaux, de leur repas."

Même diagnostic du côté de la France insoumise. "Il faut laisser respirer les gens. C'est bien pour tout le monde de reprendre sa respiration... Y compris pour nous, les politiques", sourit le député Eric Coquerel.

Des vœux très politiques

Peut-être bien mais la candidate du Rassemblement national, tout comme Jean-Luc Mélenchon ne se priveront pas d'une vidéo le soir de Noël. "Elle fera un petit quelque chose devant un sapin avec même un petit bout de crèche", affime son conseiller spécial, Philippe Olivier. "C'est important de respecter nos traditions à un moment où certains veulent tout déconstruire."

"La vraie difficulté, c'est de ne pas traiter la communication politique à Noël en faisant la même vidéo que tout le monde. Il faut faire des coups, jouer plus dur sur une période comme celle-là pour se démarquer, détonner", estime d'ailleurs Valerio Motta, ex-directeur adjoint de la communication du PS.

Christiane Taubira a ainsi dégainé une vidéo dès vendredi, à quelques heures des vacances, dans laquelle elle annonce "envisager" d'être candidate pour relancer la gauche. De quoi alimenter les conversations pendant les fêtes.

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Dans l'entourage d'Éric Zemmour aussi, la volonté de marquer les esprits est là. "Quand on voit sa déclaration de candidature, je pense qu'on peut s'attendre à quelque chose d'original", lance Philippe Israelewicz, le coordinateur régional Paris-Île-de-France du parti Reconquête.

Un risque pour Emmanuel Macron?

Quant à Emmanuel Macron, certains estiment que sa non-déclaration de candidature risque de peser lourd dans la balance. "Ah, bonne idée! J'y penserai pendant les vacances", a répondu le président à un enfant qui l'interrogeait ce vendredi sur RTL pour savoir s'il allait se lancer pour 2022.

"On attend plus d'un président qu'une petite photo sympathique sur Instagram pour dire qu'il fête Noël lui aussi", analyse Frank Louvrier, l'ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy.

"Il aurait animé toutes les conversations autour de la table s'il s'était déclaré. Son interview sur TF1 et LCI était une belle occasion. Quand on une dynamique politique, on se démultiplie, on accélère."

Valérie Pécresse partage l'analyse. Après avoir gagné plus de 10 points dans certains sondages depuis sa victoire au congrès LR, son entourage a bien l'intention de rester présent dans l'esprit des Français. "On enrichit le projet, on travaille, on n'a aucune raison de se mettre sur pause", avance le député Robin Reda, un proche de la candidate. "Personne ne prend de vacances dans le staff, on est au taquet", s'esclaffe même le vice-président de Libres!. Un déplacement politique en Corrèze, où elle passera trois jours en famille, est envisagé.

La crainte de la "caricature" chez EELV

Chez EELV, l'heure est au contraire à la contre-programmation. Alors que les maires écologistes ont défrayé la chronique en interdisant le foie gras dans les buffets de Noël de la mairie de Strasbourg ou en installant un sapin en verre à Bordeaux et des sapins en bois dans le 12e arrondissement de Paris, Yannick Jadot devrait faire le service minimum.

"On est dans un moment de caricature de l'écologie politique à l'approche des fêtes", avance Hubert Julien-Laferrière, porte-parole du candidat écologiste. "On va marquer à nouveau des points en janvier." Comprendre: en l'absence de dynamique forte de Yannick Jadot, qui peine à passer la barre des 10% dans les sondages et en plein débat sur l'absence d'union à gauche, il vaut mieux faire le dos rond, laisser digérer les Français, avant de leur offrir un nouveau menu à la rentrée.

Article original publié sur BFMTV.com

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