Un policier londonien reconnaît 24 viols et de multiples agressions

Scotland Yard, le quartier général de la police à Londres.  - Jack Taylor - AFP
Scotland Yard, le quartier général de la police à Londres. - Jack Taylor - AFP

C'est l'une des affaires "les plus choquantes" impliquant un policier, selon le parquet britannique. Ce lundi, un agent a reconnu au total 24 viols et de nombreuses agressions sexuelles sur une période de 17 ans, déclenchant de vives critiques à l'encontre de la police londonienne.

"Au nom de la Metropolitan police, je veux présenter des excuses aux femmes qui ont souffert entre les mains de David Carrick", a déclaré la commissaire adjointe Barbara Gray. "Nous aurions dû repérer son comportement et parce que nous ne l'avons pas fait, nous avons manqué les occasions de le retirer" des rangs de la police.

Son nom incriminé dans 80 dossiers

Lundi matin, David Carrick, un policier de 48 ans, qui avait intégré la police londonienne en 2001, a plaidé coupable devant un tribunal londonien de quatre viols. Le 13 décembre, il avait déjà reconnu 43 infractions, dont 23 viols, ainsi que des agressions sexuelles. Des faits commis entre 2003 et 2020.

Si l'ex-policier a donc admis 24 viols, son nom est incriminé dans 80 dossiers portant sur des atteintes sexuelles, dont 48 viols, précise ici Sky News.

Arrêté en octobre 2021

David Carrick faisait partie de l'unité de la police de la capitale chargée de la protection du Parlement et des représentations diplomatiques, au sein de la Metropolitan Police (Met), la police londonienne.

Il a été arrêté en octobre 2021 pour une première affaire de viol. "L'intérêt de la presse ayant suivi, d'autres victimes se sont manifestées (...) Le poids de leur témoignage a été extrêmement puissant", a déclaré l'inspecteur en chef Iain Moor à l'extérieur du tribunal.

Il s'attend à ce que d'autres victimes se manifestent. David Carrick a rencontré certaines femmes sur des sites de rencontres en ligne ou lors de sorties, en utilisant sa position d'officier de police pour gagner leur confiance.

Coups de ceinture, séquestration, isolement

Il a reconnu avoir violé neuf femmes, certaines à plusieurs reprises, pendant des mois voire des années. Il a enfermé des victimes dans un petit placard sous les escaliers chez lui pendant des heures, sans nourriture. Il a appelé certaines de ses victimes ses "esclaves"; il les contrôlait financièrement; il les isolait de leurs proches.

"Il aimait humilier ses victimes et se servait habilement de sa position professionnelle pour leur faire comprendre qu'il était inutile de chercher de l'aide, car elles ne seraient jamais crues", a détaillé Iain Moor. Il a agi avec ses victimes "de la manière la plus destructrice qui soit".

Sky News révèle des détails plus sordides encore: ainsi, il a avoué avoir frappé l'une de ses victimes avec sa ceinture, avoir uriné sur certaines.

L'opprobre sur toute une institution

Pour la responsable du parquet, Jaswant Narwal, il s'agit de "l'une des affaires les plus choquantes que le parquet ait eue à traiter, impliquant un officier de police en service". Une autre affaire avait semé l'effroi au Royaume-Uni en mars 2021.

Le policier Wayne Couzens avait violé et tué une Londonienne, Sarah Everard, qu'il avait menottée au cours d'une fausse arrestation, avant de l'enlever. Cet agent a été condamné à la prison à vie. La police s'était vue reprocher d'avoir ignoré des signaux alarmants sur le comportement du meurtrier.

"Les forces de police doivent éradiquer ces agents pour restaurer la confiance du public, qui a été brisée par des affaires comme celle" de David Carrick, a déclaré un porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak.

"Nous avons été clairs, il n'y a pas de place dans nos forces de police pour des agents qui sont si loin de respecter les standards minimums". "Je suis absolument dégoûté par les infractions véritablement odieuses que David Carrick a commises", a réagi le maire de Londres Sadiq Khan. "Il faut répondre à de sérieuses questions sur la façon dont il a pu abuser de sa position" de policier.

En novembre, un rapport a mis en lumière les failles dans le recrutement et le contrôle des officiers de police et révélé l'étendue des comportements misogynes, sexistes voire prédateurs. "Il est trop facile pour les mauvaises personnes à la fois de rejoindre et de rester dans la police", avait déclaré le chef des services d'inspection de la police, Matt Parr.

"Si la police veut rebâtir la confiance et protéger ses officiers et personnels féminins, le contrôle doit être bien plus rigoureux et les comportements sexuels répréhensibles doivent être pris bien plus au sérieux", avait-il dit.

Deux contrôles et neuf signalements infructueux

Contrôlé, David Carrick l'a pourtant été. Et par deux fois, assure la presse britannique: la première fois en 2001 lors de son recrutement, la seconde en 2017. Deux examens qu'il a visiblement passés sans encombre.

La controverse est d'autant plus grande que, comme le note ici la BBC, ses agissements - des accusations de viols, de harcèlement ou de violences conjugales - ont fait l'objet de neuf signalements successifs à sa hiérarchie avant octobre 2021 sans que ceux-ci débouchent sur des poursuites et encore moins sur des sanctions.

David Carrick ayant plaidé coupable, il n'y aura pas de procès. Une audience se tiendra à partir du 6 février pour le prononcé de sa peine.

Article original publié sur BFMTV.com