Policier jugé pour voyeurisme: l'ancien haut-gradé évoque une "pulsion de vie" après sa retraite

Esther Paolini
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Le commissariat central de Lille, en mai 2020 (PHOTO D'ILLUSTRATION). - DENIS CHARLET / AFP
Le commissariat central de Lille, en mai 2020 (PHOTO D'ILLUSTRATION). - DENIS CHARLET / AFP

De "l’incompréhension", mais aussi du "dégoût" face à ses actions. L’ancien numéro 2 de la police du Val-de-Marne était jugé ce mardi au tribunal judiciaire de Paris pour des faits de voyeurisme. Il a été reconnu coupable mais dispensé de peine.

Le sexagénaire a été appréhendé en août dans les rayons du BHV, grand magasin parisien, avec une caméra accrochée à ses chaussures servant à filmer sous les jupes des clientes. À la barre, cet ancien brillant commissaire a reconnu les faits, évoquant "une pulsion de vie" après sa retraite vécue comme "une petite mort".

Un électrochoc

Le dos courbé et les cheveux grisonnants, cet ancien commissaire de région parisienne, reconnu de ses pairs pour avoir notamment dirigé le service d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information (Sefti) à sa création dans les années 1990, a tenté d’expliquer son passage à l’acte. Pourquoi, tout juste après sa retraite, ce policier a subitement eu envie d’accrocher une micro-caméra à ses chaussures et filmer l’intimité des femmes, à deux reprises au moins entre le printemps et l’été. Très peu de détails sur la logistique de ses agissements ont été divulgués lors de l'audience.

Le prévenu narre une fin de vie professionnelle compliquée: "J’ai senti un mal-être de quitter mes fonctions, ce métier que j’ai exercé pendant 37 ans", se justifie-t-il. À ce premier bouleversement s’ajoute un déménagement dans l’est de la France, qui l’achève de perdre ses repères. "Je ne sais pas comment l’expliquer, c’était un électrochoc. J’étais complètement à côté de la réalité des choses."

Lorsque la présidente lui demande de se mettre à la place des victimes et d’imaginer ce qu’elles auraient pu ressentir: "Du dégoût. C’est inadmissible, je le reconnais tout à fait."

Le soutien d’une "épouse intelligente"

Après son interpellation et sa garde à vue en août, l’ancien commissaire a immédiatement démarré une thérapie, lors de laquelle il est revenu sur deux épisodes dépressifs antérieurs dus à des problèmes de santé et une série de décès familiaux.

"J’avais accumulé tout ce mal-être, avec une envie d’en finir, mais je ne voulais pas montrer cette image de faiblesse. Après ma retraite j’ai eu un sentiment de fin de vie." Sa thérapeute analyse ses agissements comme "une pulsion de vie, d’existence."

Des termes repris par l’avocat de l’ex-fonctionnaire, Me Thibault de Montbrial invoquant une retraite perçue comme "une petite mort".

Le pénaliste s’appuie également sur le témoignage de deux policiers, dont celui de Valérie Martineau, actuelle directrice de la Direction Territoriale de la Sécurité de Proximité (DTSP) du Val-de-Marne qui "n’a jamais constaté de différence, de parole ou de geste déplacé envers la gente féminine."

Dans le public écoute attentivement celle qui partage la vie du "prévenu mortifié" depuis près de 40 ans. "Sa femme a réagi en épouse intelligente, elle est là aujourd’hui et l’aide. C’est un pilier de sa reconstruction", remarque l’avocat de la défense.

La clémence du parquet

C’est un dossier peu fréquent, a souligné la procureure, qui arrive de temps en temps "à la belle saison ou dans les lieux touristiques". Le parquet pointe des "faits regrettables" pour "une personne au parcours tout à fait exemplaire". Elle fait preuve d'une grande clémence sur des agissements intervenus lors d'une fin de carrière vécue comme "un effondrement", s’ajoutant à "un déracinement complet" en déménagement de la capitale.

"Je ne suis pas psychiatre, mais je constate qu’il y a une prise en compte et une reconnaissance des faits, c’est déjà un pas. L’audience est déjà une épreuve pour lui", observe la procureure.

Cette dernière requiert une mesure d’ajournement de peine, s’appuyant sur une garanti de la poursuite des soins. En début d'après-midi, la juge l'a reconnu coupable, en le dispensant de peine. Depuis les faits, cet ancien haut-gradé occupe son temps libre aux Restos du cœur, où il est bénévole deux fois par semaine. "Ca m’aide dans ma nouvelle organisation de vie."

Article original publié sur BFMTV.com