Le policier qui a alerté sur le racisme au tribunal de Paris victime de « représailles »

La Défenseure des droits Claire Hédon, ici en octobre 2021 aux Invalides.
LUDOVIC MARIN / AFP La Défenseure des droits Claire Hédon, ici en octobre 2021 aux Invalides.

JUSTICE - Le brigadier-chef de police qui avait dénoncé de nombreux cas de maltraitances au tribunal judiciaire de Paris en 2020 a été victime de « représailles » de sa hiérarchie et du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, selon la Défenseure des droits Claire Hédon. Dans une décision consultée par l’AFP lundi 9 janvier, elle considère également que ce policier, Amar Benmohamed, peut être considéré comme un lanceur d’alerte.

Humiliations, insultes racistes et homophobes, privations de nourriture… En juillet 2020, Streetpress avait révélé le témoignage de ce brigadier-chef de 50 ans, selon qui « plus de mille prévenus ont été maltraités » entre mars 2017 et mi-2019 au dépôt du tribunal judiciaire de Paris où il était affecté. Ce sont dans ces locaux que sont détenus les prévenus attendant d’être présentés à la justice.

« Ils [appelaient] tous les déférés les bâtards. Le mot est entré dans le langage courant et tout le monde a suivi, gradés compris. Sauf deux officiers », dénonçait alors le brigadier-chef dans un rapport daté du 12 mars 2019, adressé à sa hiérarchie, et publié par Streetpress. « En plus d’être verbalement stigmatisés au moment de leur fouille, les déférés qui avaient eu le malheur d’entrer dans la joute verbale se voyaient parfois privés de nourriture durant plusieurs heures, voire durant la nuit entière », témoignait-il encore.

« Une série de mesures défavorables »

Amar Benmohamed, qui avait signalé en interne ces faits, avait lui-même reçu le 4 janvier 2021 un avertissement administratif, sa hiérarchie lui reprochant un signalement trop tardif et l’absence du nom de certains collègues lui ayant rapporté les incidents. Dans le cadre de sa procédure d’appel contre la confirmation de cette sanction par le tribunal administratif, la Défenseure des droits a évoqué le 12 décembre, comme indiqué par Streetpress, « une mesure de représailles à la suite de ses signalements ».

Pour elle, « à compter de ses premiers signalements », il a « subi une série de mesures défavorables qui ont atteint leur paroxysme » avec l’avertissement début 2021, alors qu’avant ses dénonciations, « il avait toujours été considéré comme un agent exemplaire ». Parmi ces « mesures défavorables (...) pas étrangères à ses signalements d’une alerte », elle pointe « une annonce de sanction prononcée par le ministre de l’Intérieur » Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale juste après la révélation publique des faits.

L’enquête classée sans suite à Paris

« La décision du Défenseur des droits confirme notre analyse », s’est félicité l’avocat d’Amar Benmohamed, Me Arié Alimi. « Après avoir étouffé les maltraitances racistes des détenus », l’Intérieur et le parquet de Paris « ont tout mis en œuvre pour décrédibiliser le lanceur d’alerte, tant par la voie judiciaire que par la voie administrative », d’après lui.

Après une plainte, l’intéressé a obtenu l’ouverture d’une information judiciaire pour « harcèlement ». La Défenseure des droits a en outre estimé que les « irrégularités » dénoncées par le policier sont, « compte tenu de leur gravité, susceptibles de recevoir une qualification pénale ou de violations graves et manifestes de plusieurs engagements internationaux ratifiés par la France ». Malgré le témoignage accablant d’Amar Benmohamed, l’enquête ouverte à Paris suite aux articles sur ses dénonciations a été classée.

À voir également sur Le HuffPost :

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Lire aussi